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Novembre pourrait voir la fin de 60 % des restaurants au Canada, prédit l'industrie

En mai, 80 % des entreprises de restauration et d'hébergement du pays avaient mis à pied la moitié, ou plus, de leur personnel.

Une jeune serveuse portant un couvre-visage transporte un petit panier de pommes de terre frites qu'elle tient avec un bâtonnet.

Restaurants Canada évalue à 800 000 le nombre d'emplois perdus dans l'industrie de la restauration en raison de la pandémie et du confinement qu'elle a entraîné.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Une quinzaine d'entreprises du secteur de la restauration, appuyées par la Chambre de commerce du Canada, réclament des gouvernements une aide pour faire face aux difficultés propres à leur industrie en temps de pandémie. Faute de quoi, disent-elles, 60 % des restaurateurs pourraient accrocher leur tablier de manière définitive.

Alors que l'économie commence lentement à se redresser, le gouvernement fédéral n'a jusqu'à présent pas offert d'aide adaptée aux besoins des industries les plus durement touchées, comme les services alimentaires, disent les instigateurs d'une campagne de sensibilisation qui vient d'être lancée et qui s'intitule Nos restaurants.

La campagne, menée par la Chambre de commerce du Canada, est appuyée par des chaînes telles que Benny & Co. et Boston Pizza, par des entreprises comme Molson Coors et Vins Arterra Canada ainsi que par Restaurants Canada, qui compte 30 000 membres (restaurants, bars, traiteurs, fournisseurs).

L'industrie de la restauration est mal en point, disent-ils en énumérant, au chapitre des difficultés, la baisse du nombre de clients, les coûts engendrés par la pandémie et les programmes d'aide, utiles certes, mais mal adaptés à leur réalité.

Pour enfoncer le clou, les instigateurs de la campagne citent des données issues de l'Enquête canadienne sur la situation des entreprises (ECSE) de Statistique Canada.

En mai dernier par exemple, 29 % des entreprises en restauration et en hébergement ne parvenaient pas à fonctionner correctement avec les mesures de distanciation physique instaurées pour contrer le coronavirus.

Si ces mesures se maintenaient, 31 % d'entreprises supplémentaires pourraient disparaître d'ici novembre, soutiennent encore les instigateurs de la campagne. Ce qui conduit la Chambre de commerce et les entreprises à dire que jusqu'à 60 % de l'industrie pourrait échouer dans les trois prochains mois.

Une employée transporte des couverts dans un restaurant.

Ce restaurant familial de Sainte-Thérèse est sis dans un petit centre commercial.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

« On est dans la brume », affirme Elias Dib, propriétaire depuis 17 ans du restaurant Arousse à Sainte-Thérèse, à 30 km au nord de Montréal.

J’essaie de rester optimiste, confie ce restaurateur qui cumule plus de trente ans d'expérience. Je sais que j’ai une clientèle fidèle, une bonne notoriété et je crois bien être capable de survivre.

Au plus fort de la pandémie, ce sont 83 % des restaurants qui ont temporairement fermé leurs portes.

Parmi eux, l'Arousse. Ce funeste 23 mars, Elias Dib a mis une douzaine d’employés au chômage, soit toute son équipe.

En mai, 80 % des entreprises de restauration et d'hébergement du pays avaient mis à pied la moitié, ou plus, de leur personnel. Selon Restaurants Canada, l'industrie de la restauration a perdu 800 000 emplois.

Plexiglas et mets à emporter

Une jeune femme portant un couvre-visage transporte une assiette contenant de la nourriture.

La serveuse Lyse-Anne Mondoux fait partie des douze employés embauchés par le propriétaire à la réouverture de l'établissement, en juin 2020.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Quand il a rouvert son resto de cuisine familiale libanaise, le 23 juin dernier, Elias Dib a dû composer avec une nouvelle normalité. Au-dessus des banquettes de sa salle à manger, il a dû faire installer des séparateurs en plexiglas au coût de 3000 $. Et il ne restait que 40 des 60 places assises dont il disposait avant la pandémie.

Le restaurateur a reconstitué son équipe, dont les deux tiers sont composés d'employés qui étaient là avant le confinement.

Mais, désormais, houmous, falafels et kebbés sont vendus en plats à emporter dans 75 % des cas. Avant la pandémie, la tendance contraire prévalait. Elias Dib servait ses spécialités en salle à manger dans une proportion de 80 %.

Par rapport à la même période l’an dernier, M. Dib a enregistré une baisse d’au moins 35 % de son chiffre d’affaires.

Selon Statistique Canada, 62,3 % des entreprises de restauration ont vu leur revenu diminuer de 50 % ou plus en avril cette année, comparativement à la même période l'an dernier. Dans près de 10 % des cas, la chute de revenu était de 30 à 40 %.

Une aide à long terme réclamée

Deux employés sont à l'oeuvre dans un petit restaurant.

Le 23 mars dernier, la pandémie de coronavirus avait obligé le propriétaire de ce restaurant à mettre à pied tout son personnel et à fermer temporairement son établissement.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

« Autant dans les débuts c’était des mesures d’urgence, autant on travaille actuellement avec le gouvernement pour des mesures à moyen et à long terme pour être capable de relancer le secteur », affirme David Lefebvre, vice-président, Affaires fédérales et Québec au sein de Restaurants Canada.

David Lefebvre salue la décision prise par le gouvernement de Justin Trudeau de prolonger, jusqu'en décembre, la Subvention salariale d'urgence du Canada pour les employeurs durement touchés par la pandémie de COVID-19. Des modifications dans les critères d'admissibilité ont permis à plus de restaurateurs d'en bénéficier, reconnaît en outre M. Lefebvre.

Mais la crise sanitaire n'est pas finie et les déboires des restaurateurs non plus. Pour cette raison, Restaurants Canada croit que le programme de subvention salariale devrait être prolongé jusque dans les premiers mois de 2021.

Sur l'initiative de la Chambre de commerce du Canada et pour faire face à la COVID-19, plus de 450 chambres de commerce et plus d'une centaine de grandes associations commerciales et industrielles ont constitué le Réseau de résilience des entreprises canadiennes.

Des propriétaires qui ne collaborent pas

Une petite affiche fixée sur la porte d'un restaurant explique aux clients la nécessité de porter un couvre-visage pour entrer dans cet établissement.

Sur la porte, le propriétaire a fixé une petite affiche expliquant aux clients la nécessité de porter un couvre-visage pour entrer dans son établissement.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Dans une lettre datée du 20 juillet dernier, ce réseau a réclamé le déploiement de mesures urgentes à Justin Trudeau, au Conseil de la Fédération et à la Fédération canadienne des municipalités, histoire d'assurer la survie des restaurants au pays.

Le réseau réclamait notamment des changements à l’Aide d’urgence du Canada pour le loyer commercial (AUCLC), un gros problème pour les restaurateurs, soutient David Lefebvre.

Mais l'appel n'a pas été entendu par les trois ordres de gouvernement qui gèrent conjointement cette mesure destinée à alléger les loyers des commerces aux prises avec des difficultés en raison de la pandémie.

En date du 30 juillet dernier, 63 000 petites entreprises locataires en avaient bénéficié, ce qui représente plus de 613 millions de dollars de soutien au loyer.

Toutefois, il est difficile [pour les restaurateurs] de se qualifier, déplore David Lefebvre, et le processus est 100 % dépendant du fait que le propriétaire veuille participer.

Comme le propriétaire doit faire la majorité des démarches pour que l'aide soit versée, c’est un peu difficile pour le locataire commercial qui tombe sur un propriétaire qui refuse, dit-il.

Selon M. Lefebvre, l'aide financière devrait être directement versée au locataire, et ce, même si le propriétaire n’est pas d’accord.

Elias Dib s'estime chanceux d'avoir obtenu sans peine la collaboration du propriétaire du petit centre commercial où est logé son restaurant. Le restaurateur reçoit aussi la Subvention salariale d'urgence.

Heureusement qu’il y a ces deux choses-là, dit-il. Sinon, avec les chiffres, qu’on fait… Je couvrirais tout juste mes frais.

Catastrophe appréhendée à l'automne

Le 23 avril dernier, les élus du comité permanent des Finances de la Chambre des communes se sont fait dire par le PDG d'un groupe de restaurants que 10 % des restaurants avaient fermé définitivement leurs portes à la fin de mars.

Nombre de ceux qui ont tenu le coup sont en situation précaire. Et l'automne, avec l'inéluctable fermeture des terrasses, n'augure rien de bon.

Une terrasse a été aménagée dans une rue fermée à la circulation automobile pour permettre aux gens qui le souhaitent de manger à l'extérieur, sur des tables à pique-nique.

À Sainte-Thérèse, en banlieue de Montréal, une terrasse a été aménagée dans une rue fermée à la circulation automobile, ce qui permet aux gens de manger à l'extérieur.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Il faut dire aux gens qu’il est sécuritaire d’aller dans les restaurants, insiste David Lefebvre de Restaurants Canada. Il y a eu de petits problèmes avec les bars, mais pas avec les restaurants.

Ce qui m’inquiète, dit pour sa part Elias Dib, c’est la deuxième vague dont on parle tant et dont on est pas mal assurés. Et l’ouverture des écoles, qu’est-ce que ça va donner? Sera-t-on obligés, dans un mois, un mois et demi, de refermer?

Ce pourrait être catastrophique pour nous, conclut-il.

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