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Un adolescent accusé de meurtres lors d'une manifestation à Kenosha

Deux personnes ont été tuées et une autre a été blessée, mardi soir, lors d'une manifestation visant à dénoncer les gestes d’un policier blanc qui a grièvement blessé un homme noir dans cette ville du Wisconsin.

Des fusées sont allumées devant un véhicule blindé.

Des fusées sont allumées devant un véhicule blindé du service de police de Kenosha, au Wisconsin, le 25 août 2020.

Photo : Reuters / BRENDAN MCDERMID

Radio-Canada

Un adolescent soupçonné d'avoir tué deux personnes qui manifestaient mardi dans les rues de Kenosha pour exiger que justice soit faite pour Jacob Blake, un homme noir grièvement blessé par un policier blanc, a été arrêté mercredi.

Selon un registre judiciaire de l'Illinois, le jeune homme de 17 ans a été arrêté mercredi à Antioch, une ville de cet État située à environ 30 minutes de route de Kenosha, au Wisconsin.

Le document indique qu'il est accusé de meurtre prémédité dans le comté de Kenosha. Une audience pour son extradition vers le Wisconsin doit avoir lieu vendredi.

Deux personnes ont été tuées par balles et une troisième a été blessée mardi après que de multiples coups de feu ont retenti vers 23 h 45 dans un secteur où des manifestants étaient rassemblés. Aucune des victimes n’a été identifiée.

Le shérif du comté de Kenosha, David Beth, a déclaré au Milwaukee Journal Sentinel qu’une victime a reçu une balle dans la tête, et une autre, dans la poitrine. Il a précisé qu’on ne craignait pas pour la vie de la personne blessée.

Mercredi matin, les autorités policières de Kenosha disaient être à la recherche d’un homme muni d'une arme d’épaule, qui apparaît sur de multiples vidéos diffusées sur les médias sociaux.

Les vidéos le montrent notamment alors qu'il est poursuivi par plusieurs personnes dans une rue de la ville, certaines criant qu’il venait de tirer sur quelqu’un.

Un homme assis au milieu d'une rue de Kenosha pointe une arme vers un autre homme.

L’individu poursuivi tombe avant d’ouvrir le feu vers des gens qui semblent avoir cherché à le désarmer. Un homme s'écroule près de lui, et un autre, visiblement atteint au bras, s'éloigne de la scène en courant.

L'homme armé se relève et poursuit son chemin en se dirigeant vers un important contingent de policiers situé quelques dizaines de mètres plus loin.

Les véhicules de la police, dont des blindés, passent cependant près de lui sans lui prêter la moindre attention.

Un témoin a raconté au Chicago Tribune qu'il était dans un groupe scandant la vie des Noirs compte (Black Lives Matter) quand des coups de feu ont retenti.

Ce gars avec un énorme fusil court, passe en courant à côté de nous au milieu de la rue, et des gens crient : "Il a tiré sur quelqu'un! Il a tiré sur quelqu'un!" Et tout le monde tente de lutter avec lui, en le pourchassant, et il a alors commencé à tirer de nouveau.

Une citation de :Devin Scott, 19 ans, témoin de la scène

Le jeune homme raconte s'être jeté au sol pendant ces tirs, avant d'aller porter secours à une personne étendue dans la rue près de lui.

Je le berçais dans mes bras. J'essayais de garder cet enfant en vie. Il ne bougeait pas, a-t-il relaté. Je ne savais pas quoi faire, et cette femme est arrivée pour lui faire la RCR (réanimation cardio-respiratoire). Il n'avait pas de pouls. Je ne crois pas qu'il s'en est sorti.

Un homme qui s'appuie sur une clôture métallique crie.

Un homme crie sa colère devant une clôture métallique installée devant le palais de justice de Kenosha pour la troisième nuit de manifestations visant à dénoncer l'intervention policière qui a grièvement blessé Jacob Blake. Des policiers antiémeutes se trouvaient derrière la clôture.

Photo : Reuters / STEPHEN MATUREN

Selon le shérif Beth, des personnes armées patrouillaient dans les rues de Kenosha ou s’étaient placées devant des commerces de la municipalité, possiblement pour les protéger d’actes appréhendés de vandalisme ou de pillage.

Ils sont comme un groupe d’autodéfense (vigilante group), a-t-il dit, sans pouvoir dire si l’homme recherché est lié à un tel groupe.

Affrontements

Selon le New York Times, la tuerie s’est produite peu après des altercations entre des manifestants et des hommes armés qui disaient défendre une station d’essence située dans le secteur.

Plus tôt dans la soirée, des affrontements avaient eu lieu entre des policiers et des manifestants près d'une clôture en métal déployée pour protéger le palais de justice de la ville.

Les manifestants, qui défiaient un couvre-feu leur imposant de rester chez eux après 20 h, ont lancé divers objets vers les policiers, qui avaient répliqué avec du gaz lacrymogène, dispersant les manifestants dans les rues.

Lors de la précédente manifestation, dans la nuit de lundi à mardi, une trentaine d'édifices abritant des commerces avaient été incendiés par des manifestants.

Tony Evers a un air sérieux.

Le gouverneur de l'État du Wisconsin, Tony Evers.

Photo : Associated Press / Melina Mara

Le gouverneur du Wisconsin, Tony Evers, avait alors décidé de déclarer l'état d'urgence et de faire passer de 125 à 250 le nombre de membres de la Garde nationale appelés à soutenir les policiers de Kenosha.

Le président américain Donald Trump a annoncé mercredi l'envoi de renforts policiers et de soldats de la Garde nationale à Kenosha pour contrer les pillages.

Nous ne tolérerons pas les pillages, les incendies criminels, la violence et l'anarchie dans les rues américaines, a-t-il écrit sur Twitter.

Le couvre-feu prolongé

Le shérif du comté de Kenosha a annoncé mercredi, en conférence de presse, que le couvre-feu nocturne sera maintenu au moins jusqu’à dimanche.

David Beth lève les mains en signe d'arrêt.

Le shérif du comté de Kenosha, David Beth

Photo : Reuters / BRENDAN MCDERMID

Interrogé sur les images de la vidéo où l’on peut voir le tireur passer devant la police sans se faire arrêter, le shérif David Beth a défendu ses troupes en expliquant que la scène, qu’il a qualifiée de chaotique, pouvait être très stressante pour les policiers et ainsi les induire en erreur.

Il y avait des cris, des chants, avec des gens qui courent partout, a-t-il mentionné. Les policiers dans leur voiture avaient aussi le son de la radio ouverte; autant de conditions qui peuvent les avoir déconcentrés sur ce qui se passait ailleurs.

Le shérif a également indiqué qu’une personne avait appelé au poste de police pour lui demander s'il pouvait mandater des citoyens armés afin qu’ils puissent patrouiller dans la ville durant les manifestations.

Bien sûr que non! dit avoir répondu le shérif Beth.

La police muette sur ce qui est arrivé à Jacob Blake

Les violences ont éclaté à Kenosha après la diffusion d'une vidéo montrant un homme noir, Jacob Blake, grièvement blessé dimanche par un policier blanc de Kenosha.

Les images montrent le jeune père de famille de 29 ans, suivi par deux policiers ayant dégainé leurs armes, alors qu'il contourne une voiture.

Un agent agrippe M. Blake après qu'il eut ouvert la portière côté conducteur, puis fait feu sur lui alors qu'il se penche dans sa voiture. L'enregistrement laisse entendre sept tirs.

Selon des témoins, trois des six jeunes enfants de M. Blake se trouvaient dans le véhicule au moment des tirs.

Des policiers casqués et portant des boucliers font face à des manifestants, dont un jeune Noir qui se tient les bras en l'air, pour démontrer qu'il est pacifique.

Avant la tuerie, la soirée avait été marquée par de nombreux moments de tension entre policiers antiémeutes lourdement armés et des manifestants.

Photo : Getty Images / AFP/KAMIL KRZACZYNSKI

La police de Kenosha n'a pas encore donné sa version des faits dans cette histoire, qui survient trois mois après la mort d'un autre homme noir, George Floyd, lors d'une intervention policière.

Dans un communiqué, le département de la Justice du Wisconsin a confirmé mercredi que les policiers impliqués, dont le nombre exact n'a pas été précisé, avaient été mis en congé administratif. Aucune accusation n’a été déposée contre un policier dans ce dossier jusqu'ici.

Le policier qui a tiré sur Jacob Blake a été identifié : Rusten Sheskey travaillait au sein de la police de Kenosha depuis sept ans.

Le département a expliqué qu’une femme avait demandé l’intervention des policiers parce que son conjoint se trouvait sur les lieux et qu’il n’aurait pas dû y être.

Selon le communiqué, les policiers ont tenté de neutraliser Jacob Blake, notamment à l’aide d’un pistolet de type Taser, mais cela n’a pas fonctionné. Alors que Blake « se penchait » après avoir ouvert la porte côté conducteur de sa voiture, Sheskey l’a agrippé par le chandail et a tiré dans son dos sept fois. Les autres policiers n’ont pas utilisé leur arme, précise le département.

Jacob Blake avait un couteau sur la carpette du siège conducteur de son véhicule, ce qu'il a lui-même confirmé aux policiers par la suite. Il n'est pas clair si les agents savaient qu'il avait une arme au moment de l'intervention. Le procureur général de l'État, Josh Kaul, n'a pas donné plus d'explications lors d'un point de presse.

Jacob Blake gravement blessé

Un avocat de la famille Blake, Patrick Salvi, a déclaré à CNN mercredi matin que Jacob Blake a subi une longue intervention chirurgicale, mardi, pour stabiliser sa colonne vertébrale.

Selon lui, il faudra un certain temps avant de déterminer définitivement la gravité de ses blessures.

Mais vous pouvez comprendre qu'après avoir reçu au moins sept balles à bout portant dans ses corps vertébraux et sa moelle épinière, ce sera des dommages sévères, sans compter [les blessures] à d'autres organes – son estomac, son foie, ses intestins...

Une citation de :Patrick Salvi, avocat de la famille Blake

S'il ne s'agissait pas d'un agent de police, cette personne [qui a tiré] serait accusée de tentative de meurtre, a-t-il déclaré, après avoir dénoncé le silence de la police dans cette affaire.

Un autre avocat de la famille, Ben Crump, a déclaré mardi qu'il « faudrait un miracle » pour que Jacob Blake marche à nouveau.

Les parents du jeune homme avaient demandé aux manifestants de protester pacifiquement. Sa mère a soutenu que son fils aurait été contre de telles violences.

Avec les informations de Associated Press, Reuters, CNN, Milwaukee Journal Sentinel, et New York Times

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