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Imposer le masque en classe? Une idée qui ne fait pas l’unanimité

Une lettre ouverte critiquant le plan du gouvernement Legault pour la rentrée suscite des réactions.

Des masques et des effets sur une table dans une classe.

L'Agence de la santé publique du Canada recommande le port du masque dans les aires communes des écoles dès l'âge de 10 ans.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada

Le masque devrait-il être imposé à tous les élèves du primaire et du secondaire, même en classe? C’est ce que préconisent une centaine d’enseignants et de médecins, dont de nombreux pédiatres québécois, qui ont signé une lettre ouverte à l’intention du premier ministre François Legault et du directeur de santé publique du Québec Horacio Arruda.

Dans leur lettre, ils se disent déçus du plan annoncé par le gouvernement il y a deux semaines, qui rend obligatoire le port du masque pour les enfants de 10 ans dans les aires communes, dans les halls d’entrée, dans les corridors, mais pas dans les classes.

Selon les signataires de cette lettre, le plan de rentrée actuel pourrait mettre les enfants et les enseignants à risque de contracter la COVID-19 et mener à des éclosions dans leurs familles et dans leur communauté.

Ils appellent donc le gouvernement à revoir certaines mesures, dont réduire le nombre d’élèves dans une même classe pour favoriser la distanciation physique.

Ils souhaitent également voir le port du masque imposé à tous les enfants, même dans les classes, où les étudiants passeront la plus grande partie de leur journée à proximité de leurs pairs. En effet, l’Académie américaine de pédiatrie a déclaré que le port du masque devrait être recommandé pour tous les élèves au primaire et au secondaire, avancent-ils.

Un appel critiqué

Cet appel a toutefois été critiqué par plusieurs intervenants dans le milieu de la santé, ainsi que par des parents qui ont des enfants qui présentent des troubles d’apprentissage.

Pour Marc Lebel, président de l’Association des pédiatres du Québec et infectiologue au CHU Sainte-Justine, les signataires de la lettre se basent sur une recommandation des États-Unis, un pays où la pandémie n’est pas vraiment contrôlée.

Une boîte de masques et des lingettes désinfectantes sur un meuble dans une classe.

Certains affirment que des enfants ayant des troubles du développement auront de la difficulté à adopter le port du masque.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Il affirme que les études récentes démontrent bien que les enfants de moins de 10 ans sont moins enclins à contracter la maladie et à la transmettre.

Il y a des bénéfices majeurs pour les enfants d’un point de vue scolaire, développemental, social à ne pas porter de masque en classe.

Marc Lebel, président de l’Association des pédiatres du Québec et infectiologue au CHU Sainte-Justine

Selon lui, le port du masque risque de gêner la communication entre les élèves et leurs professeurs. Le masque atténue la transmission de la voix, donc pour les enfants qui ont des troubles d’apprentissage, ça va être encore pire, dit-il.

Ça va être difficile de faire respecter le port du masque aux enfants en classe toute la journée, dit encore le Dr Lebel. Les jeunes enfants, ou ceux qui ont des troubles de développement, vont avoir du mal à le porter.

Une situation compliquée pour certains enfants

C’est ce que constate d’ailleurs Mathilde Singer, mère d’un garçon de neuf ans qui a reçu un diagnostic de syndrome d'Asperger, qui qualifie les mesures préconisées dans la lettre ouverte d’intenses.

Selon elle, ça sera difficile pour les enseignants d’obliger les enfants à garder leurs distances et à porter le masque en tout temps.

Les enseignants devront surveiller 25 enfants pour s’assurer comment ils portent leur masque ou s'ils l’ont jeté par terre avant de le remettre sur leur visage. Déjà qu’on a du mal à retrouver les mitaines, alors je ne sais pas comment ce sera pour le masque...

Mathilde Singer

C’est sûr qu’ils peuvent porter un masque durant une courte période, [...] mais c’est déjà difficile même pour les adultes de le porter tout le temps, dit-elle.

Des élèves portent un masque.

Lorsqu'on « joue » avec notre masque, l’objectif de réduction des risques de propagation de la COVID-19 n’est pas atteint, notent des experts.

Photo : Associated Press / LM Otero

Évoquant le cas de son fils autiste, elle affirme craindre l’impact du couvre-visage sur son développement scolaire parce qu’il a déjà du mal à décoder les émotions des autres. J’imagine que ça sera difficile pour lui de juste regarder dans les yeux [...]. Ça ne sera pas viable, je pense.

Mme Singer propose par contre de repenser les mesures en place de façon à rendre l’expérience scolaire moins contraignante pour les enfants, comme l’installation de panneaux en plexiglas dans les salles de classe ou la réduction du nombre d’élèves, par exemple.

Les enfants ne doivent pas porter les conséquences du fait qu’on n’a pas d’argent [à investir dans les écoles], lance-t-elle.

La distanciation serait « dommageable »

En entrevue sur ICI RDI, la pédiatre Marie-Claude Roy dénonce elle aussi l’incohérence de l’appel favorisant le port du masque en tout temps pour les enfants. Elle estime que cela nuirait grandement à leur fonctionnement social et scolaire, [ainsi qu’à] leur concentration en classe, alors que ce n’est pas nécessaire du point de vue de la santé publique.

Qualifiant le plan du gouvernement d'excellent, elle affirme que la distanciation sociale serait extrêmement dommageable pour les enfants. C’est l’une de leurs grandes sources de motivation scolaire. […] Les enfants attendent depuis longtemps le retour en classe, ils le méritent et ils en ont grandement besoin, ajoute-t-elle.

De son côté, le gouvernement ne compte pas changer son plan pour la rentrée pour le moment. Profitant de son point de presse lors de son passage à Saint-Hyacinthe, le premier ministre François Legault a évoqué cette question au début de son allocution devant les journalistes pour défendre son plan qui, selon lui, se base sur les recommandations de la santé publique pour assurer la sécurité des enfants et des enseignants.

François Legault retire un masque de son visage.

Le premier ministre François Legault

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Il y aura toujours des gens qui vont dire qu’on va trop loin, et d’autres qui vont dire qu’on ne va pas assez loin, mais je pense que notre plan est complet et solide.

François Legault, premier ministre du Québec

Plus tôt dans la journée, le ministre de la Santé Christian Dubé avait lui aussi défendu un plan clair, mais s'est quand même dit ouvert aux suggestions. S’il faut nous ajuster, comme on le fait depuis six mois, on s’ajustera, a-t-il affirmé. Mais pour l’instant, c’est notre plan.

Pour sa part, le directeur national de santé publique Horacio Arruda a rappelé que le plan présenté a été pensé avec des professionnels de la santé et du milieu scolaire. On n’a pas décidé de ça dans notre bulle, a-t-il insisté, avouant qu’il sera compliqué d’imposer le masque aux enfants en tout temps.

On comprend les préoccupations des parents [...]. Mais on pense [avoir trouvé] un équilibre entre [limiter] le risque de [contracter] la COVID-19 chez les enfants et le développement scolaire, a dit M. Arruda.

Avec les informations de Delphine Jung

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