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Cette vidéo contient plusieurs inexactitudes sur les masques et sur les vaccins

Les explications de l'homme dans la vidéo contiennent certains éléments de vérité, mais ses conclusions sont fausses.

Un homme tient un sac rempli de balles de plastique.

La vidéo a aussi été partagée sur YouTube où elle a été vue quelques milliers de fois.

Photo : Capture d'écran - YouTube

Dans une vidéo virale, un homme se présentant comme ayant une formation en microbiologie tente de démontrer que les masques ne bloquent pas le coronavirus et qu'un vaccin contre celui-ci ne pourra jamais fonctionner. Or, deux microbiologistes précisent que cette vidéo contient plusieurs inexactitudes et que les conclusions qu'elle met de l'avant ne tiennent pas la route.

La vidéo en question a été publiée sur Facebook vendredi et a atteint plus de 42 000 partages en quelques jours. L'homme dans la vidéo, Éric St-Germain, qui affirme être microbiologiste de formation, explique entre autres que les masques en tissu ne servent à rien et que le vaccin contre la COVID-19 sera inefficace.

Les Décrypteurs ont fait appel au Dr Raymond Tellier, médecin et microbiologiste au Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et à la Dre Cécile Tremblay, microbiologiste-infectiologue au Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), pour vérifier les propos de M. St-Germain.

Une mauvaise compréhension des masques

Dans la première partie de la vidéo, M. St-Germain explique que le coronavirus qui cause la COVID-19 est beaucoup plus petit que les mailles des masques en tissu que portent la plupart des gens. À l'aide de boules en plastique, il illustre que le virus peut simplement passer à travers les mailles. Il affirme que les seuls masques véritablement efficaces sont ceux de type N95, qui disposent d'un filtre spécial pour empêcher les plus petites particules de passer.

Tous ces masques-là que les gens portent dans l’épicerie, ils ne servent à rien. C’est une mascarade juste pour prouver que nous sommes soumis, lance-t-il.

Selon le Dr Tellier, s'il est vrai que le coronavirus est plus petit que les mailles de la plupart des masques en tissu, ça n'empêche pas ces derniers d'être efficaces.

L’erreur fondamentale dans ce discours-là est de penser que les particules virales sont exhalées à l’état nu, alors qu’en fait les virus sont contenus dans des gouttelettes, explique-t-il. Ces gouttelettes peuvent être jusqu'à 1000 fois plus grosses que le virus lui-même et sont en bonne partie bloquées par les masques en tissu, ajoute-t-il.

La Dre Tremblay estime que masques chirurgicaux ont un taux d'efficacité d'autour de 70 %, alors que les masques artisanaux bloquent entre 40 % et 70 % des particules.

On le sait que le virus est plus petit que les masques. Personne ne dit que les masques communautaires, les masques que les gens se font, sont efficaces à 100 % pour empêcher les gouttelettes contenant des virus de se propager, renchérit la Dre Tremblay.

Selon la Dre Tremblay, il faut ajouter le port du masque à d'autres mesures, comme la distanciation physique, le lavage des mains et l'isolement volontaire pour endiguer l'épidémie. De plus en plus d'études montrent que le port du masque ralentit la propagation de la COVID-19, assure-t-elle.

Il faut arrêter de penser qu’il y a des solutions miracles à une épidémie, qu’il y a une chose qui va tout régler. C’est une combinaison de mesures qui va faire en sorte qu’on va empêcher l’épidémie de se répandre.

Dre Cécile Tremblay, microbiologiste-infectiologue au Centre hospitalier de l'Université de Montréal

Il est vrai que les masques de type N95 sont beaucoup plus efficaces pour bloquer les particules virales, mais leur usage est plus approprié lorsque les personnes sont exposées de près à des sources d'infection, explique le Dr Tellier. Le contexte dans lequel on demande à la population de porter un masque, ce n’est pas un contexte dans lequel on prend soin de patients infectés à très courte proximité pendant des périodes prolongées, illustre-t-il.

Des explications sur les virus qui ne tiennent pas la route

Dans la vidéo, M. St-Germain affirme que le coronavirus à l'origine de la COVID-19 est à base d'ARN et non d'ADN, ce qui rend futile l'élaboration d'un vaccin, chose que réfutent la Dre Tremblay et le Dr Tellier.

Comme le souligne M. St-Germain, le matériel génétique de certains virus, dont le coronavirus, est composé d'acide ribonucléique, ou ARN, alors que d'autres virus possèdent un code génétique formé, tout comme les cellules humaines, d'acide désoxyribonucléique, ou ADN.

À l'aide d'un tableau, M. St-Germain explique le fonctionnement de la réplication des virus ARN, et soutient que celle-ci donne lieu à beaucoup plus de mutations que les virus ADN.

Selon lui, ces mutations font en sorte que le coronavirus change rapidement et qu'en conséquence l'immunité conférée par un vaccin ne fonctionnera pas. Il cite en exemple le vaccin contre l'influenza, qui doit être modifié chaque année en raison des mutations qui donnent naissance à différentes souches.

Si vous aviez ma formation, vous comprendriez qu’un vaccin contre un virus ARN, ça ne peut pas fonctionner, lance-t-il. Quand on nous dit dans les médias : "Envoyez, prenez le vaccin!", je ne comprends pas. Pourquoi prendre un vaccin? On le sait que ça ne marchera pas.

Cette explication de M. St-Germain fait bondir le Dr Tellier.

Il demeure un fait absolument incontournable que nous avons à notre disposition plusieurs vaccins extrêmement performants qui protègent contre des virus ARN. Par exemple, le vaccin contre la rougeole, contre les oreillons, contre la rubéole, contre la polio, contre l’hépatite A, contre la rage, contre la fièvre jaune…

Selon le médecin, il est vrai que les virus ARN sont plus portés à donner lieu à des mutations. Par contre, certaines mutations influent sur le virus de différentes façons. Certaines mutations rendent le virus plus efficace pour causer des infections, d’autres, au contraire, le rendent moins efficace et seront éliminées par la sélection naturelle. Un virus ne peut pas faire n’importe quelle mutation.

Il explique que certains virus ARN, comme celui de l'influenza, peuvent en effet donner lieu à des mutations qui peuvent permettre à celui-ci d'échapper aux anticorps, ce qui fait en sorte qu'on doit constamment modifier le vaccin. Toutefois, ce n'est pas un phénomène applicable automatiquement à tous les virus ARN.

Si on regarde le virus de la rougeole, on utilise le même vaccin depuis des décennies. Bien que ce soit un virus à ARN qui génère des mutations, il n’est pas capable de faire des changements dans les régions [du virus] qui sont ciblées par les anticorps produits par le vaccin.

Dr Raymond Tellier, médecin et microbiologiste au Centre universitaire de santé McGill

De toute façon, la Dre Tremblay fait remarquer que les coronavirus en général n'ont pas tendance à produire beaucoup de mutations. Ils ont une enzyme qui est capable de corriger leurs propres erreurs dans la transmission de l’ARN. Ils sont capables de se corriger et ne font donc pas beaucoup de mutations qui peuvent changer l’apparence du virus. Elle explique qu'il existe en ce moment deux variantes du coronavirus qui cause la COVID-19.

Mais ce n’est pas suffisant pour rendre un vaccin inefficace. Quand on fabrique un vaccin, on essaie de prendre un segment du virus qui est relativement conservé pour qu’il soit capable de générer une immunité qui sera croisée contre les différentes variantes du virus, explique-t-elle.

M. St-Germain n'a pas donné suite aux messages qui lui ont été envoyés par l'entremise de Facebook.

Dans une publication datant de dimanche, il a souligné avoir reçu beaucoup de critiques à propos de sa vidéo et qu'il allait leur répondre dans une autre vidéo.

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