•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des communautés culturelles de Montréal seraient plus vulnérables devant la COVID-19

Deux femmes brandissent une pancarte lors d'une manifestation.

Durant la pandémie de coronavirus.des voix se sont élevées pour réclamer la régularisation de personnes en attente d'un statut de réfugié et œuvrant dans le milieu de la santé.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Il importe que la santé publique réponde de manière plus ciblée aux besoins des communautés culturelles en temps de pandémie, selon une équipe de chercheuses de l’Institut universitaire SHERPA. Dans un rapport rendu public mardi, ces chercheuses affirment que certains groupes, au sein des communautés culturelles de Montréal, se sont montrés plus vulnérables face au nouveau coronavirus.

Les gens des communautés culturelles sont des Québécois et ils font partie de la société, mais ils peuvent avoir des besoins particuliers dont il faut tenir compte, a affirmé Janet Cleveland lors d'une entrevue à RDI, mardi.

Mme Cleveland est membre de l’Institut universitaire SHERPA, qui vient de rendre public un rapport sur les impacts qu'a eus la COVID-19 sur les communautés culturelles montréalaises.

Dans l'éventualité qu'une deuxième vague de COVID-19 frappe le Québec, qui entraînerait un nouveau confinement, Mme Cleveland et ses collègues Jill Hanley, Annie Jaimes et Tamar Wolofsky formulent une dizaine de recommandations au gouvernement de François Legault et aux autorités sanitaires du Québec. Dont celle-ci : qu’ils aient plus de pouvoir pour imposer aux employeurs qui ne se conforment pas [aux directives sanitaires] de se conformer, dit Mme Cleveland. C’est principalement cette inquiétude-là que nous avons.

Les nouveaux arrivants et les immigrants arrivés récemment au pays sont souvent à statut précaire, explique la chercheuse du SHERPA.

Ils sont plus souvent, malheureusement, dans des lieux de travail où il y a des employeurs qui ne se conforment pas aux directives de la santé sécurité.

Ces travailleurs vulnérables sont souvent plus réticents à faire une plainte ou un signalement, dit encore Janet Cleveland. Donc, la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) et la Directrice régionale de la santé publique (DRSP) qui ont plus de pouvoir et de moyens doivent faire davantage d’inspections dans les lieux de travail.

Le travail est l'un des lieux principaux, importants de sources d'infection au coronavirus, avance Mme Cleveland comme hypothèse.

Dans son rapport, le SHERPA affirme que de nombreux membres de communautés culturelles ont contracté la COVID-19 au travail et, parfois, l’ont transmise aux membres de leurs familles.

Dans l'une des entrevues menées par les chercheuses, une informatrice a cité le cas d’une demandeuse d’asile qui était préposée aux bénéficiaires (PAB) dans un CHSLD, à Laval.

Elle avait des symptômes, mais la gestionnaire a insisté pour qu’elle continue à travailler tant qu’elle n’avait pas de diagnostic. Plus de deux semaines se sont écoulées avant qu’elle reçoive ses résultats; entre-temps, son état s’est détérioré et elle a été hospitalisée pendant plusieurs semaines.

Extrait du rapport Impacts de la crise de la COVID-19 sur les « communautés culturelles » montréalaises

Demandeuses d'asiles et préposées aux bénéficiaires

Janet Cleveland salue l'initiative du gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) d'avoir limité la mobilité des travailleurs dans les établissements de santé. La semaine dernière, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a souligné que grâce aux ajouts de personnel, le système de santé veillera à interdire la mobilité de la main-d'œuvre d'un établissement à l'autre.

Dans le secteur de la santé, les personnes issues de minorités culturelles sont surreprésentées dans des emplois où il est plus risqué de contracter la COVID-19. Par exemple, les femmes demandeuses d'asile, et provenant d'Haïti et d'Afrique subsaharienne, sont particulièrement nombreuses à occuper des postes de préposées aux bénéficiaires.

De plus, les membres des minorités culturelles peuvent être désavantagés sur le plan économique. Par exemple, ils vivent dans des logements qui sont plus petits, ils peuvent être plus nombreux dans le même logement, donc ça peut être plus difficile aussi d’empêcher la transmission [du coronavirus], explique Janet Cleveland.

Travailler dans des secteurs dits chauds, sans équipement adéquat, utiliser les transports en commun, ne maîtriser ni le français ni l'anglais : voilà autant de facteurs qui peuvent rendre quelqu'un plus vulnérable vis-à-vis de la COVID-19, dit l'enquête.

Selon un rapport de la Direction régionale de santé publique de Montréal, daté du 16 mai 2020 : « Les personnes atteintes de la COVID-19 étaient 2,5 fois plus nombreuses dans les secteurs très défavorisés que dans les secteurs très favorisés de l’île de Montréal ».

Pour contrer la COVID-19, les chercheuses du SHERPA pressent le gouvernement de recueillir plus de données sur les facteurs de risque au virus. De la sorte, on pourra mieux cerner les obstacles qui se dressent devant certains groupes lorsque vient le temps d'appliquer les directives de la santé publique, en situation de pandémie.

L'accès au dépistage

Au Québec, 50 000 personnes ne disposent d'aucune assurance médicale.

Dans leur rapport, Mme Cleveland et ses collègues disent que des gens se sont fait dire de manière erronée, à la ligne Info-Santé ou dans des cliniques de dépistage, qu’elles avaient besoin de la carte de la Régie de l'assurance-maladie du Québec (RAMQ) pour accéder au dépistage. Par conséquent, il y aurait eu plusieurs cas où des demandeurs d’asile et des personnes sans assurance médicale ont hésité à se faire dépister ou encore se sont vu refuser l’accès au dépistage, écrivent les chercheuses du SHERPA.

Elles se sont fait dire aussi que plusieurs personnes sans statut avaient craint de se rendre dans les cliniques de dépistage ou hôpitaux parce qu’il n’y avait pas de garanties explicites qu’elles ne seraient pas dénoncées à l’Agence des services frontaliers du Canada et ensuite déportées.

À Trois-Rivières, un demandeur d’asile hispanophone qui ne parlait ni français ni anglais s’est rendu à l’hôpital, où il a été déclaré positif. Un employé l’aurait dénoncé à la police comme étant un "illégal" et il a initialement eu de la difficulté à recevoir des soins, jusqu’à ce qu’une intervenante d’un groupe communautaire intervienne auprès de l’établissement.

Extrait du rapport Impacts de la crise de la COVID-19 sur les « communautés culturelles » montréalaises

Une étude exploratoire

L'Institut universitaire SHERPA est une infrastructure de recherche financée par les Fonds de recherche du Québec Société et Culture et par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

Pour cette étude qu'elles qualifient d'exploratoire, les chercheuses ont mené des entrevues avec 50 informateurs clefs impliqués auprès de personnes issues de groupes ethnoculturels ou de l’immigration récente. Il s'agissait :

  • d'intervenants de groupes communautaires;
  • de leaders de groupes religieux;
  • de membres de groupes d’entraide informels dans des quartiers pluriethniques;
  • de professionnels.

Les entrevues portaient sur la connaissance et l’application des consignes sanitaires, l’accès aux soins de santé, les besoins psychosociaux, les enjeux économiques, l’emploi, le bien-être familial et les initiatives communautaires.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !