•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Erin O'Toole se présente en rassembleur

Erin O'Toole debout derrière un lutrin durant un point de presse.

Le nouveau chef conservateur, Erin O'Toole, a présenté sa première conférence de presse, mardi.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

C'est un Erin O'Toole conscient de son déficit de notoriété et soucieux de se présenter en rassembleur qui a répondu pour une première fois mardi aux questions de la presse parlementaire à titre de chef du Parti conservateur du Canada et chef de l’opposition officielle.

L'exercice n'a pas donné lieu à de grandes annonces. L'homme de 47 ans a indiqué qu'il nommera plus tard les membres de son cabinet fantôme et ne s'est pas montré particulièrement empressé de faire tomber le gouvernement libéral minoritaire de Justin Trudeau.

Il s'est plutôt appliqué à se présenter aux Canadiens qui n'ont pas suivi de près la course à la succession d'Andrew Scheer, qu'il a remportée dans la nuit de dimanche à lundi avec 57 % des votes exprimés, au troisième tour de scrutin, devant l'ex-ministre conservateur Peter MacKay.

Je suis Erin O'Toole. Vous allez me voir et m'entendre dans les semaines qui viennent. [...] Vous allez entendre le "spin" libéral sur moi, n’achetez pas ça. Voici ce que vous devez savoir : je suis ici pour me battre pour vous et votre famille. Et le Canada a besoin d'un "fighter" [un battant].

Une citation de :Erin O'Toole, chef du Parti conservateur du Canada

M. O'Toole s'est défini comme un homme issu de la classe moyenne, rassembleur, soucieux de réunir sous une même tente les électeurs de l'Ouest qui souffrent selon lui d'un sentiment d'aliénation face à Ottawa et les nationalistes québécois, mais aussi les Canadiens racisés, les nouveaux arrivants, les Autochtones et les membres de la communauté LGBTQ.

Vous êtes une partie importante du Canada et le Parti conservateur est votre maison, a-t-il lancé à l'intention de tous ces groupes.

Notre équipe conservatrice est forte, intelligente, diversifiée. C'est un reflet du Canada. Les Canadiens ne se sont pas toujours reconnus dans notre parti. Je vais changer ça.

Une citation de :Erin O'Toole, chef du Parti conservateur du Canada

M. O'Toole a aussi martelé à plusieurs reprises qu'il était pro-choix, soit en faveur du droit à l'avortement, dans un effort pour se démarquer de M. Scheer, qui avait été très hésitant sur cet enjeu lors de la dernière campagne. J'ai un bilan totalement clair sur les enjeux sociaux comme député, a-t-il insisté.

Il s'est défendu d'avoir appuyé en 2016 le projet de loi C-225, qui proposait de modifier le Code criminel pour qu'une blessure infligée à un fœtus, voire sa mort, soit considérée comme un acte criminel. Il a fait valoir que le projet de loi, qui n'a jamais été adopté, méritait d'être étudié en deuxième lecture puisqu'il abordait des questions de sécurité publique.

Le nouveau chef conservateur a par ailleurs limité ses attaques directes à l'endroit du gouvernement Trudeau, sinon pour l'accuser d'utiliser la pandémie pour aider ses amis, en référence à l'affaire UNIS (We Charity, en anglais), et s'allier des groupes de pression.

Il s'est en outre dit très inquiet face au déficit et à la dette du gouvernement et aux pertes d'emplois engendrées par la pandémie, et a réitéré sa volonté de faciliter l'exportation d'hydrocarbures vers de nouveaux marchés. Il a aussi évoqué la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais sans offrir plus de détails.

O'Toole présente sa garde rapprochée

En marge de sa conférence de presse, M. O’Toole a annoncé par communiqué que Tausha Michaud, qui a été sa conseillère principale lorsqu’il était ministre, devenait sa cheffe de cabinet.

Fred Delorey, un ancien directeur des opérations politiques de l’ex-premier ministre Stephen Harper qui a dirigé la campagne à la direction du camp de M. O’Toole, devient directeur de campagne national.

L’ancien député conservateur de Beauport-Limoilou Alupa Clarke, qui dirigeait la campagne à la direction de M. O’Toole au Québec, agira pour sa part comme conseiller principal du nouveau chef conservateur.

« Prêt » pour des élections, si nécessaire

Le nouveau chef n'a pas laissé entendre qu'il était prêt à défaire le gouvernement Trudeau à la première occasion, qui surviendra lors du vote de confiance qui suivra le discours du Trône du 23 septembre.

J'aimerais voir des débats [à la Chambre des communes] en septembre et les comités du Parlement [siéger] aussi. J'ai dit ça hier dans ma conversation avec le premier ministre, a-t-il déclaré à ce sujet. Si Justin Trudeau pense qu'il peut jouer à des jeux, nous serons prêts, a-t-il toutefois prévenu ultérieurement.

J’ai beaucoup d'expérience dans les Forces armées canadiennes, dans le secteur privé, comme ministre. Je suis prêt pour les défis devant nous maintenant. C’est le temps pour un premier ministre sérieux.

Une citation de :Erin O'Toole, chef du Parti conservateur du Canada

La perspective que les travaux parlementaires reprennent en septembre nécessite le maintien au pouvoir du gouvernement Trudeau. S'il devait être défait lors du vote sur le discours du Trône, la Chambre des communes serait plutôt dissoute et les Canadiens seraient appelés aux urnes.

À l'heure actuelle, le gouvernement Trudeau n’a besoin que de l’appui d’un seul parti d’opposition, hormis les verts, pour demeurer en selle.

Si le Bloc québécois laisse entendre qu’il est « tenté » d'en découdre avec les libéraux, il en va autrement du Nouveau Parti démocratique (NPD), qui soutient que sa priorité est plutôt d'assurer qu'Ottawa vienne en aide aux Canadiens en difficulté pendant la pandémie de COVID-19.

M. O'Toole n'est pas sans savoir que son parti doit faire des gains aux dépens du Parti libéral et du Bloc québécois s'il veut remporter un prochain scrutin fédéral, et il a envoyé quelques signaux en ce sens lors de sa conférence de presse.

Il a invité les électeurs libéraux et néo-démocrates à pratiquer la distanciation sociale face aux partis qui se soucient plus de leur vote que de leurs valeurs, et a accusé le Bloc québécois d'être un parti passé date [qui] ne renaît que lorsque Justin Trudeau méprise les Québécois.

Il n'a toutefois rien dit de spécifique au sujet de la place du Québec dans le Canada, se contentant de reprendre la formule selon laquelle il est temps pour le Québec d'avoir un siège à la table des décisions. Il a aussi assuré que le PCC respectera l'autonomie des provinces.

M. O'Toole a également réitéré sa volonté de rencontrer prochainement le premier ministre François Legault afin de connecter avec lui. Il a dit avoir beaucoup de respect pour le travail effectué par ce dernier depuis le début de la pandémie.

O'Toole « peut nous aider », dit Legault

Interrogé sur le sujet lors d'un arrêt à Saint-Hyacinthe, mardi, le premier ministre Legault a répondu qu'il avait très hâte de rencontrer M. O'Toole. Il y a beaucoup de dossiers où l'on peut avoir de bonnes discussions, a-t-il déclaré.

L'engagement de ne pas contester la loi 21 sur l'interdiction du port de signes religieux en est un, selon lui. Je pense qu'il y a un certain consensus entre nous deux, a relevé M. Legault.

Sur l'immigration, également, j'étais content d'entendre M. O'Toole dire qu'il était ouvert à donner plus de pouvoirs au Québec en matière de choix des immigrants, a-t-il indiqué.

Le premier ministre dit en outre avoir hâte d'entendre le nouveau chef conservateur sur le français dans les entreprises à charte fédérale et sur les transferts en santé, que les provinces aimeraient voir augmenter – sans conditions, a-t-il précisé.

Bref, François Legault pense que l'élection d'Erin O'Toole peut aider le Québec à faire cheminer un certain nombre de dossiers.

Avec la collaboration de Jérôme Labbé

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !