•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

COVID-19 : Québec met en veilleuse l'application de notification

Main qui tient un cellulaire affichant l'application Alerte COVID.

L’application Alerte COVID a été lancée par le gouvernement fédéral le 31 juillet dernier. Pour l’heure, seule l'Ontario a adopté cette technologie.

Photo : Radio-Canada / Michel Aspirot

Le gouvernement du Québec a décidé de ne pas mettre en oeuvre l’utilisation d’une application de notification de contacts pour le moment, puisque la pandémie est contenue grâce aux mesures déjà mises en place.

Le ministre responsable de la Transformation numérique, Éric Caire, a expliqué que cette décision a été prise à la suite de la consultation publique qui s’est déroulée du 8 juillet au 2 août et de la commission parlementaire menée en août sur l'utilité de recourir à une pareille l’application.

Québec estime que son système de traçage déjà en place est adéquat dans le contexte actuel, c’est-à-dire celui du ralentissement de la progression de la maladie.

Cependant, le ministre Caire a indiqué en conférence de presse mardi que le premier ministre François Legault, de concert avec le ministre de la Santé Christian Dubé, lui a demandé de travailler au cours des prochains jours, voire des prochaines semaines, à préparer le terrain pour être capable de déployer une telle application.

Nous allons procéder aux tests […] avec le centre gouvernemental de cyberdéfense concernant l’application COVID Shield. Nous allons aussi voir au niveau québécois si des applications seraient disponibles pour nous aider le cas échéant dans le respect des besoins exprimés par la santé publique et dans le respect des critères qui ont été fixés par le gouvernement, a-t-il déclaré.

Être prêt en cas de besoin

En cas de deuxième vague, le gouvernement Legault pourrait donc recourir immédiatement à l’application. Si la situation s’envenime, ce qu’on ne souhaite évidemment pas, je pense qu’il faut être prêt, a-t-il affirmé.

Pendant que des équipes du ministère de la Transformation numérique s’affairent à évaluer la sécurité et la robustesse de l’application COVID Shield de Shopify, des efforts sont investis pour trouver une solution de rechange.

On fait une certaine prospection avec différentes entreprises québécoises pour voir l’intérêt. L’idéal serait un produit qui serait déjà développé et qui nécessiterait seulement d’être testé. Pour l’instant, on n’a pas encore arrêté notre choix sur une application. On est en recherche, dit-il.

Éric Caire insiste sur le fait qu'il est à la recherche d'une application sans géolocalisation et aucune utilisation de données biométriques et de renseignements personnels. Il précise qu'un tel outil sert de complément à la traçabilité.

Le succès d’une application comme celle-là, c’est le nombre de personnes qui vont l’utiliser. Plus les gens vont être rassurés […], plus le taux de pénétration va être élevé et plus l’outil va être un succès.

Éric Caire, ministre responsable de la Transformation numérique

L’application Alerte COVID a été lancée par le gouvernement fédéral le 31 juillet dernier. Pour l’heure, seul le système de santé ontarien a adopté cette technologie, mais d’autres provinces pourraient se joindre à lui.

M. Caire a indiqué que son ministère a des contacts fréquents avec ses collègues ontariens qui utilisent l’application Alerte COVID pour voir comment se déroule l'opération.

Cela nous permet d’avoir accès à des données probantes sur les avantages de l’application. Pour nous, c’est des mines de renseignements qui sont extrêmement intéressants, soutient-il.

Éric Caire a aussi rendu publics les résultats de la consultation populaire menée auprès de 16 456 personnes. Il en ressort que 77 % croient à l’utilité d’une telle application, que 75 % installeraient une telle application sur leur téléphone intelligent et que 73 % recommanderaient l’application à leur entourage.

Un appui populaire nécessaire

Au cours de la même conférence de presse, le Dr Horacio Arruda a souligné qu’un appui populaire massif est nécessaire pour que l’opération donne de bons résultats.

Il faut au moins de 60 % à 80 % de la population qui s’en sert pour que l’application soit efficace.

Dr Horacio Arruda, directeur national de santé publique

Le Dr Arruda laisse la porte ouverte à une éventuelle utilisation de cette technologie. Si les chiffres augmentent et si nos systèmes actuels n’arrivent pas à fournir pour assurer un traçage des contacts, on pourrait envisager l’adoption de l’application, a-t-il admis.

Questionné sur cette annonce lors d'un déplacement à Saint-Hyacinthe, le premier ministre François Legault n'a pas caché sa préférence : On est dans une situation où on préférerait une entreprise québécoise. Shopify est en effet une entreprise ontarienne.

Toutefois, il explique que ce souhait ne constitue pas le principal argument justifiant la décision de ne pas recourir à une application en ce moment.

Le principal argument, c’est vraiment la protection des données personnelles. Il ne semble pas y avoir de consensus au Québec avec ou sans raison. Peut-être que, dans six mois, on arrivera avec une autre décision. Pour l’instant, il n’y a pas d’appui dans la population ou on ne sent pas un appui suffisant pour qu’il y ait assez de Québécois qui s’inscrivent à l’application pour qu’elle devienne efficace, a déclaré M. Legault.

Le co-porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois pense que le gouvernement est menotté pour en arriver à une telle décision.

Il voudrait aller de l’avant [avec une application], mais la science n’est pas de son bord. En bon québécois : leur stratégie, c’est de pelleter le problème par en avant. J’espère que, d’ici la deuxième vague, le gouvernement va écouter la science et le gros bon sens, déplore-t-il.

C’est une fausse solution, qui va nuire aux efforts de la santé publique et mettre en danger la vie privée des Québécois, ajoute-t-il.

Les conclusions de la commission

Le rapport de la commission parlementaire chargée d’étudier l'utilité de l’application de notification de la COVID-19, qui a siégé dans la première moitié du mois d'août, est implacable : les risques et les inconvénients liés à cette technologie semblent surpasser les bénéfices.

Les membres de la Commission des institutions ont constaté que le cadre juridique du Québec est inadéquat quant à la protection des données et des renseignements personnels et l’accès à l’information, le consentement éclairé et la lutte contre la discrimination.

Les parlementaires ont reconnu que la quasi-totalité des 18 experts qui ont témoigné dans le cadre des auditions a émis des réserves importantes sur l’efficacité et la fiabilité de ces technologies.

De plus, les populations les plus vulnérables au virus sont celles qui auraient le moins accès aux applications, indique le rapport.

COVID-19     : ce qu'il faut savoir

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !