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Inquiétudes dans le milieu de l'éducation en cette rentrée scolaire atypique

La Fédération des syndicats de l'enseignement déplore que les consignes en matière sanitaire puissent varier d'un centre de services scolaire à l'autre.

Des enfants gardent une bonne distance entre eux avant d'entrer dans une école.

La Centrale des syndicats du Québec considère que le retour en classes constitue un défi sur plusieurs plans pour les équipes-écoles.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La rentrée scolaire s'annonce périlleuse à la veille d'une seconde vague de COVID-19 au Québec. Les syndicats et les fédérations du réseau scolaire demandent des investissements massifs en éducation pour s'assurer du respect des consignes sanitaires et aussi pour effectuer le rattrapage éducatif nécessaire auprès des élèves après plusieurs mois d'absence.

La Centrale des syndicats du Québec (CSQ), dont la grande majorité des membres travaillent dans le domaine de l'éducation, a rencontré la presse, lundi à Montréal, pour faire le point sur cette rentrée scolaire inédite.

La présidente de la CSQ, Sonia Éthier, le concède d’emblée : le personnel est inquiet à l’aube de la rentrée scolaire. La nouvelle réalité commandera des ajustements qui exigeront beaucoup de souplesse de la part de tout le monde… et les ressources sont limitées.

Elle admet aussi que ce retour en classe constitue un défi sur plusieurs plans : santé, sécurité, réussite des élèves, décrochage scolaire, sans oublier une attention particulière portée aux élèves en difficulté, qui pour plusieurs n’ont pas fréquenté l’école depuis six mois.

Mme Éthier dit avoir attendu avec impatience le dévoilement du plan du ministre de l’Éducation pour rattraper le temps perdu et faire des mises à niveau. Elle est déçue des sommes déployés pour les élèves en difficulté.

Québec investira 20 millions de dollars pour embaucher davantage de techniciens en éducation spécialisée, d’enseignants et de tuteurs. Selon elle, ce montant consacré à la réussite éducative est non récurrent et nettement insuffisant.

Sonia Éthier dénonce également l’existence de plusieurs angles morts dans le réseau, comme celui des services de garde en milieu scolaire et l’éducation aux adultes qu’on aurait dû prendre en compte dans ce plan.

Sonia Éthier assise à une table de presse parle aux journalistes.

La présidente de la Centrale des syndicats du Québec, Sonia Éthier

Photo : Radio-Canada

Elle soutient que les besoins sont criants au chapitre de l’éducation des adultes. Cela fait 30 ans que l’enveloppe budgétaire n’a pas bougé. On peut penser que dans les prochaines années l’éducation des adultes va être mise à contribution pour aider les élèves qui auront décroché lors de cette pandémie, avise-t-elle.

La porte-parole souligne que l’on comptait 223 000 élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation et d’apprentissage en 2018. Elle précise que cette clientèle a crû de 35 000 enfants en cinq ans. À titre comparatif, elle signale que le Québec a connu une hausse de 6 % du nombre d’élèves, mais de 18 % d’élèves aux prises avec un handicap.

Les ressources n’ont pas suivi au même rythme. Les besoins étaient criants avant la pandémie. Ces besoins vont être plus grands encore, prévient-elle.

Elle considère qu’il est temps que le gouvernement Legault passe de la parole aux actes et qu’il accorde des ressources structurantes pour les élèves et le personnel. La CSQ réclame plus d'enseignants, plus de professionnels et plus de personnel de soutien.

On est ici aujourd’hui pour rappeler au gouvernement qu’il doit respecter sa parole. Il a promis à la population d’investir en éducation. Il faut que cela se concrétise. Le personnel de l’éducation attend depuis trop longtemps qu’on leur donne les moyens pour exercer leur travail convenablement, déclare-t-elle.

Sonia Éthier appelle Québec à donner un coup de barre en éducation, à revoir son plan de rattrapage et à divulguer ce qu’il entend faire pour la suite des choses.

Josée Scalabrini assise à une table de presse devant un micro.

Josée Scalabrini est présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement.

Photo : Radio-Canada

Un discours décousu

De son côté, la présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ), Josée Scalabrini, déplore que les consignes en matière sanitaire puissent varier d'un centre de services scolaire à l'autre.

Elle appelle le gouvernement et la santé publique à être pédagogues et à fournir des réponses aux enseignants, qui sont aussi des citoyens, fait-elle remarquer.

Présentement, on a l’impression que le discours n’est pas toujours uniforme. À preuve : même des directions d’école, en fin de semaine, disaient que pour eux les consignes n’étaient pas claires. Il faut s’arranger pour que quand nos enseignants rentreront, et le personnel d’éducation cette semaine, qu’il y ait un message uniforme et que tout le monde entende les mêmes choses pour rassurer notre monde, affirme-t-elle.

Josée Scalabrini est claire : l’aide de 20 millions de dollars n’est pas suffisante. Elle représente 6500 $ par établissement. On aura besoin d'aide dans nos écoles, lance-t-elle.

La pandémie est venue montrer au grand jour le retard qu’on avait en éducation, mais a accentué les élèves qui auront besoin d’aide dans les prochaines semaines et dans les prochains mois, indique-t-elle.

Jacques Landry assis devant un micro.

Jacques Landry est président de la Fédération des professionnelles et professionnels de l'éducation du Québec.

Photo : Radio-Canada

Aucune garantie

Pour sa part, le président de la Fédération des professionnelles et professionnels de l'éducation du Québec (FPPE-CSQ), Jacques Landry, réclame des garanties d’embauche du ministère.

En 2015-2016, on a perdu 325 postes de professionnels. C’était énorme! Actuellement, on n’a aucune garantie qu’il y a une pérennité dans le temps. D’un milieu à l’autre, les enfants ont le droit d’avoir des services de qualité, affirme-t-il.

M. Landry signale que ses membres, les professionnels, doivent parfois se diviser entre trois, quatre, voire cinq écoles. Un tiers, selon une enquête maison, songeraient à quitter le réseau de l'éducation pour aller travailler dans le privé.

Jacques Landry s'attend à voir plus de cas et des cas plus lourds, parce que certains enfants n'auront pas été sur les bancs d'école pendant six mois.

On s'attend à une détérioration, dit-il, en prenant soin d'ajouter qu'on fait confiance à l'équipe-école pour s'occuper des élèves, parce qu'ils sont les mieux placés dans l'école pour voir les élèves et les autres membres du personnel.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Retour en classe pour les profs

Une rentrée particulière à Montréal

Dans la grande région de Montréal, la rentrée est plus particulière, puisque les enseignants et les élèves ne sont pas revenus à l’école depuis le mois de mars.

La fébrilité du retour au travail est mêlée cette année à de l’angoisse, voire de l’anxiété. Le personnel se demande si les mesures annoncées par le gouvernement du Québec vont réellement permettre de contrer la propagation de la maladie dans les classes et dans l’école.

La présidente de l’Alliance des professeurs de Montréal, Catherine Beauvais Saint-Pierre, redoute que le retour en classe ne se traduise par une multitude d'éclosions de COVID-19.

Catherine Beauvais Saint-Pierre devant des escaliers et une porte.

Catherine Beauvais Saint-Pierre est présidente de l’Alliance des professeurs de Montréal.

Photo : Radio-Canada

Ce que l’on ne veut pas c’est que le milieu de l’éducation devienne le déclencheur de cette deuxième vague, dit-elle.

Elle ajoute : Notre plus grande crainte c’est de retourner à l’école, mais que ce soit pour quelques jours, quelques semaines ou même quelques mois, et que finalement on retourne en confinement parce qu’il y aura eu des éclosions.

Professeur de sixième année à l’école Hélène-Boullé, Étienne Stasse explique que l’édifice dans lequel il travaille vient compliquer les efforts pour lutter contre le coronavirus.

Ma crainte est de ne pas être en mesure de faire en sorte que les mesures de distanciation soient respectées. Parce que c’est impossible, dans une école de 1910, de le faire quand elle n’a pas été rénovée, quand les corridors sont trop étroits, quand on n’a pas assez de casiers pour chaque élève, quand on n’a pas assez de lavabos.

À l’extérieur de Montréal, lorsqu’on a rouvert les écoles au printemps, on a compté en moyenne une vingtaine de cas déclarés de coronavirus par semaine.

Avec les informations de Karine Mateu et de Jean-Philippe Robillard

Avec les informations de La Presse canadienne

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