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Il y a 40 ans, l’évasion spectaculaire des frères Stastny

De gauche à droite : Peter, Marian et Anton Stastny lors d’un match opposant les Nordiques de Québec aux Islanders de New York.

Peter (no 26), Marian (no 18) et Anton Stastny (20) à l’époque où ils évoluaient pour les Nordiques de Québec.

Photo : Getty Images / Bruce Bennett Studios

Le 26 août 1980, Peter et Anton Stastny sont présentés à la presse québécoise après avoir réussi non sans peine une évasion spectaculaire du bloc communiste. Ces frères alors calmes et réservés s'apprêtent à changer radicalement le destin des Nordiques. L’une des plus grandes rivalités de l’histoire du hockey émergera d'ailleurs de leur arrivée à Québec. Retour sur ces événements qui marquent encore l’imaginaire 40 ans plus tard.

Été 1980. Les Nordiques préparent leur deuxième saison au sein de la LNH. Leur entrée dans la grande ligue, en 1979-80, fut difficile avec une exclusion des séries printanières.

Réal Cloutier, Marc Tardif et la jeune sensation Michel Goulet alimentent l’espoir de jours meilleurs. L’équipe a toutefois besoin de renfort. Après tout, la troupe de Jacques Demers a terminé 46 points derrière le redoutable Canadien de Montréal, mené par des légendes du hockey comme Guy Lafleur et Larry Robinson.

Michel Goulet serre la main d'un adversaire après une victoire des Nordiques contre les Whalers.

Michel Goulet serre la main d'un adversaire après une victoire des Nordiques contre les Whalers.

Photo : Radio-Canada

En 1977-78, Marian, Peter et Anton Statsny sont dans l’ordre les trois meilleurs marqueurs de leur équipe, le Slovan de Bratislava. De plus, leurs performances sur la scène internationale suscitent la convoitise en Occident.

Directeur du personnel des Nordiques et recruteur en Europe, Gilles Léger est responsable de la filière tchécoslovaque. Les trois frères sont dans sa mire depuis des mois. Avec la haute direction des Nordiques, il travaille sur un plan d’évasion. Cependant, les frères sont constamment sous haute surveillance. Comme aux Jeux olympiques de Lake Placid, par exemple, où les efforts de Gilles Léger pour les attirer à Québec sont vains.

L'appel fatidique de Peter

Puis, le jeudi 21 août 1980, un appel de Peter Stastny change le cours des événements.

C’était pas long. C’était : on est prêts à venir jouer au hockey ici [au Canada], puis il a raccroché! se remémore Gilles Léger, aujourd’hui recruteur pour les Rangers de New York.

Il n’en faut pas plus pour que Gilles Léger et le président des Nordiques, Marcel Aubut, montent à bord du premier avion à destination de l’Autriche. L’équipe nationale de la Tchécoslovaquie s’y trouve pour disputer la Coupe d’Europe, à Innsbruck.

Une rencontre entre les parties a lieu le lendemain de l’appel fatidique. Anton et Peter Stastny signent un contrat avec les Nordiques de Québec. N'étant pas mis au courant de l’imminence du plan de défection de ses frères, Marian débarquera quant à lui à Québec un an plus tard, non sans entretenir une rancoeur envers eux.

Marian Stastny tient un chandail des Nordiques lors d'une conférence de presse à Montréal le 6 juin 1981.

Marian Stastny tient un chandail des Nordiques lors d'une conférence de presse à Montréal le 6 juin 1981.

Photo : La Presse canadienne / Arne Glassbourg

Évasion rocambolesque

Peu avant le dernier match de la Tchécoslovaquie, le dimanche soir, Anton et Peter, qui était accompagné de sa conjointe Darina, font faux bond à l’équipe. Ils rejoignent plutôt Marcel Aubut et Gilles Léger à Vienne, d’où le quatuor gagne l’ambassade canadienne, qui s’assure de la protection des individus. Aubut, Léger et les Stastny parviennent ensuite à échapper à la surveillance des agents tchèques qui sillonnent les rues de Vienne. Puis ils atterrissent finalement à Mirabel, le 25 août.

Ouf! Dans ces pays-là, le communisme, c’était pas facile à négocier, commente aujourd’hui Gilles Léger, ricaneur. Ça faisait quelques années que je les suivais. J’étais préparé pour l'évasion de ces frères-là. J’avais fait plusieurs démarches, mais quand j’ai eu l’appel de Peter, c’était excitant de savoir qu’ils étaient prêts.

Les trois hommes posent devant une pile de livres.

Gilles Léger (au centre) accompagné des frères Marian et Anton Stastny lors de la sortie du livre Les Stastny, en 2012.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Sa propre sécurité en péril

Gilles Léger était prêt à risquer sa propre sécurité pour améliorer les Nordiques sur la glace, tout en permettant aux frères Stastny d’accéder à un monde libre.

Si c’était aujourd’hui, probablement que j’aurais peur de le faire. Mais dans le temps, quand j’étais jeune, il n’y avait pas grand-chose qui me [faisait] peur. Dans ces temps-là, c’était dangereux, se rappelle Gilles Léger.

Il fallait des joueurs pour être capables de compétitionner avec le Canadien de Montréal.

Une citation de :Gilles Léger, ex-recruteur des Nordiques de Québec
Marcel Aubut, en conférence de presse. Le logo des Nordiques trône en arrière-plan.

Entrevue avec Marcel Aubut

Photo : Radio-Canada

Objectif : vaincre le Canadien

Vaincre le puissant Canadien de Montréal, voilà l’un des objectifs fixés par les Nordiques qui voulaient faire leur place dans le coeur des amateurs de hockey du Québec.

L’arrivée des frères Stastny contribuera sans aucun doute à l’atteinte de cet objectif audacieux. En 1981-1982, un but de Dale Hunter envoie le Canadien de Montréal en vacances dès le premier tour des séries éliminatoires.

Les Nordiques célèbrent le but de la victoire de Dale Hunter contre les Canadiens de Montréal lors des séries éliminatoires de la saison 1981-1982.

Dale Hunter envoie les Canadiens de Montréal en vacances

Photo : Radio-Canada

Le monde du hockey est pris par surprise. Mais pas l’état-major des Nordiques.

Après tout, Peter Stastny est déjà l’un des meilleurs joueurs de la LNH avec une récolte de 139 points. C’est 55 points de plus que Guy Lafleur qui a par contre raté 14 parties cette saison-là. Marian Stastny en a pour sa part accumulé 89 et Anton 72. Marcel Aubut parle du « coup du siècle » dans le monde du sport.

C’est sûr que les Stastny nous ont donné un coup de main instantané quand ils sont arrivés à Québec. Ils nous ont aidés à devenir l’une des bonnes formations dans la LNH. Là, on pouvait compétitionner avec le Canadien de Montréal, souligne Gilles Léger.

La rivalité entre le Canadien et les Nordiques continue ensuite à prendre de l'ampleur tout au long des années 80. Elle atteint sans doute son apogée lors de la fameuse Bataille du Vendredi saint, en avril 1984. Puis, le 2 mai 1985, Peter Stastny déjoue Steve Penney en prolongation lors d'un septième match décisif au Forum de Montréal et les Nordiques éliminent à nouveau le Canadien pour passer en demi-finale de la Coupe Stanley.

L'arrivée des Stastny, ç’a vraiment aidé notre équipe. Ç’a donné un gros coup aux Nordiques. Ça a été bon pour le hockey au Québec.

Une citation de :Gilles Léger, ex-recruteur des Nordiques de Québec

Son plus grand coup?

À 79 ans, Gilles Léger rédige toujours des rapports sur les joueurs autonomes et recommande des joueurs à la haute direction des Rangers de New York. Mettre la main sur les Stastny est-il le meilleur coup de sa longue carrière?

C’est certainement un des grands en tout cas, dit-il en riant. Mais j’ai quand même eu une bonne carrière parce que je travaille encore pour les Rangers à mon âge.

Il raconte en détail ses souvenirs dans un entretien à l'émission C'est encore mieux l'après-midi

Le 4 février 1996, Peter Stastny est ovationné par plus de 14 000 partisans au Colisée de Québec alors que l'on retire son chandail numéro 26

Le 4 février 1996, Peter Stastny est ovationné par plus de 14 000 partisans au Colisée de Québec alors que l'on retire son chandail numéro 26.

Photo : La Presse canadienne / JACQUES BOISSINOT

Dans sa carrière, Peter Stastny a accumulé 1239 points dans la LNH et inscrit un autre but important pour éliminer les Whalers de Hartford, en 1987, devant une foule survoltée au Colisée de Québec. Son moment de gloire, qui soulève encore les passions des fidèles des Nordiques aujourd'hui. Anton Stastny a pour sa part inscrit 636 points et Marian 294 au cours de leur carrière.

Peter Stastny après avoir compté un but contre les Whalers en 1987.

Peter Stastny après avoir compté un but contre les Whalers en 1987.

Photo : Radio-Canada

En dehors de la patinoire, les trois frères Stastny ont tous appris rapidement le français et leur implication dans la communauté québécoise a été maintes fois soulignée.

Les trois frères tiennent une rondelle de hockey géante avec leurs signatures, sur laquelle est imprimé un logo des Nordiques.

Les trois frères, Marian, Peter et Anton Stastny, le 8 août 2019 lors d'une cérémonie en leur honneur au Centre Vidéotron.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

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