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Le traitement au plasma sanguin contre la COVID-19 accueilli avec prudence

« Malheureusement, les données ne sont pas très claires sur un bénéfice », estime le chercheur québécois Gary Kobinger. L'OMS abonde dans le même sens.

Une femme tient entre ses mains trois sacs de liquide jaune. En arrière-plan, le donateur de ce plasma sanguin est couché sur un lit d'hôpital.

Une infirmière tient dans ses mains des sacs de plasma sanguin donné par un patient en convalescence dans un hôpital de Bogota. Comme d'autres pays, la Colombie teste l'efficacité de ce traitement à l'heure actuelle.

Photo : Getty Images / Guillermo Legaria

Radio-Canada

L’idée de recourir à des transfusions de plasma sanguin pour favoriser la guérison de patients qui ont la COVID-19, autorisée depuis dimanche aux États-Unis, est accueillie avec prudence dans le monde.

Le président américain Donald Trump a annoncé dimanche que la Food and Drug Administration a autorisé dimanche le recours à cette méthode dans l’espoir de sauver des vies dans son pays, durement touché par la maladie.

Le traitement consiste à transfuser du plasma provenant de patients convalescents à des patients en difficulté, afin que les anticorps qui se sont développés chez les uns puissent améliorer la réponse immunitaire des autres.

En conférence de presse lundi, la scientifique en chef de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Soumya Swaminathan, a déclaré que les preuves de l'efficacité de ce traitement restent de faible qualité.

Un certain nombre d'essais cliniques sont en cours dans le monde portant sur le plasma de convalescence par rapport aux soins standard. Seuls quelques-uns d'entre eux ont en fait publié des résultats intermédiaires [...] et pour l'instant, la qualité des preuves est encore très faible.

Soumya Swaminathan, scientifique en chef à l'OMS

En entrevue à l’émission Tout un matin, le Dr Gary Kobinger, directeur du Centre de recherche en infectiologie de l’Université Laval, a abondé dans le même sens que l’experte de l’agence onusienne.

Malheureusement, les données ne sont pas très claires sur un bénéfice, a convenu celui qui est aussi professeur au département de microbiologie-infectiologie et d’immunologie de l'université.

Le Dr Kobinger reconnaît qu’il ne serait pas très étonnant que cette approche, utilisée depuis plus de 100 ans pour combattre des maladies infectieuses, s’avère efficace.

Des études visant à vérifier le tout sont d'ailleurs en cours au Canada, rappelle-t-il.

La bonne nouvelle, c’est que c’est une technique qui est de mieux en mieux contrôlée en termes d’effets secondaires, qui existait même à la fin des années 1800, au début des années 1900 et qui a été un peu abandonnée dans les années 30, à cause de l’avènement des antibiotiques.

Gary Kobinger, directeur du Centre de recherche en infectiologie de l’Université Laval

Que l’approche fonctionne dans le cas de la COVID-19 n’est cependant pas garanti pour autant, relativise le chercheur.

À chaque fois, c’est normal que ce soit une des interventions médicales qui soit testée. Il faut le tester toujours. Ce ne sont pas tous les pathogènes qui sont bien contrôlés par le transfert de plasma, affirme-t-il.

Le Dr Kobinger souligne que la transfusion de plasma est un traitement qui présente peu de toxicité, et que les patients qui en profitent le tolèrent généralement bien.

Il évoque aussi avec la plus grande prudence des signaux préliminaires selon lesquels le recours au plasma sanguin pourrait faire baisser le taux de mortalité de 35 % chez les patients infectés.

Malheureusement, souligne-t-il, ces données sont issues des États-Unis, où quelque 70 000 personnes ont déjà pu profiter du traitement à certaines conditions, mais sans que cela ne s’inscrive dans un réel essai randomisé.

Il n’y a rien qui existe d’une étude qu’on appelle randomisée, même à l’aveugle, où on compare vraiment un traitement par rapport à un groupe qui reçoit soit un placebo ou un autre traitement, et qui est fait de façon aléatoire, où on a la clé par la suite et on découvre si le traitement est efficace ou non.

Gary Kobinger, directeur du Centre de recherche en infectiologie de l’Université Laval

Ça a été administré dans des conditions où il n’y a pas de […] comparateurs fiables qui puissent être utilisés. Donc le 35 %, c’est un peu un chiffre flottant, a-t-il déploré.

Avec les informations de Reuters

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