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Des élus évaluent l'impact de la pandémie sur la prostitution juvénile

Le rapport sur l'exploitation sexuelle des mineurs doit être remis en décembre.

Une jeune femme dans une chambre de motel

Une commission parlementaire analyse l'exploitation sexuelle des mineurs en cette période de COVID-19.

Photo : Getty Images / TheCrimsonMonkey

La commission parlementaire qui se penche sur l'exploitation sexuelle des mineurs au Québec tient une toute dernière journée de consultations publiques lundi. Les élus veulent connaître les conséquences de la pandémie sur la prostitution juvénile pour ainsi ajuster leurs conclusions à la nouvelle réalité.

On peut s'imaginer que la prostitution a été sur pause, mais ce n'est pas le cas. Il y a une clientèle qui a continué comme si de rien n'était, dit le président de la commission, le député caquiste Ian Lafrenière.

Sur le terrain, policiers et intervenants ont remarqué que la prostitution, de façon générale, s'est déplacée vers les salons de massages, mais ce n'est pas le cas pour la prostitution juvénile.

On a des échos que les salons de massages prendraient plus de place dans le futur. Ce qui est envoyé comme message, c'est qu'il y aurait davantage de règles sanitaires. Mais les mineurs ne se retrouvent pas dans les salons de massage parce que c'est un commerce et qu'il y a une adresse, il y a plus de facilité à les retracer, précise le député de Vachon.

Moins de clients, mais plus de pression

Dans les premières semaines de la pandémie, Paul Laurier, le président de la firme Vigiteck, a observé une baisse de sollicitations et de demandes sur Internet. En volumétrie, ça a descendu énormément. On est passé de parfois 6000, 8000 annonces à 1000. Et, en général, on estime que de 20 % à 30 % de ces annonces concernent des mineurs.

Pour cet ancien enquêteur de la Sûreté du Québec, qui a créé un logiciel lui permettant de répertorier ce genre de publicités en ligne, la baisse liée à la pandémie a eu un effet positif pour les jeunes victimes. Il y a des gens qui ont arrêté de consommer de la prostitution. Le gars qui s'en allait travailler et qui se faisait faire une fellation en chemin, il n'y allait plus au bureau, explique-t-il.

Les motels, les Airbnb ont été fermés, poursuit-il. Tout ce qui pouvait servir à recevoir des clients était fermé. Moi, je pense que les filles étaient en sécurité.

Et l'annulation de grands événements a aussi fait baisser la demande, ajoute-t-il. On n'est pas à plein régime, il n'y a pas eu de Grand Prix à Montréal ou de grands événements, mais tranquillement on revient à un modèle normal, malheureusement, dit M. Laurier, qui s'adressera aux élus en commission parlementaire.

Malgré cette baisse de clients liée au confinement, l'appétit des proxénètes est demeuré le même, fait remarquer le député Lafrenière. Le proxénète a continué à demander de l'argent même si le marché était arrêté, alors plusieurs jeunes femmes se sont retrouvées dans des situations d'extrême vulnérabilité.

Une occasion de s'en sortir?

La pause de la pandémie aurait-elle permis à certaines victimes de se sortir de l'engrenage de la prostitution juvénile? C'est en quelque sorte une occasion manquée, selon le député de Québec Solidaire Alexandre Leduc.

Il y avait une fenêtre pour la sortie, en même temps, elle était temporaire. Et même si la fenêtre était là, les outils n'y étaient pas, lance-t-il.

La baisse des activités a plutôt mis en lumière les difficultés auxquelles font face celles qui veulent s'en sortir, notamment leur grande précarité économique, dit le député d'Hochelaga-Maisonneuve et membre de la commission parlementaire.

Plusieurs auraient peut-être eu le goût d'en sortir parce que de toute façon ça ralentissait, mais il était impossible pour elles de trouver une autre source de revenus parce que ça fermait partout. Et ce n'est pas évident de se retrouver sur la PCU [Prestation canadienne d'urgence] quand on n'a pas un revenu déclaré, souligne-t-il.

La pandémie a démontré l'importance de pouvoir accompagner les victimes lorsqu'elles décident de s'en sortir, dit-il. Ça, on l'a entendu souvent pendant les travaux de la commission et c'est un des points que je veux marteler, il faut travailler sur la sortie.

La commission parlementaire transpartisane sur l'exploitation sexuelle des mineurs doit remettre son rapport en décembre.

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