•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L’augmentation des problèmes de santé mentale chez les producteurs canadiens inquiète

Des porcs sont dans un espace fermé.

Dans le secteur de la production bovine et porcine, des usines ont dû fermer ou ralentir leurs opérations en raison de la pandémie.

Photo : iStock

En raison des conséquences de la pandémie, la survie de nombreuses fermes au Canada est menacée et l’augmentation des problèmes de santé mentale dans l’industrie est inquiétante, selon des associations de producteurs.

Des mois avant le début de la pandémie de COVID-19, les producteurs canadiens étaient déjà confrontés à un grand stress dû au conflit commercial avec la Chine, fait remarquer la Fédération canadienne de l'agriculture (FCA).

L’arrivée de la COVID-19 et les conséquences qu’elle engendre sont le supplice de trop pour de nombreux secteurs de l’agriculture, juge-t-elle.

D’un bout à l’autre du pays, des producteurs subissent des pertes, selon le porte-parole de la Fédération Marcel Groleau qui est par ailleurs président général de l’Union des producteurs agricoles (UPA) du Québec.

Dans le secteur fruitier et maraîcher, par exemple, certains agriculteurs ont perdu une partie de leur récolte en raison du manque de main-d’œuvre, car des milliers de travailleurs étrangers n’ont pas pu venir au Canada comme d’habitude, indique M. Groleau.

On fait des pieds et des mains pour tenter de remplacer ces travailleurs par des travailleurs locaux, mais c’est extrêmement difficile de trouver une main-d’œuvre locale qualifiée , déplore-t-il.

Dans le secteur de la production bovine et porcine, il note que des usines ont dû fermer ou ralentir leurs opérations en raison de la pandémie.

Ça a entraîné des pertes importantes dans les fermes. On n’arrivait plus à écouler nos productions, lance-t-il.

Marcel Groleau qui parle au micro.

Le président de l'UPA, Marcel Groleau

Photo : Radio-Canada

Il mentionne également la récolte des céréales qui s’annonce incertaine, car, dit-il, les prix sur les marchés pourraient être bas entre autres en raison de la réduction de la demande.

C’est 40 % de la production du maïs qui va à la fabrication d’éthanol aux États-Unis. Comme il y a eu un ralentissement important de la demande d’éthanol depuis le début de la pandémie, il y a beaucoup d’incertitude sur le marché des céréales, dit-il.

Le secteur aquacole a également connu son lot de problèmes aussi bien au Québec qu’en Colombie-Britannique, déplore Marcel Groleau en précisant que les pourvoiries n’ont pas acheté autant de poissons pour ensemencer .

Stress et problèmes de santé mentale

Le président de l’Association manitobaine de fermiers (KAP), qui est aussi membre de la Fédération canadienne des producteurs, Bill Campbell, souligne que toutes les pertes déjà enregistrées et les incertitudes par rapport à l’avenir aggravent les problèmes de santé mentale.

Beaucoup de producteurs sont à bout , lance-t-il. Nous ne savons pas combien de temps certains pourront tenir. La récession dont parlent les économistes marquera peut-être la fin de la production pour certains.

Un fermier qui s'occupe de ses vaches.

Les temps sont durs pour de nombreux producteurs agricoles, avouent des associations qui les représentent.

Photo : Radio-Canada / Trevor Lyons

M. Campbell indique avec désolation que l’augmentation du stress et des problèmes de santé mentale sont de plus en visibles .

Il faut s’en inquiéter, mentionne-t-il en précisant que les producteurs, de manière générale, sont des personnes qui intériorisent beaucoup leur souffrance.

Aide insuffisante et parfois nuisible

Marcel Groleau et Bill Campbell soutiennent que les subventions gouvernementales jusqu’ici accordées aux producteurs sont insuffisantes et ne contribuent qu’à retarder la disparition de certaines fermes, en particulier celles de petite taille.

Nous avons des fermes familiales centenaires qui pourraient disparaitre, juge Marcel Groleau.

Il note que d’autres programmes d’Ottawa, comme la Prestation canadienne d'urgence, causent du tort aux producteurs qui sont à la recherche de main-d’œuvre pour la récolte.

La Fédération canadienne de l'agriculture croit que la solution viable à moyen et à long terme est une révision profonde des programmes de gestion des risques.

Les programmes tels qu’ils existent actuellement sont obsolètes et ne répondent plus aux besoins de l’industrie, soutiennent M. Groleau et M. Campbell.

Ils n’ont jamais été conçus pour une crise comme la COVID-19 alors ça ne marche pas, dit Bill Campbell.

Une révision permettra, d’après la FCA, de bâtir de nouveaux partenariats entre le gouvernement et l’industrie, pour pouvoir mieux soutenir les agriculteurs canadiens.

Annonce plus théorique que pratique

M. Groleau souligne que la ministre canadienne de l’Agriculture, Marie-Claude Bibeau, a récemment annoncé une aide aux producteurs à travers le programme Agri-relance.

Ce type d’aide, dit-il, ne correspond pas aux demandes des acteurs de l’industrie.

Le programme Agri-relance intervient seulement en dernier recours et les critères d’admissibilité sont très restrictifs. Malgré les 100 000 000 $ qui ont été annoncés pour le secteur porcin et bovin il y a peu de chance que les producteurs en bénéficient, dit-il en ajoutant que selon lui, la mesure en est une plus théorique que pratique.

Marie-Claude Bibeau, en conférence de presse.

La ministre canadienne de l'Agriculture, Marie-Claude Bibeau

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Le gouvernement fédéral indique qu’un processus visant à évaluer la nécessité de réviser les programmes de gestion des risques avait déjà été amorcé.

Dans une note envoyée par courriel, un porte-parole du ministère de l'Agriculture explique que «  malgré l’attention portée à la réponse à la COVID-19 ces derniers mois, les ministres et les hauts fonctionnaires ont continué de se réunir régulièrement pour discuter des progrès réalisés et donner des orientations quant à l’évaluation et à l’élaboration d’options pour les programmes de gestion des risques  ».

Il indique que l’examen de la gestion des risques sera aussi abordé lors de la rencontre ministérielle officielle annuelle en octobre.

Le gouvernement continue de travailler sans relâche avec ses partenaires ainsi qu’avec les provinces et les territoires pour aider les producteurs et les transformateurs pendant la pandémie, et pour s’assurer que les Canadiens retrouvent des aliments sains et nutritifs sur les tablettes de leurs épiceries et dans leurs assiettes , dit-il.

De son côté, le gouvernement manitobain reconnaît l’importance de l’industrie agricole pour l’économie provinciale et nationale.

Dans une note envoyée par courriel, un porte-parole indique quele 20 juillet, en partenariat avec le gouvernement du Canada, la province a annoncé un programme à frais partagés de trois millions de dollars pour soutenir des projets qui aident les transformateurs agricoles à atténuer la propagation de la COVID-19.

Il ajoute qu’à partir du mois de septembre une aide financière sera également disponible pour la location de matériel, des fournitures et des équipements nécessaires pour adapter les processus de production afin de respecter la distanciation sociale et les autres précautions liées à la COVID-19.

Des personnes dans un champ de maïs.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La récolte du maïs commence bientôt.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Lavoie

Les associations de producteurs demandent également plus de ressources en santé mentale.

Nous faisons des appels vidéo avec nos membres pour discuter et parler de nos problèmes, mais j’ignore si c’est suffisant, dit Bill Campbell.

Pour les problèmes de santé mentale, Ottawa dit reconnaitre que même sans la pandémie de COVID-19, l’agriculture est un métier exigeant. Le porte-parole du ministère de l'Agriculture indique qu’agriculture et Agroalimentaire Canada travaille avec les provinces et les territoires ainsi qu’avec ses partenaires de l’industrie en vue de soutenir la santé mentale des producteurs canadiens . Par l’intermédiaire du Partenariat canadien pour l’agriculture, les provinces et les territoires peuvent faire appel au financement fédéral à frais partagés pour contrer les pressions régionales particulières qui peuvent entraîner des problèmes de santé mentale , souligne le porte-parole.

Le gouvernement manitobain demande aux agriculteurs de contacter son service de soutien aux agriculteurs, aux habitants des régions rurales et du nord qui offre des conseils téléphoniques et en ligne.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !