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Les données de la RAMQ pour appâter les pharmaceutiques

Pierre Fitzgibbon marche, café en main, à l'Assemblée nationale.

Le ministre Pierre Fitzgibbon a qualifié de « mine d’or » les données que recueille la RAMQ.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le gouvernement de François Legault espère inciter des compagnies pharmaceutiques à s’installer dans la province en leur proposant d’accéder aux données médicales des Québécois. Une possibilité que l’opposition libérale semble voir d’un très bon œil, mais qui fait « frémir » Québec solidaire.

En répondant aux questions de la Commission de l'économie et du travail dans le cadre de l’étude des crédits budgétaires 2020-2021, jeudi, le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, a qualifié de mine d’or les données que recueille la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ).

Je sais que c’est un sujet très controversé et je n’entrerai pas là-dedans tout de suite, a-t-il signalé. J’ai des vues très précises sur ça.

La stratégie du gouvernement, c’est carrément de vouloir attirer les pharmas, quelques pharmas, à venir jouer dans nos platebandes, profiter de ça. Et je pense qu’on a une chance incroyable d’y arriver.

Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie et de l’Innovation

C’est un devoir que nous avons au gouvernement de profiter de ça pour augmenter la notoriété du Québec, a-t-il affirmé.

Le jour où on peut se rendre confortables de donner accès à nos données de santé aux compagnies pharmas qui vont venir dans les hôpitaux universitaires – qui sont très performants –, quand on a Mila à côté […] ou Imagia, c’est winner!, a-t-il déclaré.

Basé à Montréal, Mila est un institut de recherche en intelligence artificielle, qui rassemble autour de 500 spécialistes du domaine de l’apprentissage profond (deep learning), un ensemble de méthodes d’analyse automatisée. Il s’agit du plus grand centre de recherche du genre de la planète.

Aussi installée à Montréal, Imagia est une équipe de chercheurs qui espère révolutionner le traitement des données médicales grâce à l’apprentissage profond.

M. Fitzgibbon a affirmé que le ministre de la Santé, Christian Dubé, est bien au courant de ses projets. On a parlé de ça avant même qu’on soit en politique, a-t-il déclaré.

Répondant de son côté aux questions de la Commission de la santé et des services sociaux, le ministre Dubé ne s'est pas souvenu d'une telle conversation : Discuter de la vente des données de la RAMQ à d’autres personnes, moi, je n'ai jamais eu cette discussion-là.

Pierre Fitzgibbon n'en a jamais discuté avec des représentants de la RAMQ, a-t-il admis. Le sujet n'a pas non plus été abordé au conseil des ministres, selon Christian Dubé.

MM. Fitzgibbon et Dubé ont chacun de leur côté souligné qu’il faudra s’assurer de faire les choses correctement et qu'il est certain que ces informations devront d’abord être rendues anonymes.

Christian Dubé a davantage donné l'impression d'y voir un projet à long terme.

Si jamais, un jour, on était capable d’aller vers ces innovations-là, que d’autres pays ont commencé à faire, surtout avec l’expertise qu’on a au Québec, je pense que ce serait une bonne chose.

Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux
Christian Dubé, l'air pensif et la main sur la bouche, lors d'une conférence de presse.

Le ministre de la Santé du Québec, Christian Dubé

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

L'opposition divisée

Très bien, a répondu à M. Fitzgibbon le libéral Carlos Leitao, membre de la Commission de l'économie et du travail. Je vous encouragerais à bâtir sur ce que notre ancien collègue, l’ancien ministre de la Santé, avait déjà commencé à faire dans ce domaine-là. Je pense qu’il y a là une bonne piste.

Pour ce qui est des données de la RAMQ, je comprends le potentiel. Je comprends aussi les enjeux d’informations personnelles. Mais il faut trouver un moyen de naviguer ça.

Carlos Leitao, membre libéral de la Commission de l'économie et du travail

En revanche, Vincent Marissal, de Québec solidaire, était outré d'entendre M. Fitzgibbon. Ça m’a écorché le tympan, a-t-il illustré, au début d'un échange acerbe.

Ce débat-là est dans l’air depuis longtemps, mais il n’y a jamais, jamais personne qui est allé aussi loin que vous dans ce que vous venez de dire, a laissé tomber M. Marissal.

Aussi bien donner les clés de la banque de sang aux vampires.

Vincent Marissal, membre solidaire de la Commission de l'économie et du travail

Le député de Rosemont a prévenu le ministre qu'il trouverait Québec solidaire dans le camp de over my dead body, surtout après tout ce qu’on a appris, des fuites de renseignements personnels, de cette immense voracité de certains opérateurs comme Google, Amazon et autres pour les données personnelles.

Vous me désolez, vous me désolez, lui a répondu Pierre Fitzgibbon, des éclairs dans les yeux. Il a qualifié les propos de M. Marissal d’erronés et incendiaires.

Sur Twitter, le leader parlementaire de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, s'est lui aussi indigné des intentions du gouvernement caquiste.

Le faire de la bonne façon

En entrevue à RDI économie, en soirée, Pierre Fitzgibbon a voulu se montrer rassurant.

Il a précisé qu'il n'était aucunement question de vendre des informations confidentielles, mais plutôt de profiter de la grande compétence du Québec en matière d'intelligence artificielle – nous sommes dans les champions du monde, a-t-il d'ailleurs dit – pour contribuer à développer de nouvelles thérapies et à améliorer le sort des Québécois et de toute l'humanité.

Un jour, quand on va pouvoir utiliser les données, ça va profiter à toute la société.

Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie et de l’Innovation

Québec n'a encore lancé de discussions formelles à ce sujet avec aucune entreprise, parce que ce n’est pas disponible présentement, a indiqué M. Fitzgibbon, en répétant que ce sont des données scientifiques qui ont une valeur incroyable. Alors on pense au futur.

Il faut se servir des données, mais de la bonne façon, de toute évidence. Il faut passer à travers des filtres importants pour protéger les données personnelles, a insisté le député de Terrebonne.

Il a mentionné que le ministre responsable de l’Accès à l’information aura le mandat de voir à leur protection. Il faut protéger les données personnelles, il n’y a aucun doute, a-t-il dit.

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