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Doubler la récolte de bois en Ontario : des réactions divisées

Un camion de billots dans une scierie.

Alors que le prix du bois d'oeuvre atteint des sommets, l'Ontario lance une stratégie qui doublera la production d'ici 2030.

Photo : Radio-Canada / Martine Laberge

Le ministre des Richesses naturelles et des Forêts, John Yakabuski, a dévoilé jeudi la version finale de son plan de croissance et de protection de l’industrie forestière, qui visent à créer des emplois tout en assurant un développement durable.

Le plan est reçu favorablement par l’industrie, des municipalités du Nord de l’Ontario et des Premières Nations, mais suscite déjà les critiques de groupes écologistes.

Le document, intitulé Croissance durable : Stratégie pour le secteur forestier de l’Ontario, a été rendu public lors d’un point de presse dans les locaux de Columbia Forest Products, à Rutherglen, près de Mattawa.

Le ministre Yakabuski donne un point de presse.

Quelques personnes ont assisté au point de presse dans les installations de Columbia Forest Products.

Photo : Radio-Canada / Zacharie Routhier

Notre gouvernement a élaboré une stratégie qui aidera à créer plus d’emplois bien rémunérés pour les Ontariens et Ontariennes et à offrir plus de possibilités aux collectivités qui dépendent du secteur forestier, a dit le ministre John Yakabuski.

L’Ontario voit grand : récolter jusqu’à 30 millions de mètres cubes de bois de sa forêt d’ici 2030, soit le double de ce qui est récolté annuellement en ce moment.

En même temps, nous prenons des mesures pour protéger nos forêts. Les pratiques de gestion forestière viable de l’Ontario se basent sur les connaissances scientifiques les plus à jour et qui sont continuellement revues et améliorées.

John Yakabuski, ministre ontarien des Richesses naturelles et des Forêts

Le cadre juridique solide de l’Ontario et son engagement en faveur d’une gestion responsable des forêts ont permis d’obtenir une ressource naturelle saine et abondante , a déclaré Jamie Lim, présidente et directrice générale de l'Association de l'industrie forestière de l'Ontario (OFIA).

Nous savons que la consommation de produits du bois augmentera de 30 % dans la prochaine décennie.

En tant que résidents du Nord, ne voulons-nous pas que ces emplois soient ici?, ajoute-t-elle.

Cette stratégie me fait penser à ce que disait Wayne Gretzky : "Je ne patine pas là où est la rondelle, mais là où elle s’en va". Pour moi, cette stratégie nous positionne pour nous diriger là où la "rondelle" sera.

Jaime Lim, présidente et directrice générale de l'Association de l'industrie forestière de l'Ontario

Avec l’annonce d’aujourd’hui, le gouvernement reconnaît à la fois la contribution économique importante du secteur forestier et son potentiel de croissance, affirme pour sa part Yves Laflamme, président et directeur général de Produits forestiers Résolu.

Il est clair que le gouvernement de l’Ontario a écouté les demandes des municipalités du Nord , a déclaré Danny Whalen, président de la Fédération des municipalités du Nord de l’Ontario. Un secteur forestier fort et durable soutient des communautés prospères.

De son côté, le maire de Hearst, Roger Sigouin, affirme que le rôle de la biomasse forestière est à l’avant-plan dans la stratégie, une bonne chose selon lui.

La PDG de l'OFIA, Jamie Lim et le maire de Hearst, Roger Sigouin.

La PDG de l'OFIA, Jamie Lim et le maire de Hearst, Roger Sigouin

Photo : OFIA

Un plan d’action pour la biomasse soutiendra le développement économique par la valorisation des sous-produits des usines et des volumes de bois sous-utilisés , a-t-il déclaré.

Le chef adjoint du Grand Conseil de la Nation anichinabée Edward Wawia appuie aussi la stratégie.

En plus de renforcer les partenariats avec les communautés autochtones, nous sommes reconnaissants de l’engagement pris dans le cadre de la Stratégie d’établir une approche à long terme pour la protection des espèces en péril tout en éliminant les chevauchements réglementaires inutiles.

Protéger la forêt et la faune

Une version provisoire du plan avait été présentée en décembre 2019. Elle avait été fortement critiquée par des groupes écologistes lors des consultations menées jusqu’au début de février.

Rachel Plotkin, responsable du projet boréal à la Fondation David Suzuki, considère que la version définitive de la stratégie présente les mêmes problèmes que la version provisoire.

Elle affirme que le plan est irresponsable et que la population de l’Ontario mérite mieux.

Ce qu’il faut, c’est un remaniement important de la manière dont l’Ontario gère ses forêts et ce n’est pas présent dans cette stratégie.

Rachel Plotkin, responsable du projet boréal à la Fondation David Suzuki

Il y a trois éléments dans la stratégie que je trouve profondément dérangeants, explique-t-elle.

Un d’entre eux, selon elle, est que le plan ignore les problèmes actuels concernant le développement durable. Le principal problème est que la population de caribous forestiers en Ontario est menacée en raison des coupes qui perturbent leur territoire.

Un caribou de l'île Michipicoten.

La population de caribous en Ontario est en déclin depuis 20 ans.

Photo : ministère des Richesses naturelles et des Forêts de l'Ontario

Elle se dit également dérangée par la mention du besoin de plus de routes, sans limites sur les conséquences possibles.

Je pense aussi que cette stratégie est complètement rétrograde lorsqu’elle parle de l’avenir, ajoute Mme Plotkin. Il y a un mouvement qui prend de l’ampleur en Ontario et ailleurs dans le monde qui dit que nous devons vivre en respectant les limites de la planète.

Cette stratégie parle de croissance pour l’emballage et les mouchoirs. Ça parle du remplacement des pailles en plastique par des pailles en papier. Mais ça rate la cible. Ce que nous devons viser c’est une société qui consomme moins de produits à usage unique.

Rachel Plotkin, responsable du projet boréal à la Fondation David Suzuki

Son de cloche semblable pour Anna Baggio, directrice de la protection de la nature de l’organisme Wildlands League.

Anna Baggio en entrevue

Anna Baggio croit que la version finale de la stratégie n'a pas changé de façon significative par rapport à la version de décembre 2019.

Photo : Radio-Canada

Elle note qu’outre la présentation plus soignée, la version finale du plan n’a pas essentiellement changé. Tout comme Mme Plotkin, elle s’inquiète de l’avenir d’espèces comme le caribou forestier et déplore le manque d’écoute du gouvernement.

Anna Baggio avance que le plan a été développé en écoutant surtout l’industrie et sans vraiment avoir donné la chance au public d’exprimer.

Je crois que c’est une approche risquée.

Le thème central demeure le même selon elle. C’est un retour dans le passé, où on essaie de "doper" l’industrie et de doubler l’abattage. Il parle d’enlever des obstacles bureaucratiques.

Dans une société moderne, les mesures de protection environnementales ne sont pas un fardeau bureaucratique. Ce sont des règles que nous mettons en place pour être certains que la récolte se fasse de façon durable.

Anna Baggio, directrice de la protection de la nature de l’organisme Wildlands League

Rachel Plotkin indique pour sa part que si la récolte de bois a diminué dans les dernières années, ce n’est pas en raison de la bureaucratie et des règles environnementales, mais plutôt à cause des fluctuations du marché.

Le ministre Yakabuski affirme que ce sont des réglementations dédoublées dans plus d'un ministère qui seront supprimées.

Il se défend contre les critiques en affirmant qu'il y aura toujours des gens qui sont contre l'industrie et la récolte de bois.

Les organisations de protection de la nature, comme la Fontation David Sukuki, ne sont pas opposées à l'exploitation forestière, mais la soutiennent, réplique Rachel Plotkin.Nous voulons simplement que l'exploitation forestière fixe les limites dont elle a besoin pour pouvoir fonctionner sans pousser les espèces vers l'extinction.

Mme Baggio souligne aussi le problème de la déforestation. Selon des recherches de Wildlands League, la méthode de récolte majoritairement utilisée en Ontario laisse des cicatrices et limite la régénération des forêts.

Elle craint que l’augmentation de la quantité de bois récoltée n'entraîne aussi une augmentation de ces cicatrices.

L’organisme a créé une carte interactive (Nouvelle fenêtre) qui montre où se trouvent les cicatrices qu’il a recensées.

Avec les informations de Zacharie Routhier

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