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Analyse

Comprendre le mouvement QAnon pour mieux en parler à ses proches

Plus une personne s'enfonce dans QAnon, plus elle a l'impression d'avoir davantage de choses en commun avec les autres adeptes qu'avec ses proches.

Un homme arborant la lettre Q sur son chandail utilise un ordinateur d'où s'étendent des tentacules en forme de drapeau américain.

La conspiration QAnon, qui se préoccupe surtout de la politique américaine, a tout de même étendu ses tentacules jusqu'ici.

Photo : Radio-Canada / Charlie Debons

Autrefois reléguée aux bas-fonds du web, la conspiration QAnon est devenue impossible à ignorer. Cette semaine, Facebook supprimait 900 groupes et pages associés au mouvement. Le président américain, Donald Trump, a donné son appui aux partisans de cette théorie complotiste lors d'une conférence de presse, tout en affirmant ne pas trop savoir de quoi il s'agissait.

Si vous avez cliqué sur ce lien, c'est que vous vous intéressez au phénomène QAnon, ce mouvement conspirationniste à la popularité grandissante. Il se peut qu'un de vos proches soit un adepte et que vous cherchiez à comprendre son univers. Il est même possible que vous ayez entendu parler de QAnon et que vous ne sachiez pas trop si cette conspiration est digne de confiance.

La conspiration QAnon ne s'explique pas facilement. Dans sa plus simple expression, QAnon prétend qu'une cabale satanique et pédophile contrôle secrètement le gouvernement américain, voire le monde entier. Ses partisans croient que le président américain, Donald Trump, livre une guerre clandestine pour combattre ce groupe maléfique.

Au centre de cette conspiration se trouve un internaute anonyme empruntant le pseudonyme Q. Sur des forums anonymes, celui qui affirme être un agent de renseignement américain publie des messages cryptiques qui, lorsque décodés par les partisans, offriraient des informations exclusives sur cette vérité que cacheraient les médias et les politiciens.

Depuis le 28 octobre 2017, Q affirme que les opposants à Donald Trump, tels les politiciens du Parti démocrate, les journalistes, les fonctionnaires du gouvernement américain récalcitrants, sont sur le point d'être arrêtés.

Selon lui, le président Trump déclarera publiquement le début d'une tempête qui verra des dizaines, voire des milliers de ses opposants appréhendés simultanément, puis traduits devant un tribunal militaire. Les coupables seront exécutés ou encore envoyés purger leur peine dans la prison militaire américaine de Guantanamo, à Cuba. Il affirme constamment que ce spectacle aura lieu dans les jours ou dans les semaines qui suivent, sans que rien ne se produise.

Plusieurs actes violents ont été associés au mouvement, et, l'année dernière, le FBI qualifiait QAnon de danger potentiel pour la sécurité nationale.

Une conspiration en constante évolution

Un homme tient à bout de bras une pancarte en forme de Q à l'effigie du drapeau américain.

Les communications de Q concernent presque exclusivement la politique américaine, mais ça n'a toutefois pas empêché des adeptes au Canada de les réinterpréter selon le goût local.

Photo : Getty Images / Rick Loomis

Pour les ouailles de Q, il est la seule source d'information fiable, même si ses messages relèvent souvent plus du casse-tête qu'autre chose.

Puisque la mouvance n'est pas un groupe bien défini avec des leaders et qu'elle émerge d'une culture web où la participation active est encouragée, les croyances de QAnon sont en constante évolution. Ses partisans y ajoutent des éléments ou les interprètent à leur manière.

Par exemple, certains croient que John F. Kennedy fils, le fils de l'ancien président américain, est toujours en vie et qu'il travaille pour l'actuel président, alors qu'en vérité, il est mort dans un accident d'avion en 1999. D'autres partisans de QAnon rejettent vivement cette hypothèse. Malgré le fait que Q lui-même ait démenti cette idée (Nouvelle fenêtre), certains continuent d'y croire. D'autres maintiennent que JFK fils est Q.

Il suffit de jeter un coup d’œil à la carte du mouvement créée par un partisan pour voir que QAnon recoupe plus ou moins toutes les théories complotistes qui existent. L'assassinat du président Kennedy, le 11 Septembre, l'Allemagne nazie, le système bancaire, tout fait partie d'un complot et tout s'y retrouve.

Comme l'illustrait la journaliste Anna Merlan dans Vice (Nouvelle fenêtre), QAnon est un trou noir complotiste, qui avale toutes les autres conspirations et d'où on ne peut pas s'échapper.

C'est cette ouverture aux changements et aux diverses interprétations qui a en partie permis à QAnon d'atteindre un large auditoire. La communauté QAnon accueille à bras ouverts toutes sortes de mouvements, et il est donc facile pour des gens de tous horizons de s'y greffer.

Les groupes qui contestent les mesures sanitaires mises en place pour combattre la pandémie de COVID-19, par exemple, y ont facilement trouvé une place. À son tour, QAnon a exposé ces gens à toute une galaxie de conspirations.

La capacité de QAnon à s'adapter à toutes les sauces en a fait un mouvement mondial. Les communications de Q concernent presque exclusivement la politique américaine, et la conspiration qu'il a ficelée gravite autour du président Trump. Ça n'a toutefois pas empêché des adeptes de l'adapter au goût local.

Au Canada, par exemple, certains partisans de QAnon affirment que le président Trump serait sur le point de faire arrêter le premier ministre Justin Trudeau. D'autres soutenaient plus tôt cette année que c'était déjà chose faite, et que l'isolement volontaire du premier ministre à la suite du diagnostic de COVID-19 de sa femme, Sophie Grégoire, en mars, était en fait un prétexte pour cacher son incarcération.

C'est une publication Facebook où on voit M. Trudeau.

Des disciples de QAnon croient que Justin Trudeau a été arrêté par le gouvernement américain.

Photo :  Capture d’écran - Facebook / JEFF YATES

Remarquez que Q n'a pas affirmé que Justin Trudeau avait été arrêté, et le nom du premier ministre n'est jamais apparu dans ses messages. C'est la communauté de fidèles, ici au Canada, qui s'est emparée d'éléments de la conspiration QAnon et qui l'a simplement adaptée au contexte canadien.

QAnon est donc devenu en quelque sorte une langue commune mondiale des conspirationnistes. Peu importe les croyances auxquelles on adhère, on peut trouver sa place au sein du mouvement.

Une personne qui croit, par exemple, que le fluor dans l'eau sert à contrôler la population, trouvera tôt ou tard du contenu confirmant ses croyances au sein de la communauté QAnon. Ça lui permettra de s'y sentir à l'aise, entourée de gens partageant ses croyances.

À l'inverse, la communauté QAnon réussit à attirer de nouveaux membres de la même façon. Dans les réseaux sociaux, une personne qui s'abonne à des groupes faisant la promotion d'une théorie conspirationniste quelconque verra tôt ou tard du contenu associé à QAnon.

Dans cette optique, toute croyance conspirationniste, aussi banale peut-elle sembler, devient une porte d'entrée potentielle vers le mouvement.

Un jeu vidéo et... une religion

Un homme brandissant un drapeau américain porte un tee-shirt à l'effigie de QAnon.

Un partisan de QAnon, lors d'un rallye en soutien aux forces policières à New York, le 9 août 2020

Photo : Reuters / STEPHANIE KEITH

La nature participative de QAnon aide aussi à expliquer sa popularité. Plutôt que d'offrir à ses partisans des messages clairs, Q leur envoie des énigmes à résoudre. Il ne dit pas : Il se passera telle chose à telle date, mais : Quel politicien fait les manchettes aujourd'hui? Comment cet événement est-il lié à un autre événement qui a eu lieu la semaine dernière? Faites vos propres recherches.

Ces casse-têtes sont invariablement interprétés de toutes sortes de façons par la communauté, et ses membres arrivent à des solutions différentes. Un partisan qui offre une solution jugée intéressante par la communauté recevra des félicitations et verra ses idées propagées au sein du mouvement. Il aura, à sa façon, participé à l'élaboration d'une oeuvre en constante évolution.

Cet aspect peut être fort attrayant. Au lieu de consommer passivement des vidéos ou de lire des articles, les fanatiques de QAnon peuvent eux-mêmes aider à construire l'histoire. Passer des heures à parcourir le web à la recherche d'indices pour résoudre les énigmes de Q devient en quelque sorte un jeu vidéo grandeur réelle.

D'ailleurs, le concepteur de jeux vidéos en réalité augmentée, Adrian Hon, faisait remarquer récemment dans le New York Times que toutes les caractéristiques qui expliquent la popularité de ce type de jeu se retrouvent dans QAnon (Nouvelle fenêtre). Les mêmes mécanismes qui font en sorte que des milliers de gens passent des dizaines d'heures à tenter de décoder des énigmes au cœur de jeux vidéos en réalité augmentée, dans lesquels ils s'investissent complètement, peuvent être observés au sein de la communauté QAnon.

D'autres observateurs ont remarqué que la mouvance QAnon ressemble de plus à plus à une religion. Dans un imposant exposé (Nouvelle fenêtre) publié par The Atlantic, la journaliste Adrienne LaFrance décrit un mouvement qui relève plus de révélations de style biblique que de théories conspirationnistes ordinaires. Elle interviewe des partisans pour qui chaque lettre des tweets du président Trump constitue une communication directe venant de Dieu.

Un partisan de QAnon lors d'un rallye en soutient au président Trump, à Las Vegas, le 21 février 2020

Un partisan de QAnon lors d'un rallye en soutient au président Trump, à Las Vegas, le 21 février 2020

Photo : Reuters / PATRICK T. FALLON

Le chercheur de l'Université Concordia Marc-André Argentino publiait en mai dans Religion Dispatches (Nouvelle fenêtre) un billet dans lequel il suggère de définir QAnon non comme un mouvement conspirationniste, mais plutôt comme une religion hyperréelle. Il décrit une sorte de théologie fabriquée en direct sur le web par ses fidèles, qui définit le bien et le mal, et qui absorbe et réinterprète des éléments de la culture populaire pour expliquer l'inexplicable.

Dans le contexte de QAnon, Q devient en quelque sorte un prophète tout-puissant, et ses messages, des textes sacrés à analyser et décortiquer.

Tout comme une religion, QAnon est devenu le principal récit capable d'expliquer en termes simples divers événements complexes et d'offrir du réconfort aux problèmes modernes : une pandémie, de l'incertitude économique, la polarisation politique, la guerre, la maltraitance à l'égard des enfants, etc., écrivait-il.

M. Argentino soulignait aussi que, à l'instar d'adeptes de certaines sectes religieuses extrêmes, de nombreux membres de la mouvance QAnon voient leurs relations avec leurs proches se détériorer. Des exemples de ce triste phénomène abondent sur les réseaux sociaux. Incapables de tolérer que leur partenaire n'accepte pas les révélations de Q, certains remettent en question leur relation amoureuse. D'autres rejettent leurs amis ou les soumettent à d'interminables monologues, souvent agressifs et incompréhensibles pour les non-initiés.

Aux Décrypteurs, nous avons reçu plusieurs messages de personnes dont les proches sont tombés dans la spirale QAnon. Ils décrivent un frère qui a changé du jour au lendemain, pour qui soudainement tout est devenu un complot. Ou encore une mère qui s'isole de plus en plus, préférant passer ses journées dans des groupes Facebook avec d'autres fanatiques de QAnon, devenant de plus en plus impossible à rejoindre.

Il est en effet difficile d'extirper les adeptes de cet environnement.

Ces personnes font partie d'une communauté de gens avec qui elles entretiennent des liens d'amitié. Elles les perçoivent comme des frères et sœurs d'armes qui participent, comme elles, à l'ultime combat contre le mal. Tous partagent des codes sociaux opaques et un langage inintelligible à ceux qui ne font pas partie du mouvement.

À mesure qu'ils s'enfoncent dans QAnon, ils ont l'impression qu'ils ont beaucoup plus de choses en commun avec les autres adeptes qu'avec leurs proches.

Comment démentir QAnon

La lettre Q floue.

QAnon est une conspiration qui peut sembler floue.

Photo : iStock

Pour les fidèles de Q, il existe une multitude de preuves que la conspiration est vraie. Si Q utilise un mot dans un message et que Donald Trump l'utilise aussi dans un discours le lendemain, c'est une preuve. Si Q publie un message au même moment que Trump publie un tweet, c'est une preuve.

Chaque jour, des milliers d'adeptes mettent des heures à repérer et accumuler de telles preuves. Les démentir une à une nécessiterait un groupe de personnes aussi nombreux et aussi motivé que QAnon.

Ça n'a pas empêché certaines personnes de tenter de le faire. Le compte Twitter Poker and Politics publie, depuis l'année dernière, des réfutations des supposées prédictions de Q dans une immense enfilade de gazouillis qui a atteint, au moment d'écrire ces lignes, 252 publications.

En fait, dans sa première publication, Q affirmait que l'ancienne candidate à la présidence américaine, Hillary Clinton, serait arrêtée sous peu – ce qui n'a pas eu lieu.

Démentir ces fausses prédictions de Q n'est peut-être pas une approche très efficace, par contre. Une personne qui met en avant des preuves de la véracité de Q est probablement déjà tellement investie dans le mouvement qu'aucune réfutation ne lui fera changer d'idée.

Toutefois, examiner les débuts de QAnon et l'environnement web dans lequel il a évolué est un exercice fort révélateur. Quand on comprend l'origine de Q, on se rend rapidement compte que cette conspiration repose sur peu de chose.

Q : un agent secret parmi tant d'autres

Le premier message de Q a été publié le 28 octobre 2017 sur le forum 4chan, l'un des berceaux de nombreux éléments de la culture web. Si vous avez entendu parler de la mouvance de pirates informatiques Anonymous, sachez qu'elle a également vu le jour sur cette plateforme.

Toutes les publications sur 4chan sont anonymes. Les utilisateurs portent tous par défaut le pseudonyme Anonymous (d'où le nom du groupe de pirates informatiques et le suffixe Anon de QAnon). Généralement, la seule façon de déterminer les auteurs des messages publiés sur le forum est par l'identifiant unique qui apparaît dans leurs publications. Deux messages qui comportent le même identifiant ont été écrits par la même personne. Hormis cela, il est impossible de connaître l'identité de l'auteur.

Le mot d'ordre sur 4chan est la liberté d'expression quasi absolue. La vaste majorité des sections du forum est consacrée à des intérêts particuliers, comme les jeux vidéos ou les dessins animés japonais, et est tout à fait inoffensive. Mais certaines sections sont plutôt un far west où les utilisateurs se font concurrence sur le fait de publier la blague la plus choquante, d'afficher la publication la plus raciste ou l'image la plus nauséabonde. Puisque tout est anonyme, presque tout est toléré.

Deux hommes révèlent des t-shirts QAnon lors d'une allocution de Donald Trump en Pennsylvanie, le 14 mai 2020.

Deux hommes révèlent des t-shirts QAnon lors d'une allocution de Donald Trump en Pennsylvanie, le 14 mai 2020.

Photo : Reuters / Carlos Barria

Comme l'illustrait l'auteure Angela Nagle dans son livre Kill All Normies, l'anonymat et le laisser-faire généralisé ont créé au sein de 4chan une culture hermétique, hostile aux étrangers. Pour le commun des mortels, une conversation sur 4chan, remplie de blagues d'initiés et de références obscures, est du pur charabia.

La culture de 4chan est dominée par un cynisme où tout est une blague et rien ne doit être pris au sérieux. Pour les utilisateurs de 4chan, chaque publication est une moquerie ou un attrape-nigaud. Les habitués savent que tout ce qui y est écrit – même si les propos ont l'air sérieux – doit être pris à la légère. La plupart du temps, si on embarque dans une conversation et qu'on croit sincèrement à ce qui y est écrit, on devient tôt ou tard le dindon de la farce.

C'est pourquoi, quand Q a publié son premier message en octobre 2017, personne ne l'a pris au sérieux. De supposés agents secrets qui affirmaient refiler de l'information secrète, il y en avait déjà eu sur 4chan. Il y avait eu FBIAnon, CIAAnon et bien d'autres. Des publications du genre étaient devenues une sorte de blague récurrente sur le site. Elles soulevaient quelques railleries, puis les utilisateurs passaient à autre chose.

Voilà un élément crucial pour comprendre la naissance de QAnon : la première publication de Q n'a pas émergé d'un vide. Elle est issue d'une culture où d'autres publications presque identiques étaient monnaie courante. Pour les utilisateurs de 4chan, ce Q n'avait rien de spécial. Il était la blague du jour, un mélange d'autres blagues semblables qui avaient eu lieu auparavant.

Comment Q est-il passé de blague du jour sur un forum obscur à fondateur d'un immense mouvement conspirationniste? C'est une histoire complexe. Dans une enquête pour le réseau NBC (Nouvelle fenêtre), Brandy Zadrozny et Ben Collins révélaient l'année dernière comment trois influenceurs du monde conspirationniste avaient presque à eux seuls réussi à élever Q au rang de conspiration.

La raison pour laquelle ces trois personnes ont décidé que Q, et non ses prédécesseurs, était un véritable agent de renseignements n'est pas claire. Q n'avait rien de vraiment spécial qui le démarquait des autres.

Par contre, les journalistes de NBC font remarquer que ces premiers influenceurs à faire la promotion de Q en ont largement profité. En étant les premiers à embarquer dans le navire Q, ils ont pu se positionner comme ses premiers apôtres et attirer une large part de l'attention vouée à ce mouvement dans ses tout débuts – un mouvement qu'ils ont eux-mêmes en grande partie popularisé.

Certains pensent même que ces trois influenceurs sont les véritables auteurs des messages de Q. Un d'entre eux a été surpris pendant une diffusion en direct à publier un message à l'aide du compte de Q, ce qui suggère qu'il possédait son mot de passe. Il n'est pas possible de vérifier si c'est réellement ce qui s'est produit.

L'auteur à l'origine de Q a-t-il changé au fil du temps?

Un écriteau à l'effigie de QAnon apparaît lors d'un rallye de Donald Trump en Pennsylvanie, le 2 août 2018.

Un écriteau à l'effigie de QAnon apparaît lors d'un rallye de Donald Trump en Pennsylvanie, le 2 août 2018.

Photo : Reuters / Leah Millis

De toute façon, la question de la véritable identité de Q est encore plus complexe, puisqu'il est tout aussi impossible de prouver que la personne qui publie en utilisant le pseudonyme de Q aujourd'hui est la même personne qui empruntait ce pseudonyme en 2017.

Quelques mois après ses débuts sur 4chan, Q a annoncé que le forum avait été infiltré et qu'il publierait désormais ses messages sur un autre forum semblable, 8chan. Comme il a été mentionné précédemment, la seule façon d'identifier les auteurs de publications sur 4chan est à l'aide d'un identifiant. L'identifiant de Q a changé au fil du temps, notamment quand il a migré vers 8chan, puis, lorsque ce forum a été suspendu, vers son successeur, 8kun.

Est-ce que le Q d'aujourd'hui est le Q d'il y a un an, ou celui du premier message? En fait, plusieurs autres internautes utilisant le pseudonyme Q affirment être le vrai Q et que tous les autres sont des imposteurs.

Le Q d'aujourd'hui est simplement celui auquel la communauté a décidé de faire confiance. Il est tout à fait possible qu'un imposteur ait pu commencer à publier en utilisant le pseudonyme Q et ait réussi à convaincre la communauté qu'il est l'authentique Q.

La très vaste majorité des adeptes de QAnon n'utilisent pas des forums comme 4chan ou 8chan. Ils ne connaissent pas la culture web qui a donné naissance à Q. Ils ne comprennent pas qu'il est impossible de déterminer si le Q qu'ils suivent aujourd'hui est le vrai Q.

Depuis que QAnon a fait le saut vers des plateformes beaucoup plus populaires comme Facebook ou YouTube, les partisans n'ont plus besoin d'aller visiter les sites où Q publie ses messages. S'ils veulent lire les publications de Q, ils peuvent consulter des sites qui les extraient et les archivent automatiquement.

En fait, les disciples de Q n'ont même pas besoin de lire ses messages. Ils peuvent s'appuyer sur toute une constellation d'influenceurs dans cette communauté qui prennent soin d'interpréter et d'analyser les paroles de Q.

En parcourant des groupes Facebook consacrés à QAnon (avant que Facebook ne sévisse contre ceux-ci), il était relativement rare de voir des captures d'écran de messages de Q. Ces groupes étaient plutôt peuplés de vidéos et de mèmes qui interprétaient ces messages.

Ce divorce entre les origines de QAnon, qui a eu lieu dans un contexte spécifique au sein d'une culture web cynique, et le mouvement moderne, qui s'anime plutôt sur des plateformes grand public, porte à confusion.

Si les partisans de Q passaient un peu plus de temps à faire leurs propres recherches, à vraiment examiner la culture du web et les forums qui ont donné naissance à Q, ils se rendraient rapidement à l'évidence : au centre du trou noir de QAnon se trouve un vide écrasant.

C'est ça qu'il faut faire comprendre à ceux qui veulent y sauter à pieds joints.

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