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Avec le déconfinement, les vétérinaires peinent à reprendre le dessus

Un vétérinaire portant des gants chirurgicaux ausculte un chat.

Les vétérinaires doivent respecter une série de mesures sanitaires pour éviter la propagation de la COVID-19.

Photo : getty images/istockphoto / Dina Damotseva

Danielle Beaudoin

Au Québec, les vétérinaires continuent de s’occuper des cas d’urgence, mais bon nombre d’entre eux ont de la difficulté à rattraper les retards accumulés durant le confinement. Résultat : des clients n’arrivent pas à obtenir de rendez-vous rapidement pour faire soigner leur animal.

En ce moment, ce qui arrive, c'est que dès que le déconfinement a eu lieu, tout ce qu’il y avait de retards nous est tombé dessus , explique Michel Pepin, porte-parole de l’Association des médecins vétérinaires du Québec en pratique des petits animaux (AMVQ). Lui-même a pratiqué pendant 25 ans un peu partout dans la province. Il s’exprime au nom des 850 membres de l’association, soit environ les deux tiers des vétérinaires qui soignent les chiens et les chats au Québec.

Pendant le confinement, les vétérinaires, considérés comme des services essentiels, se sont concentrés sur les urgences. Les soins préventifs, que ce soient les vaccins, le nettoyage des dents ou encore la stérilisation ont dû, dans bien des cas, être reportés.

D’autant plus que pour les vétérinaires, les mois d’avril, de mai et de juin sont toujours achalandés. Les animaux vont dehors. Il y a eu beaucoup de naissances; alors il y a des stérilisations, les premières vaccinations. Il y a tout ce qui est prévention pour les parasites , énumère Michel Pepin.

La demande est très forte. On se ramasse malheureusement avec des attentes dans certains endroits.

Michel Pepin, de l’AMVQ

Il raconte aussi qu’il y a eu des retards ces derniers mois dans la livraison des médicaments. Pendant les semaines qui ont suivi le déconfinement jusqu'à tout récemment, il y avait des retards relativement importants, qui ont créé beaucoup de problèmes aux médecins vétérinaires.

Une vague d’adoptions

L’engorgement des services vétérinaires vient aussi du fait qu’il y a eu une vague d’adoptions pendant le confinement, lance Michel Pepin. Plein de gens ont adopté des chats et des chiens. Ce sont souvent de nouveaux propriétaires. Ils ont donc besoin de soins préventifs, de conseils, d'information. Eux, ils veulent avoir accès aux vétérinaires.

Un chiot entouré de jouets pour chien. Il est sur une couverture.

Au début de la pandémie, les refuges craignaient une augmentation des abandons d'animaux de compagnie. Ils ont plutôt vu une augmentation de la demande pour des adoptions.

Photo : BCSPCA

Les plaintes reçues ces derniers mois par l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec (OMVQ) viennent d’ailleurs en bonne partie des nouveaux propriétaires, constate Caroline Kilsdonk, présidente de cet organisme, qui a pour mission première de protéger le public. Pour pratiquer comme vétérinaire, il faut s’inscrire à l’ordre, qui regroupe 2700 membres, surtout des vétérinaires dédiés aux animaux de compagnie (66 %).

Ils nous appellent pour dire : "On a de la difficulté à trouver". Mais on n'a pas de moyens pour régler ça. On ne peut pas obliger les vétérinaires à travailler [...]. Il n’y a personne qui a le pouvoir d'imposer à des médecins vétérinaires de prendre plus de patients.

Caroline Kilsdonk, de l’OMVQ

Pas toujours facile d’obtenir un rendez-vous

Le Bureau du syndic de l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec reçoit les plaintes du public et enquête sur les médecins vétérinaires. Chaque plainte ne mène évidemment pas à une enquête : pour ça, il faut qu’il y ait une faute possible.

On reçoit un nombre accru d'appels de gens qui ont de la difficulté à se trouver des services vétérinaires. Mais ça, c'était déjà le cas avant la pandémie. On sait qu'on est en pénurie de médecins vétérinaires , explique la présidente de l’ordre.

Le Bureau du syndic a connu une hausse considérable des appels du public et des vétérinaires au début de la crise. Ça s’est calmé depuis. Il n’y a qu’une dizaine d’appels de plus qu’à pareille date l’an dernier, selon les données de l’OMVQ.

Il y en a qui peuvent se plaindre des délais, mais la majorité des gens sont compréhensifs pour ça.

Caroline Kilsdonk, de l’OMVQ

Parmi les appels du public reçus dernièrement par l’ordre, il y a des clients qui déplorent le difficile accès à certains soins, et il y en a d’autres qui sont ennuyés par les mesures de distanciation prises par leur vétérinaire à cause de la pandémie.

Des mesures sanitaires qui varient d’un endroit à l’autre

Malgré la forte demande, les vétérinaires ne peuvent pas prendre autant de clients qu’avant la pandémie, en raison des mesures de distanciation et de désinfection en vigueur.

Une préposée se déplace pour faire payer une cliente dans l'entrée de la clinique.

Un seul client à la fois est admis et doit rester derrière la barrière dans la Clinique vétérinaire du Saguenay.

Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis

Les cliniques, par précaution, pour protéger leur personnel, pour protéger leur clientèle, ne doivent faire des consultations qu'aux trente minutes, quarante minutes, au lieu de les faire aux vingt minutes. Donc ça ralentit beaucoup , observe Michel Pepin, de l’AMVQ. Cela dit, précise-t-il, la situation est différente d’une clinique à l’autre.

Il y a à peu près 450 établissements vétérinaires au Québec dans les petits animaux. Ça va du simple bureau au supercentre hospitalier avec 150-200 employés. La disparité du type d'établissement fait que l'uniformisation des normes est difficile à appliquer.

Michel Pepin, de l’AMVQ

Même son de cloche du côté de l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec. Chaque établissement est unique par la configuration de ses portes d'entrée, la grandeur de la salle d'attente, le fait qu'ils font beaucoup de vente de nourriture ou pas. Alors ça peut vraiment faire une différence dans la circulation de clients dans la clinique , note Caroline Kilsdonk, de l’OMVQ.

Encore aujourd’hui, des vétérinaires demandent aux clients de rester dans le stationnement pendant qu’ils traitent l’animal à l’intérieur. Les prescriptions et la nourriture sont livrées à l’extérieur. Les échanges avec le client se font au téléphone. Certains vétérinaires se sont même mis à la télémédecine.

En général, la situation est pire en région, selon Michel Pepin. Il y a des régions comme l'Abitibi où c'est plus difficile de desservir la clientèle. Ils sont très dépendants d'une ou deux cliniques avec souvent à peine un ou deux vétérinaires. Il est d’autant plus important, fait-il valoir, de prendre les précautions nécessaires contre la COVID-19 pour éviter la fermeture de cliniques.

Jusqu’ici, quelques cliniques seulement ont fermé temporairement parce qu’un membre du personnel avait contracté la COVID-19 ou était en attente des résultats d’un test.

Une pénurie de vétérinaires

La pénurie de médecins vétérinaires, de techniciens en santé animale et de personnel de soutien médical se fait sentir depuis quelques années un peu partout au Québec. Ce problème s’est aggravé avec la pandémie, explique Michel Pepin. Des employés ont carrément quitté le travail. Il fait remarquer que la profession est majoritairement composée de femmes.

Pendant la crise, certaines ont dû faire un choix déchirant entre continuer à travailler ou s’occuper des enfants à la maison, souligne le porte-parole de l’AMVQ. Ce n’est pas un domaine où on peut toujours faire du télétravail, ajoute-t-il. Il faut toujours bien être sur le terrain pour soigner les animaux.

D’abord les urgences, ensuite le reste

Une chose est sûre, selon la présidente de l’OMVQ, les vétérinaires devront au cours des prochains mois continuer de prioriser les soins.

Étant donné la durée de la pandémie à prévoir, il va falloir qu'ils adoptent un mode de fonctionnement pérenne. Mais c'est plus facile à dire qu'à faire. C'est tout l'enjeu de priorisation, pour qu'on trouve un certain point d'équilibre dans les façons de faire.

Caroline Kilsdonk, de l’OMVQ

Nous, étant un organisme qui est là pour le public, on demande aux médecins vétérinaires le plus possible de prioriser, donc de faire les soins les plus urgents bien sûr, et aussi de faire la prévention, celle qui compte le plus, par exemple les vaccins de jeunes animaux versus un vaccin de rappel d'un chien de 6-7 ans. C'est moins critique pour l'animal de 6-7 ans; celui-là peut plus attendre , explique la présidente de l’OMVQ.

Caroline Kilsdonk conseille par ailleurs aux gens qui ne trouvent pas de vétérinaire de persévérer. Qu'ils continuent à appeler, parce que j'ai aussi des vétérinaires qui travaillent dans des cliniques moins achalandées et qui parfois sont à la clinique avec très peu de rendez-vous dans leur journée. Il faut vraiment chercher.

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