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L’absence d’une équipe de sauvetage de baleines au Québec dénoncée

Le dos d'une baleine sort de l'eau. On voit le jet de sa respiration.

Le rorqual en difficulté au large de Grosses-Roches

Photo : Gracieuseté de René Roy

Des experts reconnaissent et déplorent les conséquences que peut avoir l’absence d’équipe de sauvetage pour les cétacés au Québec. Selon eux, l’observation récente d’un rorqual à bosse possiblement empêtré dans le fleuve Saint-Laurent rappelle l’importance d’une réponse rapide à ce genre d’incident dans les eaux de la province.

Le cétologue amateur René Roy collabore depuis bientôt 20 ans avec la station de recherche des îles Mingan à titre bénévole. Le 2 août, il est au large de Matane, dans le Bas-Saint-Laurent, pour tenter d’identifier des baleines bleues. Il aperçoit alors un rorqual à bosse en détresse.

C’était assez évident pour moi que cet animal-là était pris par la queue, avec un poids lourd à la queue, et avançait assez péniblement, raconte René Roy.

Sans attendre, l’expert en cétacés contacte le Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins et Pêches et Océans Canada.

J’avais comme réponse qu’il n’y avait pas d’équipe qui était disponible à venir aider ce rorqual-là et c’est ce que je déplore. C’est qu’au Québec, ici, on a aucune équipe formée avec l’équipement pour intervenir sur des grands rorquals. Donc on ne pouvait pas poser de balises, déplore M. Roy.

Un homme scrute l'horizon aux commandes d'un bateau pneumatique.

René Roy à bord de son bateau

Photo : Radio-Canada / Nicolas Lachapelle

Il fallait que je m’attende que cet animal-là soit perdu. J’ai passé une heure avec cet animal, une heure à le voir souffrir et puis à ne pouvoir intervenir, c’est vraiment pathétique, vraiment pathétique!

René Roy, cétologue amateur

Intervenir rapidement pour sauver les animaux

Le conseiller régional, mammifères marins, pour la gestion de la ressource de Pêche et Océans Canada indique lui aussi qu’il est primordial d’agir rapidement en cas d’empêtrement.

La probabilité de perdre des animaux qui se déplacent est quand même assez élevée. Les chances de succès sont beaucoup plus importantes quand on est capables très rapidement de mettre des balises satellites sur les animaux, indique Antoine Rivierre.

Une immense baleine juste sous la surface de l'eau.

La baleine en difficulté se trouverait dans les environs de Tadoussac.

Photo : Gracieuseté de René Roy

Selon lui, l’absence d’équipe de sauvetage au Québec a une incidence importante sur la probabilité de survie des cétacés en situation critique.

Notre capacité d'intervention dans le golfe du Saint-Laurent et dans l'estuaire a été identifiée comme une lacune parce qu'on n’avait pas d'équipes capables de venir désempêtrer sur place, juge le conseiller.

La probabilité de perdre des animaux qui se déplacent est quand même assez élevée.

Antoine Rivierre, conseiller régional, mammifères marins, pour la gestion de la ressource, Pêche et Océans Canada

Ce sont des équipes de Terre-Neuve ou du Nouveau-Brunswick qui sont appelées à intervenir dans ce genre de situation, un protocole que défend Robert Michaud, le coordonnateur du Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins.

Au Québec, on a choisi de faire affaire avec nos collègues de Campobello et de Terre-Neuve parce qu’ils sont confrontés à ces situations-là régulièrement. Ils ont développé l’expertise et ils peuvent la maintenir, explique celui qui est aussi président et directeur scientifique du Groupe de recherche et d'éducation sur les mammifères marins (GREMM).

En moyenne, quatre empêtrements de mammifères marins sont signalés chaque année au Québec. Les interventions sont réalisées dans un délai allant de quelques heures à deux jours. Un délai que Robert Michaud attribue à l’absence d’équipe de sauvetage pour les baleines au Québec.

Mardi, en entrevue à l’émission Bonjour la Côte, M. Michaud détaillait d’ailleurs le défi logistique et sécuritaire que représenterait la mise en place d’une telle équipe au Québec.

C’est toujours préférable d’agir le plus rapidement possible parce que ces empêtrements-là ont des effets sur la santé de l’animal, reconnaît toutefois le coordonnateur du Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins.

Le chercheur Robert Michaud, sur sa galerie, aux Bergeronnes, avec vue sur les eaux brumeuses du fleuve Saint-Laurent

Robert Michaud, coordonnateur du Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Alors que de plus en plus de rorquals à bosse fréquentent les eaux du Saint-Laurent, Pêches et Océans Canada forme à l’heure actuelle une équipe pour intervenir auprès des petits rorquals en détresse. Le ministère espère néanmoins pouvoir intervenir auprès des grands cétacés dans un horizon de trois à cinq ans.

D’ici là, les recherches pour localiser le rorqual en difficulté observé dans les derniers jours, au large de Tadoussac, se poursuivent.

Avec les informations de Nicolas Lachapelle

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