•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Mali : les militaires promettent des élections dans un délai « raisonnable »

Des soldats debout sur un véhicule au milieu de centaines de personnes.

Des soldats maliens accueillis par une foule sur la place de l'Indépendance, à Bamako

Photo : Reuters

Radio-Canada

Les militaires qui ont pris le pouvoir au Mali ont promis mercredi la formation d'un gouvernement civil de transition chargé d'organiser de nouvelles élections dans un délai « raisonnable » afin de rétablir la stabilité politique.

Le président Ibrahim Boubacar Keïta, dit IBK, a annoncé tard mardi soir sa démission et la dissolution du Parlement, quelques heures après son arrestation par les putschistes. Cela fragilise un peu plus un pays déjà aux prises avec une insurrection djihadiste et une vague de contestation ces derniers mois.

Dans une intervention retransmise tôt mercredi matin à la télévision publique, un porte-parole des mutins, lesquels ont formé un comité national pour le salut du peuple, a invité la société civile et les partis politiques à se joindre au mouvement pour réussir la transition politique censée ouvrir la voie à des élections.

Nous avons décidé de prendre nos responsabilités devant le peuple et devant l'histoire, et d'assurer la continuité de l'État et des services publics. Cette lourde responsabilité ne s'accomplira pleinement qu'avec l'ensemble des forces vives de la nation, a déclaré le colonel Ismaël Wagué.

Nous ne tenons pas au pouvoir, mais nous tenons à la stabilité du pays qui nous permettra de réaliser dans des délais raisonnables consentis des élections générales pour permettre au Mali de se doter d'institutions fortes capables de gérer au mieux notre quotidien et restaurer la confiance entre le gouvernement et les gouvernés, a-t-il poursuivi.

L'officier a qualifié les armées des pays voisins et les forces de maintien de la paix de l'Organisation des Nations unies (ONU), comme celle de la France, de partenaires pour la stabilité et le rétablissement de la sécurité.

Le Mali n'a plus droit à l'erreur

Par ailleurs, un autre officier malien, le colonel Assimi Goita, s'est présenté mercredi comme le chef de la junte, affirmant que le Mali n'a plus droit à l'erreur.

Le Mali se trouve dans une situation de crise sociopolitique et sécuritaire. Nous n'avons plus le droit à l'erreur. Nous, en faisant cette intervention hier, nous avons mis le pays au-dessus [de tout], le Mali d'abord, a-t-il dit à la presse, entouré de militaires armés.

Un officier de l'armée malienne devant des micros.

Le colonel Assimi Goita s'est présenté aux journalistes comme était le chef de la junte.

Photo : Getty Images / MALIK KONATE

Le colonel Goita a fait cette déclaration après avoir rencontré des hauts fonctionnaires au siège du ministère de la Défense.

Il était de mon devoir de rencontrer les différents secrétaires généraux pour que nous puissions les assurer de notre soutien par rapport à la continuité des services de l'État, a-t-il expliqué.

[À la suite de] l'événement d'hier qui a abouti au changement de pouvoir, il était de notre devoir de donner notre position à ces secrétaires généraux pour qu'ils puissent travailler, a-t-il poursuivi.

Le dialogue encouragé

La France, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a demandé mercredi soir la libération immédiate d'Ibrahim Boubacar Keïta et des membres du gouvernement malien qui sont également détenus.

Réaffirmant privilégier l'intérêt du peuple malien et la lutte contre le terrorisme, la France encourage toutes les forces politiques et sociales au dialogue pour trouver une solution à la crise profonde que traverse le pays et appelle au rétablissement sans délai d’un pouvoir civil.

Emmanuel Macron et Ibrahim Boubacar Keita sortant du palais présidentiel.

Photo datant de juillet 2017 qui montre Ibrahim Boubacar Keïta avec le président français Emmanuel Macron lors du sommet du G5 Sahel à Bamako.

Photo : Reuters / Luc Gnago

Insécurité et corruption

Les États du G5 Sahel, lequel regroupe la Mauritanie, le Burkina Faso, le Niger, le Tchad et le Mali lui-même, ont eux aussi réclamé la libération d'Ibrahim Boubacar Keïta.

Les présidents du G5 Sahel souhaitent exprimer leur attachement indéfectible à l'ordre constitutionnel et au respect des institutions démocratiquement établies, disent-ils dans un communiqué, tout en prônant un dialogue pacifique avec les responsables du coup d'État.

L'Union africaine a elle aussi réclamé la libération du chef de l'État et, sans attendre, elle a suspendu le Mali de l'organisation jusqu'au rétablissement de l'ordre constitutionnel.

Les États de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) ont par ailleurs décidé de fermer leurs frontières régionales avec le Mali.

Un manifestant portant une pancarte sur laquelle est inscrit : DBK dégage (en référence au président malien)

Un manifestant portant une pancarte contre le président Keïta à la place de l'indépendance à Bamako

Photo : Reuters / STRINGER

Le Conseil de sécurité de l'ONU, réuni en urgence, a également condamné la mutinerie et réclamé la libération des responsables politiques arrêtés par les mutins en appelant ces derniers à regagner sans délai leurs casernes.

Du côté des États-Unis, le secrétaire d'État Mike Pompeo a appelé au rétablissement d'un gouvernement légitime.

Le ministre des Affaires étrangères du Canada, François-Philippe Champagne, a réagi mercredi en condamnant le coup d’État par communiqué.

Le Canada condamne fermement le coup d’État au Mali [...]. Nous demandons aux forces de sécurité maliennes et aux responsables de ces actes de respecter sans tarder l’ordre constitutionnel du Mali et les droits de la personne de tous les Maliens.

M. Champagne affirme que le Canada travaillera en étroite collaboration avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, de l’Union africaine et des Nations Unies pour aider à assurer le retour à l’ordre constitutionnel […].

Une crise profonde

Depuis juin dernier, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté dans les rues de Bamako pour demander la démission d'Ibrahim Boubacar Keïta, réélu en 2018, en lui reprochant ses échecs dans la lutte contre l'insécurité et la corruption. Au moins 14 personnes ont été tuées en juillet lors de manifestations.

La coalition M5-RFP, à l'origine de la contestation, a exprimé son soutien aux militaires. Selon son porte-parole Nouhoum Togo, il ne s'agit pas d'un coup d'État militaire, mais d'une insurrection populaire.

En 2012, une mutinerie, partie comme celle de mardi de la base militaire de Kati, avait déjà entraîné l'éviction du président Amadou Toumani Touré, ce qui avait permis aux djihadistes du Nord de s'emparer d'une partie du pays et entraîné l'intervention militaire de la France dans le cadre de l'opération Serval.

Les djihadistes ont été repoussés, mais la mission française – renommée Barkhane – et les forces du G5Sahel ne sont pas parvenues à mettre fin à la guérilla.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !