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Le vote afro-américain, un appui « qui ne doit pas être tenu pour acquis »

Après une baisse de la participation en 2016, l’électorat afro-américain sera-t-il plus mobilisé cette année? Pistes de réponses dans l’État-clé du Wisconsin.

Monay Mahogany dans le quartier Sherman Park de Milwaukee.

Monay Mahogany n'a pas voté en 2016, elle ne pense pas le faire non plus cette année.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

« Donald Trump est un idiot », lance sans hésiter Monay Mahogany, une habitante de Milwaukee.

Son aversion pour le président ne l’a pourtant pas poussée, il y a quatre ans, à appuyer son adversaire Hillary Clinton, qu’elle n’appréciait pas.

En 2016, Monay s’est bel et bien rendue au bureau de vote, mais uniquement pour se prononcer dans des courses locales.

L’électrice afro-américaine n’est pas la seule à avoir passé son tour. Selon une étude produite par le Center for American Progress, le taux de participation au sein de la communauté noire du Wisconsin a baissé de 19 % entre l’élection présidentielle de 2012 et celle de 2016.

Avec les années, sous des administrations républicaines ou démocrates, Monay Mahogany assure ne pas avoir constaté d’amélioration dans son quartier de Sherman Park, où les problèmes de pauvreté et de criminalité sont criants.

Les politiciens ne pensent pas aux gens qui en arrachent dans nos quartiers.

Mohay Mahogany, électrice de Milwaukee
Un immeuble abandonné à Milwaukee, au Wisconsin.

Certains quartiers de Milwaukee sont aux prises avec d'importants problèmes économiques.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Encore cette année, elle n’entend pas se prononcer dans la course présidentielle.

Or, au Wisconsin, un État-clé, où le candidat républicain ne l’a emporté que par un peu plus de 22 000 voix il y a quatre ans, la campagne démocrate mise justement sur une participation plus importante des électeurs afro-américains en novembre.

Entre enthousiasme et scepticisme

En constatant la participation décevante de 2016, la militante Angela Lang a créé l’organisme BLOC (Black Leaders Organizing Communities), qui encourage les Afro-Américains de Milwaukee à participer au processus électoral.

Selon elle, le mouvement contre les injustices raciales, qui a déferlé dans les rues de nombreuses villes américaines, pourrait susciter un enthousiasme électoral dont bénéficieraient les démocrates.

Une murale à la mémoire de George Floyd, au nord du centre-ville de Milwaukee.

Une murale à la mémoire de George Floyd, au nord du centre-ville de Milwaukee

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

La règle d’or d’une campagne est de ne pas se mettre des électeurs à dos. Or, le président a préféré diviser, explique Angela Lang, en référence à la réponse de Donald Trump aux manifestations des derniers mois.

La nomination de Kamala Harris, première femme noire à briguer la vice-présidence d’un grand parti, pourrait-elle également changer la donne?

Une femme et en plus une Noire, c’est intéressant, un peu comme Obama, lance Shannon, une électrice rencontrée dans le quartier majoritairement afro-américain de Bronzeville.

Mais Monay Mahogany n’est pas convaincue.

En plein mouvement Black Lives Matter, on nomme cette femme qui a accusé tous ces jeunes hommes noirs, lance-t-elle, en référence au passage de Kamala Harris à la tête du département de la Justice de Californie.

L’appui de Joe Biden et Kamala Harris à des mesures liées à la loi et l’ordre au cours de leur carrière revient souvent dans les critiques qui sont formulées à leur encontre.

Un message que ne manque pas de relayer le Parti républicain qui, pour la première fois dans l’histoire récente, a ouvert un bureau de campagne à Milwaukee, au cœur d’un quartier noir.

Une affiche en appui à Donald Trump, à Milwaukee.

Le Parti républicain a installé un bureau électoral à Milwaukee, une première dans l'histoire récente.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Il doit défendre son bilan auprès des Afro-Américains, lance le stratège républicain Khenzer Senat, en référence à l’appui de Joe Biden à un raffermissement de lois criminelles dans les années 1990. Il rappelle aux électeurs du quartier que, pendant son mandat, le président Trump, lui, a signé une réforme qui allège certaines peines.

Les républicains n’anticipent pas de grande victoire, d'autant que Donald Trump n’a obtenu l’appui que de 8 % d'électeurs afro-américains en 2016. N’empêche, ils espèrent gruger des appuis qui pourraient être essentiels au camp Biden.

Voter, mais aussi combattre le cynisme

Ce n’est pas assez de dire nous ne sommes pas Trump, plaide Angela Lang. La militante assure que les membres de sa communauté veulent voter pour quelque chose et que leur appui ne doit pas être tenu pour acquis.

Selon elle, le cynisme ambiant est par ailleurs alimenté par un accès parfois plus difficile aux urnes pour les Afro-Américains.

Angela Lang, fondatrice du groupe BLOC, à Milwaukee.

Angela Lang, fondatrice de l'organisme BLOC, espère que le taux de participation sera plus élevé à cette élection.

Photo : Radio-Canada

Notre communauté a été montrée du doigt alors qu’elle est désabusée et parfois privée de ses droits.

Angela Lang, fondatrice de l'organisme BLOC

Son organisation assure que les exigences strictes en matière de pièces d’identité adoptées par les républicains du Wisconsin découragent des électeurs de se rendre aux urnes.

Puis, la fondatrice de BLOC rappelle que pendant les primaires d’avril, en pleine pandémie, les autorités municipales n’ont permis l’ouverture que de cinq bureaux de vote à Milwaukee, une ville qui compte pourtant plus de 500 000 habitants.

Des électeurs attendent près d'un bureau de vote.

En avril, pendant les primaires, le nombre de bureaux de vote a grandement été réduit à Milwaukee.

Photo : Reuters / USA TODAY NETWORK

Angela Lang anticipe d’autres obstacles à la participation cet automne, notamment en raison du débat entourant le vote par la poste.

Il n’empêche que la militante, qui promet de contribuer à mobiliser les membres de sa communauté, est convaincue que, si les politiciens ne tiennent pas les Afro-Américains pour acquis, la participation électorale pourrait augmenter cette année.

C’était tellement mauvais la dernière fois que ça ne peut que mieux aller, lance-t-elle, une pointe d’optimisme dans la voix.

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