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Les services secrets s’invitent dans les cellulaires des Américains

Un homme traverse une rue et des ondes émanent de son corps pour représenter des données mobiles.

L'outil Locate X permet de récolter des données de localisation grâce aux applications populaires déjà installées sur un téléphone.

Photo : iStock

Radio-Canada

Les services secrets américains ont payé une entreprise pour glaner les données de localisation des téléphones intelligents de leurs concitoyens et concitoyennes, selon ce que révèle un document interne du US Secret Service (USSS) obtenu par Motherboard.

Le document stipule que l’USSS a payé 36 000 $ US à l’entreprise Babel Street, basée en Virginie, pour ajouter l’outil Locate X à un forfait de surveillance des médias sociaux de 2 M$ US, un contrat qui a duré de 2017 à 2018.

D’abord ébruitée par le site spécialisé en technologie Protocol en mars dernier, la nouvelle a été confirmée par Motherboard, la section technologique de Vice, qui a obtenu une copie du document interne détaillant le contrat, en vertu de la loi américaine sur l’accès à l’information.

Locate X est un puissant outil de traçage qui permet aux enquêteurs de tracer une clôture virtuelle autour d’une adresse ou d’une zone donnée, de localiser les appareils mobiles qui s’y trouvent, et de voir les autres endroits où ces téléphones ont voyagé, sur une période de plusieurs mois, ont affirmé à Protocol six personnes familières avec le logiciel.

L’outil trace les données de localisation de façon anonyme en se servant des données déjà récoltées par les applications populaires installées sur les téléphones intelligents.

Nombre d’applications collectent des données de localisation, que ce soit des applications de météo, la lampe de poche de votre téléphone ou un simple jeu mobile. Parfois, cette collecte est nécessaire au fonctionnement de l’application, dans le cas par exemple des services de cartographie comme Google Maps.

Mais souvent, ces données sont simplement vendues à d’autres entreprises qui s’en servent pour leurs propres produits ou, dans ce cas-ci, au gouvernement.

Locate X aurait été utilisé non seulement par les services secrets, mais également par le Service des douanes et de la protection des frontières, ainsi que l'ICE, l’agence de police douanière et de contrôle des frontières du département de la Sécurité intérieure des États-Unis.

Contourner les mandats

En pratique, les produits comme Locate X permettent aux autorités d’avoir accès à de l'information qui nécessiterait normalement l’obtention d’un mandat en bonne et due forme.

Comme le rappelle Protocol, l’arrêt de la Cour suprême lié à l'affaire Carpenter, rendu en juin 2018, stipule que le gouvernement doit obtenir un mandat pour accéder aux données de localisation d’une tour de transmission cellulaire relatives au téléphone d’une personne.

Maintenant, ils sortent le chéquier pour contourner [l’arrêt] Carpenter, affirmait le sénateur démocrate de l’Oregon Ron Wyden à Protocol en mars.

Les Américains et les Américaines ne vont pas tolérer ce genre d’échappatoire qui concerne nos droits en vertu du quatrième amendement, qui protège contre des perquisitions et saisies non motivées et impose l'obtention d'un mandat pour toute perquisition.

Une stratégie critiquée

Les personnes responsables de la législation ainsi que celles qui militent pour le respect des droits civiques aux États-Unis voient d’un mauvais œil la stratégie de contournement utilisée par les autorités, selon ce que rapporte le site The Verge.

En juin, la Chambre des représentants a ouvert une enquête sur Venntel, une autre entreprise offrant des services semblables à ceux de Locate X qui a travaillé avec le département de la Sécurité intérieure des États-Unis.

Le sénateur Wyden a lui-même annoncé un nouveau projet de loi, intitulé Le quatrième amendement n’est pas à vendre, et qui interdirait ces achats de données par le gouvernement.

M. Wyden a affirmé à Motherboard qu'il avait contacté Babel Street pour obtenir des précisions sur le fonctionnement de Locate X, mais que l'entreprise n'avait pas répondu à sa demande.

À lire aussi :

Avec les informations de The Verge, Motherboard, Protocol, et Mashable

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