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« Nos vies sont en jeu » : le silence du bureau des visas de Dakar défait des plans de vie

Le site Internet ItsCanadaTime consulté depuis un ordinateur.

Les clients du bureau des visas de Dakar d'Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada disent qu'ils ne reçoivent que des courriels automatiques depuis plusieurs mois, ce qui met en péril leurs économies et leurs projets d’immigration.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

  • Nicolas Haddad

Radio-Canada a recueilli les témoignages de quatre ménages de l’ouest du continent africain en plein processus d’immigration qui disent que le bureau des visas de Dakar du gouvernement canadien a cessé de communiquer avec eux depuis plusieurs mois, ce qui met en péril leurs projets d’immigration.

Ces derniers ont tous reçu leurs confirmations de résidence permanente (CRP) avant la pandémie de COVID-19, mais elles ont expiré avant qu'ils n'aient pu voyager.

Depuis, ils tentent de prolonger leurs visas ou d'obtenir une autorisation de voyage auprès du Centre de réception des demandes de visa du Canada (CRDVC) à Dakar. Ce sont des sociétés privées qui gèrent la procédure administrative des visas en vertu d'un contrat avec le gouvernement canadien.

Face au silence du CRDVC de Dakar, où sont traitées les demandes de visa de plus d’une dizaine de pays sur le continent africain, leurs plans tombent à l’eau, et entraînent des pertes financières importantes.

Un homme portant un masque sur un escalier mécanique.

Le Canada a annoncé la fermeture de ses frontières à tous les étrangers sauf aux Américains le 16 mars.

Photo : Getty Images / Daniel Pockett

Les frontières [ivoiriennes] sont ouvertes, alors qu'est ce qu'on attend pour nous donner la prolongation et nous permettre de voyager? se demande Habib Morel, qui planifie depuis 2016 son installation à Mississauga, dans la région de Toronto, avec sa famille.

Depuis le 1er juillet, les frontières de la Côte d'Ivoire sont ouvertes aux vols internationaux, mais les visas de résidents permanents de la famille Morel ont expiré en juin. Coincés à Abidjan, les Morel attendent une réponse à leur demande de prolongation de visa pour pouvoir immigrer au Canada.

Fin février, avant la fermeture des frontières engendrée par la COVID-19, Habib Morel avait quitté son emploi et commencé à liquider les biens de sa famille. Selon cet ancien professionnel du secteur bancaire qui a investi plus d’une dizaine de milliers de dollars dans son projet d’immigration, cela fait plus de deux mois qu'on relance IRCC sans savoir quoi faire.

Nous qui avons reçu nos visas avant le 18 mars, on nous dit qu'on peut voyager. Mais le document qui nous permet de partir, la prolongation de visa, on refuse de nous le donner. On ne comprend pas.

Une citation de Habib Morel, détenteur de visa de résident permanent expiré avant la réouverture des frontières

Ce dernier se demande : Est-ce que c’est un problème de l'Afrique de l'Ouest? Est-ce qu'on est moins priorisé que les autres bureaux?

Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada n’a pas répondu aux demandes d'entrevue de Radio-Canada.

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Le CRDVC à Dakar ne répond tout simplement plus

Je n’ai jamais reçu de communication de Dakar, juste des courriels génériques, indique Jemima Coulibaly Kadiolo, qui a ses billets en main pour voyager au Canada avec ses deux enfants en septembre, et qui n’attend plus qu’une autorisation de voyage pour prendre son vol.

Égoportrait de Jemima Coulibaly.

Malgré la COVID-19, qui est venue compliquer son projet d'immigration, Jemima Coulibaly a hâte de revenir au Canada pour s'y installer avec ses enfants.

Photo : Avec l'autorisation de Jemima Coulibaly Kadiolo

Ma vie, c’est au Canada. Je n'ai plus de vie ici, souligne celle qui est venue s’installer à Gatineau au début du mois de mars, puis qui est retournée à Abidjan chercher ses enfants en mai, et qui ne peut pas revenir sans une autorisation de voyage du Centre de réception des demandes de visa de Dakar (CRDVC).

Sur le site web du gouvernement du Canada, on peut lire qu'en raison des répercussions de la maladie à coronavirus (COVID-19), le CRDVC de Dakar ne peut pas traiter les demandes normalement [ni] fournir des délais de traitement exacts.

Une autre page du site indique que le CRDVC Dakar est temporairement fermé jusqu’à nouvel ordre, mais aussi qu'au besoin, le CRDV communiquera avec vous pour reprendre votre rendez-vous.

Et pourtant, selon les détenteurs de visa de résident permanent à qui Radio-Canada a parlé, les demandes de renseignement adressées à IRCC par des immigrants provenant de l’Afrique de l’Ouest continuent d'être transmises au bureau des visas de Dakar, sans suivi apparent.

Un autre site web, celui de VFS Global, le fournisseur d’aide administrative aux demandeurs de visa au Sénégal, indique que le CRDVC de Dakar est fermé jusqu’à nouvel ordre à cause de l’épidémie de COVID-19, mais que son centre d’appel reste ouvert de 9 h à 13 h.

Le numéro de téléphone qu'on nous a communiqué, je vous promets que vous pouvez attendre deux heures et que personne ne vous répondra.

Une citation de Habib Morel, ivoirien détenteur d'un visa de résident permanent expiré

La camerounaise Amamatou Nkap, pour qui le visa de résidente permanente a expiré le 5 juin, rapporte une expérience similaire à celle de Mme Coulibaly avec le CRDVC de Dakar.

J’ai eu droit à la même réponse automatique : ‘’C’est en cours de traitement.’’ C’est vague! C’est en cours de traitement, mais rien n’avance, lance celle qui cherche à quitter Douala pour s’installer à Calgary.

C’est un bureau muet. Je ne sais pas s'ils sont ouverts, s'ils sont fermés, s'ils travaillent… On n’a aucune information. Aucune.

Une citation de Amamatou Nkap, Camerounaise détentrice d'un visa de résidente permanente expiré

Il faut que je sache quand je peux voyager. Je suis en standby, et c’est affreusement frustrant, indique la migrante dont les valises sont prêtes depuis le printemps. Certes je suis dans mon pays, c’est une chance que j'ai, mais quand on a plus de 30 ans et qu’on retourne vivre chez sa mère, c’est très difficile.

Les économies se sont envolées

Mme Nkap explique que depuis qu’elle a liquidé ses biens et quitté son emploi au printemps, sa situation financière est devenue extrêmement précaire.

Toutes mes économies ont fondu, les économies prévues pour arriver et pour tenir 2 ou 3 mois sur le territoire canadien, déplore-t-elle.

La soeur d’Amamatou, Ladifetou Ntum, devait aussi émigrer de Douala à Calgary. C’est à partir du 13 février, le jour où elle a reçu son visa de résidente permanente au Canada, que cette mère de famille a donné son préavis de démission, acheté ses billets d'avion, réservé un logement à Calgary sur Airbnb, payé un service de transport de l'aéroport au logement en question, et s’est inscrite à deux services prédépart.

Mais quelques semaines plus tard, on a fermé les frontières et les vols ont été annulés.

Photo de Ladifetou Nkum.

Sans communication depuis de nombreuses semaines, la Doualaise Ladifetou Nkum a l'impression qu'IRCC a abandonné sa famille dans son projet d'immigration.

Photo : Avec l'autorisation de Ladifetou Nkum

Au mois de juin, la compagnie auprès de laquelle Ladifetou avait pris ses billets a repris les vols. Après avoir informé IRCC qu’elle était prête à partir, on l'a adressée au CRDVC de Dakar pour obtenir son autorisation de voyage. Depuis juillet, plus un mot de Dakar.

Depuis, elle se dit désespérée.

J’ai un enfant et je ne sais pas si je dois le mettre à l'école. Il faut que je recommence à chercher un emploi ici. Je suis un peu perdue, je n’ai plus aucune visibilité. Vouloir changer de vie et être bloquée comme ça, c'est assez stressant. Je passe mon temps en ligne, en train de fouiller, en train de chercher s’il y a des évolutions.

Les attendeux sont réunis sur la toile

Les témoignages recueillis par Radio-Canada sont loin d'être uniques.

Selon un groupe Facebook surnommé Les attendeux du BVC Dakar, ils seraient plus d’une centaine en Afrique de l’Ouest dans des situations semblables à celles de Habib, de Jemima, d'Amamatou et de Ladifetou.

Ces derniers se retrouvent sur Twitter, Facebook et Whatsapp, où ils s’organisent pour interpeller les autorités canadiennes afin de faire avancer leurs projets d’immigration entamés il y a longtemps.

On essaye de se réunir, et on essaye de trouver des solutions pour les faire réagir. Parce que ce sont des vies, derrière, souligne Ladifetou Nkum.

  • Nicolas Haddad

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