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Mali : démission forcée du président Keïta

Le Conseil de sécurité de l'ONU tiendra mercredi une réunion d'urgence à huis clos sur la crise au Mali.

Le président du Mali Ibrahim Boubacar Keïta.

Un mouvement de contestation réclamait la démission du président Ibrahim Boubacar Keïta.

Photo : Reuters / POOL

Radio-Canada

Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta a annoncé à la télévision nationale dans la nuit de mardi à mercredi sa démission, expliquant n'avoir pas d'autre choix que de se soumettre à la volonté de son armée en révolte pour éviter que du sang ne soit versé.

Le président Keïta a été arrêté en compagnie de son premier ministre Boubou Cissé en fin d'après-midi et emmené dans le camp militaire d'où était partie une mutinerie en début de journée.

Lors de son intervention, il a déclaré avoir œuvré depuis son élection en 2013 à redresser le pays et à donner corps et vie à l'armée malienne, confrontée depuis des années aux violences djihadistes.

Il a par la suite évoqué les manifestations diverses qui réclament son départ depuis plusieurs mois. Il estime que le pire en a résulté, car elles ont fait des victimes.

Des soldats à bord d'un camion au milieu d'une foule de manifestants

Des soldats maliens dans le centre de Bamako au milieu de manifestants après l'arrestation du président Keïta et du premier ministre Boubou Cissé.

Photo : afp via getty images / MALIK KONATE

Si aujourd'hui il a plu à certains éléments de nos forces armées de conclure que cela devait se terminer par leur intervention, ai-je réellement le choix? M'y soumettre, car je ne souhaite qu'aucun sang soit versé pour mon maintien aux affaires, a-t-il dit.

Dans la foulée, M. Keïta a annoncé la dissolution de l'Assemblée nationale et celle du gouvernement.

Les auteurs de ce renversement ne sont pas identifiés pour le moment.

Condamnations internationales

L’arrestation du président malien par des soldats a suscité de nombreuses réactions aussi bien en Afrique que dans le monde.

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a appelé à la libération immédiate et sans condition du président malien et au rétablissement immédiat de l'ordre constitutionnel.

Le Conseil de sécurité de l'ONU se réunira mercredi en urgence au sujet de la crise au Mali, à la demande de la France et du Niger.

La Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), dont le Mali est l'un des 15 membres, a condamné le renversement par des militaires putschistes du gouvernement démocratiquement élu du président Ibrahim Boubacar Keïta.

Des manifestants portant un drapeau, une pancarte et une vuvuzela.

Des manifestants à la place de l'Indépendance, à Bamako, soutiennent l'arrestation du président Keïta par des soldats.

Photo : Reuters / REY BYHRE

La CEDEAO a décidé de suspendre le Mali de tous ses organes de décision avec effet immédiat.

Elle a également décidé la fermeture de toutes les frontières terrestres et aériennes ainsi que l'arrêt de tous les flux et transactions économiques, commerciales et financières entre les [autres] pays membres de la CEDEAO et le Mali.

L’organisation régionale a également demandé la mise en œuvre immédiate d'un ensemble de sanctions contre tous les putschistes et leurs partenaires et collaborateurs.

Par ailleurs, le président de la Commission de l'Union africaine, Moussa Faki Mahamat, a condamné énergiquement l'arrestation du président malien.

De son côté, le chef de la diplomatie de l'Union européenne Josep Borrell a souligné que l’intervention des militaires ne peut en aucun cas être une réponse à la profonde crise sociopolitique qui frappe le Mali depuis plusieurs mois.

Emmanuel Macron, le président de la France, dont plus de 5000 soldats se trouvent au Mali dans le cadre de l’opération Berkhane contre les organisations djihadistes dans le Sahel, a exprimé son plein soutien aux efforts de médiation en cours des États d'Afrique de l'Ouest.

Une profonde crise politique et sociale

Le renversement du président Keïta est le dernier épisode d’une crise déclenchée en juin avec l'éclosion d'une contestation menée par une coalition hétéroclite de chefs religieux, d'hommes politiques et de membres de la société civile.

Un manifestant portant une pancarte sur laquelle est inscrit : DBK dégage (en référence au président malien)

Un manifestant portant une pancarte contre le président Keïta à la place de l'Indépendance à Bamako

Photo : Reuters / STRINGER

Le Mouvement du 5 juin (M5-RFP), qui réclamait le départ du président Keïta, portait l'exaspération d’une majorité de la population prise en étau entre les attaques des groupes djihadistes et des violences intercommunautaires.

Une population qui subit depuis de nombreuses années la crise des services publics et de l'école et la perception d'une corruption répandue, mais aussi une crise économique aggravée par l'impact de la pandémie de la COVID-19.

Ibrahim Boubacar Keïta a été premier ministre de 1994 à 2000 sous le règne du président Alpha Oumar Konaré, premier président (1992-2002) de l'ère démocratique du Mali.

À l'élection présidentielle de 2013, après l'intervention internationale lancée à l'initiative de la France contre les djihadistes, Ibrahim Boubacar Keïta, a accédé à la tête du pays.

Il a été réélu en 2018 face à Soumaïla Cissé, leader de l'opposition détenu par de présumés djihadistes depuis mars dernier.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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