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Freeland aux Finances, un discours du Trône le 23 septembre

Le premier ministre Trudeau souhaite donner à son gouvernement une nouvelle impulsion.

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M. Trudeau et Mme Freeland se cognant le coude à Rideau Hall.

Le reportage de Laurence Martin.

Photo : Reuters / PATRICK DOYLE

Radio-Canada

Chrystia Freeland succède à Bill Morneau à titre de ministre des Finances au moment où Justin Trudeau annonce la suspension des travaux parlementaires afin de repartir sur de nouvelles bases.

En point de presse, mardi après-midi, le premier ministre a confirmé avoir demandé à la gouverneure générale Julie Payette de proroger le Parlement.

Ainsi, une nouvelle session parlementaire s'ouvrira le 23 septembre avec un discours du Trône qui, comme le veut la tradition, fera l'objet d'un vote de confiance. Selon des sources de CBC et de Radio-Canada, un nouveau budget ou une mise à jour économique sera déposé peu après.

Avec cette prorogation, le premier ministre Trudeau souhaite transmettre à son gouvernement une nouvelle impulsion. Ça nous donnera l'occasion de présenter en détail notre approche pour l'avenir, a-t-il mentionné.

Les travaux réguliers du Parlement devaient de toute façon reprendre la semaine du 20 septembre, a-t-il rappelé.

Le discours du Trône qu'on a présenté il y a huit mois à peine n'était pas du tout aligné avec la réalité que les gens vivent maintenant. Je pense que c'est tout à fait normal que nous devions présenter une nouvelle vision.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Cette prorogation n'aura aucun effet sur le versement de la Prestation canadienne d'urgence (PCU) et des prestations d'assurance-emploi, a précisé M. Trudeau.

Elle provoquera toutefois la suspension des travaux actuels des comités parlementaires, où des députés se penchent depuis plusieurs semaines sur les tenants et aboutissants de l'affaire UNIS.

Ces travaux pourront reprendre après le discours du Trône, a souligné le premier ministre mardi. Quand le Parlement va reprendre ses travaux, à l'automne, il y aura amplement d'occasions pour poser toutes les questions pertinentes et cela va continuer de plus belle, a-t-il dit. [Mais] pour l'instant, les Canadiens veulent qu'on se concentre sur la reprise.

M. Trudeau, qui dirige un gouvernement minoritaire depuis l'automne 2019, assure que le redémarrage des travaux parlementaires ne constitue pas un stratagème afin de provoquer de nouvelles élections.

Non, je ne veux pas que le gouvernement tombe lors du discours du Trône, a-t-il déclaré. Je pense que les Canadiens s'attendent à ce que leurs partis au Parlement travaillent ensemble pour répondre aux vrais défis auxquels les gens font face. [Ce sont] les partis d'opposition qui vont décider si on s'en va en élections à l'automne ou non.

Une première femme aux Finances

Le point de presse de M. Trudeau faisait suite à une brève visite à Rideau Hall, au cours de laquelle Chrystia Freeland a été assermentée comme ministre des Finances, devenant ainsi la première femme dans l'histoire du pays à occuper cette fonction prestigieuse.

Il était temps que nous cassions ce plafond de verre, s'est-elle réjouie, mardi, déplorant par ailleurs que les défis économiques engendrés par la pandémie de COVID-19 frappent plus durement les femmes.

Nous voyons la contribution des femmes dans le marché du travail chuter brusquement. Je suis heureuse d'apporter mon expérience en tant que femme, en tant que mère, pour surmonter ce défi important pour notre pays.

Chrystia Freeland, nouvelle ministre des Finances du Canada

Depuis la réélection du gouvernement Trudeau, en octobre 2019, Mme Freeland occupait le poste de ministre des Affaires intergouvernementales. Elle avait aussi été désignée vice-première ministre du pays, un titre qu'elle conserve.

Journaliste économique avant de faire le saut en politique en 2015, Mme Freeland a piloté les négociations qui ont abouti au nouvel accord de libre-échange liant le Canada, les États-Unis et le Mexique, l'ACEUM.

Dominic LeBlanc, qui demeure président du Conseil privé de la Reine pour le Canada, remplace Mme Freeland au ministère des Affaires intergouvernementales – fonction qu'il avait déjà occupée de juillet 2018 à avril 2019 avant de recevoir un diagnostic de cancer. Il semble aujourd'hui sur le chemin de la rémission.

Mme Freeland et M. LeBlanc sont masqués, assis sur des chaises, au milieu d'une pièce.

Le masque et la distanciation physique étaient de mise pour la cérémonie d'assermentation de Mme Freeland et M. LeBlanc, qui s'est tenue à la résidence de la gouverneure générale, Rideau Hall.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Le remaniement ministériel de mardi était devenu nécessaire depuis la démission de Bill Morneau, plongé depuis des mois dans la tourmente engendrée par l'affaire UNIS. Il était ministre des Finances depuis cinq ans.

Le premier ministre Trudeau – avec qui M. Morneau aurait eu des divergences d'opinions concernant l'ampleur de l'aide gouvernementale à débloquer pour soutenir l'économie canadienne – n'a pas voulu dire s'il lui avait demandé de rester.

On est arrivés aux mêmes conclusions à peu près en même temps, a-t-il expliqué, soit que pour la relance, pour la prochaine étape, puisqu'il ne se représentait pas dans les prochaines élections, c'était mieux d'avoir quelqu'un qui allait pouvoir nous porter à plus long terme.

Les impôts n'augmenteront pas pour autant, a assuré Justin Trudeau.

La dernière chose dont les Canadiens ont besoin, c'est d'une hausse d'impôt, a-t-il indiqué. Des millions de Canadiens sont au chômage et cherchent un emploi; l'économie est loin d'être là où on veut la voir; nous avons du travail à faire; et nous n'allons certainement pas imposer un autre fardeau fiscal aux Canadiens.

Le premier ministre en point de presse.

Selon Justin Trudeau, « personne n'est mieux placé » que Chrystia Freeland pour devenir ministre des Finances en ces temps difficiles.

Photo : Reuters / PATRICK DOYLE

M. Morneau a su donner beaucoup de confiance aux Canadiens et aux Canadiennes tout le temps qu'il a servi, mais maintenant, pour nous, comme gouvernement, c'est le temps de passer à autre chose, a déclaré pour sa part le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, en entrevue à 24|60.

Beaucoup de choses ont été dites au sujet de M. Morneau et de son rôle dans l'affaire UNIS, a-t-il convenu. Mais là, je pense que les gens qui nous regardent se disent aussi : "Il faut regarder en avant". Et je pense qu'avec les nominations d'aujourd'hui, ce changement-là va nous amener vers l'avant.

Le PCC continue d'exiger la tête de Trudeau

En point de presse mardi matin, le porte-parole du Parti conservateur du Canada (PCC) en matière de finances, Pierre Poilievre, a fait savoir que son parti continuait tout de même de réclamer la démission de M. Trudeau.

Personne ne croit que c'est un grand désaccord sur les questions de politiques publiques qui a engendré cette démission, a-t-il affirmé, montrant plutôt du doigt des dérives éthiques du gouvernement, notamment dans le dossier UNIS.

C’est Justin Trudeau qui est le responsable de ces scandales. C’est Justin Trudeau qui devrait prendre la responsabilité, et c’est Justin Trudeau qui devrait démissionner.

Pierre Poilievre, porte-parole du Parti conservateur en matière de finances

Si Bill Morneau n’a pas assez d’autorité morale et éthique pour rester ministre des Finances, Justin Trudeau n’a pas cette autorité non plus, a-t-il asséné.

Son chef Andrew Scheer – qui cédera sa place dimanche, lorsque le Parti conservateur annoncera le nom de son successeur – a déclaré de son côté qu'en prorogeant le Parlement, le premier ministre Trudeau laisse tomber les Canadiens.

Plus tôt cette année, Justin Trudeau a honteusement fermé le Parlement pour tenter d’éviter de rendre des comptes, a-t-il rappelé par communiqué. Maintenant, il bloque les députés de l’opposition qui travaillaient d’arrache-pied pour corriger les programmes de son gouvernement pendant la pandémie, pour aider les Canadiens et pour faire toute la lumière sur son scandale de corruption.

Les conservateurs vont continuer de demander des comptes à Justin Trudeau et à son gouvernement, et nous allons continuer de nous battre pour obtenir les réponses que les Canadiens méritent, conclut M. Scheer.

Le Bloc réitère ses demandes

S'adressant à la députation bloquiste réunie à Bonaventure, en Gaspésie, Yves-François Blanchet a félicité Mme Freeland pour sa nomination avant même la confirmation de cette dernière.

Le chef bloquiste soutient que la relation qu'entretient son parti avec elle est meilleure qu'avec les autres membres du Cabinet Trudeau. J'ai des contacts assez fréquents avec le cabinet de Mme Freeland, a-t-il souligné.

À l'instar de M. Poilievre, il a toutefois affirmé que le départ de M. Morneau – jeté aux crocodiles par M. Trudeau, selon lui – ne changeait rien à l'affaire UNIS dans laquelle reste englué le gouvernement.

Malgré tous ses défauts, M. Morneau n’a pas fait donner 250 000 $ à la mère de Justin Trudeau, [...] n’a pas fait remettre 30 000 $ au frère de Justin Trudeau, n’a pas fait donner un contrat de 84 millions de dollars [à l'entreprise où travaille le] conjoint de la cheffe de cabinet de M. Trudeau. Il n’est pas responsable de tout, a-t-il résumé.

Il y a eu là une rupture durable du lien de confiance qui ne doit être que plus fort dans un contexte de pandémie et de crise. Donc, est-ce que la prorogation du Parlement sauvera la législature de M. Trudeau? Rien n'est moins certain.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

La perspective d'un nouveau discours du Trône a toutefois pour effet de dispenser le Bloc de déposer une motion de censure à l'encontre du gouvernement, a noté M. Blanchet. Si le discours du Trône ne contient pas ce qui est exigible, il ne survivra pas à son propre discours du Trône, a-t-il prophétisé.

M. Blanchet demande notamment à ce que le gouvernement bonifie l'aide accordée aux aînés; qu'il verse une nouvelle tranche de compensations financières aux producteurs laitiers régis par le système de gestion de l'offre; et qu'il apporte des ajustements à la PCU afin de favoriser le retour au travail.

Il demande également que la portion de l'argent qui devait revenir au Québec dans le cadre du programme de Bourse canadienne pour le bénévolat étudiant, que devait gérer UNIS avant de se désister face à la controverse, lui soit remise sans condition.

La balle est dans le camp de Justin Trudeau. Il lui revient de se donner la chance de nous croiser au Parlement, avant de nous croiser en campagne électorale, a-t-il lancé aux élus bloquistes.

M. Blanchet n'a pas exclu que le gouvernement minoritaire de M. Trudeau puisse survivre à l'automne, mais il a dit être persuadé qu'il était absolument impossible qu'il traverse le printemps.

Des manœuvres à la Stephen Harper, dit Singh

Fermer le Parlement en pleine pandémie et crise économique, avec une séance la semaine prochaine et des comités qui travaillent fort pour obtenir des réponses et solutions pour les gens, est une erreur, a estimé quant à lui le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, sur Twitter.

Les gens ne devraient pas devoir payer le prix des scandales de M. Trudeau.

Jagmeet Singh, chef du NPD

Les gens sont en difficulté et ont besoin de réponses, a-t-il poursuivi. Quel est le plan pour ceux et celles qui comptent sur la PCU? Le plan pour régler l'assurance-emploi? Le plan pour les services de garde? Le plan pour aider avec le retour à l'école en toute sécurité?

Les Canadiennes et Canadiens méritent un gouvernement qui se concentre à les aider, au lieu de recourir à des tactiques et des manœuvres à la Stephen Harper, a conclu le leader néo-démocrate.

Jagmeet Singh.

Le NPD pourrait devoir trancher cet automne entre deux options : maintenir le gouvernement libéral au pouvoir ou déclencher indirectement des élections générales en votant contre le discours du Trône.

Photo : La Presse canadienne / JONATHAN HAYWARD

Les libéraux comptant 156 voix au Parlement, le sort du gouvernement pourrait bien reposer sur les épaules des 24 députés néo-démocrates si les 121 conservateurs et les 32 bloquistes votaient contre le discours du Trône.

Depuis le début de la crise, le NPD a utilisé sa position aux Communes pour aider les libéraux à adopter des lois sur l'aide d'urgence, tout en négociant des changements. Il demande maintenant un investissement de 12 milliards de dollars dans les services de garde, dont 2 milliards immédiatement pour que les parents – en particulier les mères – puissent retourner au travail.

Ces demandes demeureront pour l'instant la priorité du NPD, a fait savoir Jagmeet Singh mardi, mais si le gouvernement libéral continue d'aider ses amis proches au lieu d'aider les gens, nous devrons évaluer toutes les options, a-t-il déclaré, faisant lui aussi référence au scandale UNIS.

Les Communes comptent aussi trois verts et deux indépendants, qui pourraient avoir un rôle à jouer si le NPD décidait de jouer la carte de l'abstention.

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