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Les propositions de réforme de la police de Toronto adoptées à l'unanimité

La commission des services de police propose notamment l'achat de caméras et une formation sur le racisme.

Une manifestation contre le racisme devant l'hôtel de ville de Toronto.

De nombreuses manifestations contre le racisme et la violence policière ont eu lieu à Toronto.

Photo : CBC/Michael Charles Cole

Jean-Philippe Nadeau

La Commission des services de police de Toronto a adopté à l'unanimité, mardi, plus de 80 recommandations sur les façons de réformer la police après la mort ces dernières années de plusieurs citoyens, en majorité de couleur ou en crise, aux mains d'agents. Les réformes proposées concernent la lutte contre le racisme systémique et les interventions d'urgence auprès des personnes en détresse, mais aussi la formation, la transparence et la responsabilisation au sein de la police.

Les propositions ont été discutées durant cinq heures lors d'une rencontre virtuelle devant la Commission, qui avait établi en 7 semaines plus de 80 suggestions pour remodeler la police de la ville à la lumière de nombreux rapports, d'enquêtes du coroner et d'études sur le racisme systémique.

Les principales réformes formulées dans le rapport :

  • Des solutions de rechange à la coercition en matière de santé mentale et la réaffectation potentielle du budget de la police afin de soutenir les besoins des communautés.
  • L’élargissement des services de l’équipe mobile d’intervention d'urgence auprès d'un citoyen en détresse sur la voie publique afin de fournir une assistance 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
  • L’amélioration du processus de consultation dans l'élaboration du budget de la police et l'affichage du budget sur le site Internet de la police pour des motifs de transparence.
  • La création d’un programme de formation obligatoire et autonome contre le racisme à l’égard des personnes noires ou autochtones.
  • L'achat de 2350 caméras d’intervention que les policiers porteront dès l'automne prochain pour la somme de 34 millions de dollars sur cinq ans.

Le débat a toutefois dégénéré lorsque des Torontois ont été appelés à se prononcer devant les sept commissaires.

Séance publique houleuse

Une femme a notamment traité le maire John Tory de meurtrier, en lui demandant de se réveiller, parce qu'il paraissait assoupi dans son fauteuil sur l'écran. Elle lui a reproché de léguer un lourd héritage de harcèlement et de brutalité contre la communauté noire.

Outre les débordements, des citoyens ont critiqué le travail de la Commission, parce que les réformes ne vont pas assez vite ou pas assez loin, selon eux. Ils l'ont accusée de faire la sourde oreille et de ne pas comprendre les aspirations des Torontois, celles de la communauté noire en particulier.

Le maire John Tory répond à une question en conférence de presse.

Le maire John Tory s'est fait malmener lors de la séance, mais il a dit comprendre les frustrations des citoyens.

Photo : Radio-Canada

Ils ont exigé des mesures préventives pour lutter contre le racisme et non des mesures punitives ou coercitives. Les recommandations ne portent pas assez selon eux sur l'impunité des policiers qui sont fautifs dans leur travail et sur le manque de responsabilisation dans le service de police.

Certains ont exigé la réduction du financement du service de police, parce que l'argent serait mieux dépensé dans des services de santé mentale dans la communauté, par exemple.

Le portrait du chef adjoint James Ramer.

James Ramer est le chef intérimaire de la police de Toronto.

Photo : Martin Trainor/CBC

Ils ont en outre pourfendu l'initiative d'équiper les policiers d'une caméra sur leur uniforme, parce qu'elle est beaucoup trop coûteuse, d'après eux. Ils sont d'avis que telles caméras ne permettront pas aux policiers d'être plus transparents.

À ce sujet, tous les policiers recevront une formation pour utiliser les caméras d'intervention et seront également informés des règles d’utilisation et des pénalités en cas de non-respect des règles.

Un policier porte une caméra d'intervention sur son uniforme.

Les policiers du nord-ouest de Toronto commenceront à porter les caméras d'ici la fin d'août s'ils ont des contacts avec le public.

Photo : CBC/Monty Kruger

Malgré les emportements du grand public, plusieurs intervenants des milieux communautaires ont soulevé des inquiétudes légitimes et proposé des recommandations diamétralement opposées aux réformes qui sont proposées.

Des suggestions ignorées

La Coalition torontoise pour la responsabilisation de la police a par exemple déclaré que l'exercice des consultations publiques n'avait mené à rien de concret, parce que la Commission est passée à côté de l'essentiel du problème, soit la lutte contre le racisme systémique.

La Coalition a fait savoir que les préoccupations de la communauté noire n'avaient pas été entendues à ce sujet. Elle lui a d'ailleurs proposé de la consulter davantage au cours des six prochains mois avant de formuler des recommandations plus concrètes et moins politiques, contrairement à celles qui étaient sur la table.

Un homme avec des lunettes.

L'ancien maire John Sewell est le coordonnateur de la Coalition torontoise sur la responsabilisation de la police.

Photo : Radio-Canada / Vedran Lesic

La Coalition a en outre rejeté le projet des caméras corporelles, trop cher selon elle. L'argent aurait, dit-elle, été mieux dépensé dans la sensibilisation et la formation des policiers en matière de racisme.

La Commission ontarienne des droits de la personne a pour sa part regretté de ne pas avoir été consultée.

La commissaire intérimaire, Ena Chadha, dit qu'elle avait pourtant remis à l'avance à la Commission, au Service de police et à la Ville son dernier rapport sur la surreprésentation des Noirs dans les contacts de la police avec le public un mois avant sa publication.

Mme Chadha aurait par ailleurs préféré que les réformes soient beaucoup plus indépendantes, que le processus de consultation soit plus transparent et que les communautés noires soient davantage consultées.

Photo d'Andrew Loku.

La Commission des services de police s'est notamment inspirée des recommandations d'un jury du coroner sur la mort d'Andrew Loku, qui a été tué par la police de Toronto en 2015.

Photo : Radio-Canada / Courtoisie de la famille

Le groupe Empowerment Council, qui défend les personnes en situation de crise, ajoute que les réformes sur la formation des policiers en santé mentale sont toujours déficientes et que rien de concret n'a été proposé en matière de ressources et de financement à ce sujet.

Le groupe Reach Out Response Network avait proposé à ce sujet la création d'une unité d'intervention d'urgence non violente entièrement composée de civils. Sa responsable, Rachel Bromberg, a expliqué que ce modèle avait été adopté dans certaines villes dites progressistes aux États-Unis, comme à Portland en Oregon.

Michael MacIsaac courait nu dans la rue.

L'enquête du coroner sur la mort de Michael MacIsaac, qui a été tué par la police régionale de Durham à Ajax en 2013, a permis de créer une unité mobile d'intervention d'urgence auprès des citoyens en détresse.

Photo : Bureau du coroner en chef de l'Ontario

Malgré les bonnes intentions de la Commission des services de police, Mme Bromberg croit qu'un policier ne pourra jamais secourir un citoyen en détresse sur la voie publique, même s'il a reçu une formation plus complète en santé mentale, parce que la stigmatisation contre les personnes ayant des problèmes mentaux demeure dans son milieu de travail.

Selon Mme Bromberg, les policiers ne font que perpétuer dans la société des stéréotypes selon lesquels les personnes qui ont des problèmes mentaux sont violentes et dangereuses. Or, ce n'est pas vrai dans la majorité des cas, d'après elle.

Un égoportrait d'une jeune femme souriante qui porte des écouteurs.

Regis Korchinski-Paquet est tombée du balcon de son appartement à la fin de mai à Toronto lors d'une intervention policière.

Photo : Facebook/Regis Korchinski-Paquet

La décision de réformer la police survient après des mois de manifestations contre le racisme anti-Noirs que le meurtre de George Floyd à Minneapolis a déclenchées à la fin mai.

Au même moment à Toronto, la mort de Regis Korchinski-Paquet mobilisait la communauté noire dans la métropole.

Faisant face à de nombreuses critiques de toute part, le maire John Tory avait demandé des réformes radicales au sein du service de police.

Le rapport de la Commission avait été élaboré après que le conseil municipal de Toronto eut adopté une liste de réformes proposées à la fin de juin, et après qu'elle eut proposé une série de séances de consultation virtuelles au début de l'été.

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