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L’ACFA saisit la justice pour sauver le Campus Saint-Jean

Gros plan du côté du bâtiment par une journée ensoleillée d'été. On peut lire Faculté Saint-Jean, 8496, rue Marie-Anne Gaboury.

Le Campus Saint-Jean de l'Université de l'Alberta à Edmonton.

Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

L’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) met ses menaces à exécution en poursuivant devant les tribunaux le gouvernement provincial et l’Université de l’Alberta pour dénouer l’impasse dans laquelle se trouve le Campus Saint-Jean quant à son avenir.

C’est avec regret [...] mais aussi avec une grande détermination que l’ACFA annonce aujourd’hui qu’elle entame un recours judiciaire contre le gouvernement de l’Alberta et l’Université de l’Alberta, a déclaré Sheila Risbud, la présidente de l’Association canadienne-française de l’Alberta lundi.

En tant qu’organisme porte-parole de la francophonie albertaine et garante de la mise en oeuvre de l’entente de 1976 qui unit le Campus Saint-Jean à l’Université de l’Alberta, l’ACFA mène depuis des mois une campagne pour assurer la survie d'un des seuls établissements d'éducation supérieure en français à l'ouest du Manitoba.

Une femme devant un micro sur une scène dans la Cité francophone d'Edmonton.

Le Campus Saint-Jean est une des priorités de l'ACFA, selon Sheila Risbud, présidente de l'organisme.

Photo : Radio-Canada / Richard Marion

L’organisme a tenté d’alerter l’opinion publique et de faire pression sur les gouvernements pour remédier à la précarité financière du campus, une situation qui s’est aggravée avec les compressions en éducation du gouvernement de Jason Kenney.

Silence radio

En conférence de presse, Mme Risbud a souligné qu’elle aurait sincèrement préféré que les démarches politiques aboutissent.

Le 29 juillet, l’ACFA a fait parvenir une lettre de mise en demeure au gouvernement de l’Alberta et à l’Université de l’Alberta pour que les deux parties fournissent au Campus Saint-Jean un financement adéquat. L’ACFA réclamait également la garantie que le campus ne déménagerait pas comme cela a été envisagé dans différents scénarios.

L’organisme leur avait donné deux semaines pour répondre positivement à ces demandes.

Plus de deux semaines ont passé et nous n’avons toujours pas obtenu de réponse, a déploré Mme Risbud, qui s’était engagée à prendre toutes les mesures nécessaires pour sauver le Campus Saint-Jean.

Une question de droit

Au-delà des récents contrecoups sérieux qui remettent davantage en cause son existence, les avocats de l’ACFA entendent faire valoir devant la Cour que le campus accuse un sous-financement chronique depuis des années.

En ce sens, l’organisme accuse le gouvernement et l’Université de ne pas respecter l’entente de 1976 qui scelle les conditions sous lesquelles le campus a été transféré à l’Université de l’Alberta par les Oblats et de violer l’article 23 de la Charte des droits et libertés.

Il y a 44 ans, l’Université de l’Alberta, le gouvernement provincial et les Oblats (dont les intérêts sont aujourd’hui représentés par l’ACFA) ont signé des échanges de promesses mutuelles au travers de cette entente contractuelle.

En droit [...] ça a une valeur juridique, il faut respecter ces promesses-là, a rappelé Darius Bossé, un des avocats qui appuient l’ACFA dans sa démarche.

L’Université s’était notamment engagée à déployer tous les les efforts pour gérer, maintenir, améliorer et développer [le Campus Saint-Jean] devant être situé sur le site du Collège, peut-on lire dans l’entente.

De son côté, la province acceptait de lui fournir le financement nécessaire pour qu’elle respecte ses engagements.

Malheureusement, avec la situation à laquelle on est exposé aujourd’hui, c’est évident que cette promesse-là n’est pas respectée.

Me Darius Bossé

L’ACFA a également mentionné la grave pénurie d’enseignants et de personnels éducatifs francophones pour les écoles de langue française [albertaines] protégées par l’article 23 de la Charte.

Comme ailleurs au pays, cet article donne le droit aux enfants franco-albertains d’être instruits dans leur langue au primaire et au secondaire.

Or la Cour suprême a confirmé en juin que ce droit-là inclut celui d’avoir une éducation équivalente, peu importe la taille des communautés minoritaires. Elle précise également que cette équivalence est impossible à atteindre si les écoles n’ont pas accès à un bassin d’enseignants francophones.

Le sous-financement chronique du Campus Saint-Jean, la seule institution en Alberta qui forme justement ces professionnels, constitue une violation de l’article 23 de la Charte par le gouvernement de l’Alberta et l’Université de l’Alberta.

Me Darius Bossé

L'Université s'engage

Visée par ce recours en justice, l'administration de l'Université de l'Alberta a réagi la même journée. Son président, Bill Flanagan, se dit fier de la place importante qu’occupe le Campus Saint-Jean au sein de la communauté francophone de l'Alberta. L'engagement de longue date de l'Université à soutenir l'apprentissage en français demeure inchangé. 

Bill Flanagan reconnaît que le Campus Saint-Jean fait face à de constants défis de financement, mais il ajoute : Nous nous engageons à explorer toutes les options pouvant aider à assurer un avenir durable et prospère pour ses programmes de français.

Consolider un pilier de la francophonie 

Au nom des étudiants qui fréquentent l’établissement depuis plus de 112 ans, plusieurs voix se sont fait entendre pour appuyer celle de l’ACFA. Elles sont venues répéter le fait que le Campus Saint-Jean est plus qu’un établissement universitaire.

C’est grâce au Campus Saint-Jean que ses étudiants, dont plus de 60 % proviennent de l’immersion comme moi, peuvent s’impliquer dans la communauté franco-albertaine, a fait valoir Adam Brown, membre du conseil d’administration de Francophonie jeunesse de l’Alberta.

Un homme parle devant un micro sur une scène à la Cité francophone d'Edmonton.

Plusieurs intervenants ont pris la parole pour soutenir le Campus Saint-Jean.

Photo : Radio-Canada / Richard Marion

C’est le campus qui l’a d’ailleurs ouvert à son propre pays, lui permettant de voyager partout lors des simulations parlementaires en français.

J’ai bâti un réseau d’amis et de collègues qui m’ont montré que la francophonie minoritaire hors du Québec est forte et vivante, affirme-t-il.

Les premiers maillons de ce réseau se sont consolidés pour lui dans le quartier Bonnie Doon, où se trouve actuellement le campus, un quartier d’Edmonton où plus du tiers des habitants a pour langue maternelle le français.

Ce French quarter ne porte pas son nom pour rien, a lancé le président de Quartier francophone d’Edmonton.

Le Campus Saint-Jean en fait partie. C'est un point d’ancrage pour tous les Franco-Albertains [...] C’est aussi l’entité la plus importante de notre quartier commercial, dit pour sa part un des commerçants du coin, Martin Van Keimpema.

Le déménagement du Campus Saint-Jean aurait des conséquences économiques désastreuses, selon lui. Qualifiant le campus de moteur économique pour ce secteur d’Edmonton, M. Van Keimpema estime que le départ des quelque 1200 personnes qui le fréquentent quotidiennement se traduirait par des pertes annuelles de 4,5 millions de dollars pour les commerces environnants.

Rectificatif :

Une version précédente du texte indiquait à tort que 12 000 personnes fréquentent quotidiennement le Campus Saint-Jean. Ce nombre est plutôt de 1200.

Le président de la Fédération des communautés francophones et acadienne, Jean Johnson, a réitéré son soutien indéfectible au Campus.

On peut en faire un pôle d’attraction pour les jeunes francophones et francophiles de partout dans l’ouest et le nord, croit-il. C’est pour ça que la francophonie canadienne va se battre à vos côtés pour le Campus Saint-Jean.

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