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L'attitude de Julie Payette envers la GRC, source d'agacement et de coûts inutiles

Un agent supplémentaire a été embauché, puisque Julie Payette a tendance à échapper à la sécurité lors de ses voyages à l’étranger.

Mme Payette salue quelqu'un au loin en souriant.

Julie Payette lors du discours du Trône, en décembre 2019, à Ottawa

Photo : La Presse canadienne / Fred Chartrand

Radio-Canada

La gouverneure générale Julie Payette ne tient pas les agents de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) chargés de sa sécurité en haute estime, ce qui entraîne des dépenses inutiles pour les contribuables, selon des sources au sein de la GRC ainsi qu'à Rideau Hall.

Un texte d'Ashley Burke, de CBC News

La réticence de Mme Payette à vouloir travailler avec la GRC force les agents à faire des pieds et des mains afin de répondre aux demandes de dernière minute, ce qui provoque des dépenses en heures supplémentaires, en billets d’avion et en frais d’hôtellerie, selon plusieurs sources citées par CBC News.

Au tout début de son mandat, Mme Payette a même tenté d’échapper à la surveillance des agents chargés d’assurer sa sécurité, au Canada comme à l’étranger, poursuivent ces sources.

Ces révélations surviennent alors que le bureau de la gouverneure générale est visé par une enquête du Bureau du Conseil privé pour faire la lumière sur le climat de travail toxique dénoncé par des employés. Ceux-ci ont accusé Mme Payette de les avoir rabaissés, réprimandés et publiquement humiliés.

Julie Payette est aussi sur la sellette après qu’il a été révélé que 250 000 $ de fonds publics ont été dépensés afin de satisfaire ses besoins d’intimité.

Les sources citées par CBC, lesquelles ont toutes parlé sous le couvert de l’anonymat, ont dressé la liste des dépenses qui ont été jugées inutiles et qui ont été assumées par les contribuables :

  • La GRC a dû payer le double, voire le triple du prix de certains billets d’avion, puisque Mme Payette a souvent décidé à la dernière minute de se déplacer à l’étranger, qu’il s’agisse de voyages d’affaires ou personnels. Des billets pour des destinations à l’étranger ont coûté jusqu’à 12 000 $.
  • Des chambres d’hôtel payées 400 $ la nuit sont demeurées inoccupées près de la Citadelle – sa résidence secondaire au Québec – parce que Mme Payette a soudainement décidé de passer la nuit dans son chalet, situé au nord de Montréal, et qu’il était trop tard pour annuler la réservation.
  • Un agent – payé de 4000 à 15 000 $ par semaine – a dû être ajouté lors des voyages à l’étranger de Mme Payette afin de surveiller la porte de sa résidence, étant donné que la gouverneure générale a essayé à répétition d’échapper à la protection des gardes.

C’est exaspérant, a indiqué une source au sein de la GRC qui est au courant des détails relevant de la protection de la gouverneure générale. Par sa faute, des coûts incroyables sont engendrés, note cette même personne.

C’est l’argent des Canadiens qui n’est pas bien dépensé à cause d’une personne difficile.

Une source au sein de la GRC

Les heures supplémentaires et l’ajout de personnel font partie des mesures mises de l’avant pour assurer la protection de personnalités connues, mais dans le cas de Julie Payette, ces coûts inutiles sont dus à son comportement et ne correspondent pas aux exigences habituelles, soulignent plusieurs sources.

Elle ne réalise pas que sa vie a changé et que tout ce qu’elle fait coûte de l’argent aux Canadiens, a indiqué une source au sein de la GRC.

L’attaché de presse de Mme Payette, Ashlee Smith, a indiqué que la réduction des coûts était au cœur de toutes les décisions prises par son bureau.

Ces deux dernières années ont été particulièrement occupées; [il a fallu] représenter le Canada au pays comme à l’étranger, surtout en raison des diverses commémorations liées à la Première et à la Seconde Guerres mondiales, a-t-elle expliqué par communiqué.

Présence policière requise

Devenue gouverneure générale en 2017, Julie Payette, une ancienne astronaute, est une personne très réservée et mal à l’aise avec l’attention dont elle bénéficie en raison de son statut, rapporte le National Post.

Le Globe and Mail a pour sa part écrit qu’elle était souvent en désaccord avec les mesures qui sont prises pour assurer sa protection.

Julie Payette a été l’une des personnes nommées par le premier ministre canadien Justin Trudeau au cours de son premier mandat. Ce faisant, il avait rejeté le processus imposé par son prédécesseur, Stephen Harper, qui consistait à recourir à un comité consultatif plutôt que d’y aller avec un choix personnel.

Jusqu’à présent, le premier ministre n’a pas cherché à défendre Mme Payette. Notons que celle-ci pourrait jouer un rôle crucial s’il fallait qu’il lui demande de dissoudre son gouvernement minoritaire en vue de déclencher des élections.

Justin Trudeau et Julie Payette côte à côte

Le premier ministre Justin Trudeau et la gouverneure générale Julie Payette au Sénat

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Le rôle de la gouverneure générale est surtout symbolique au Canada. Elle demeure une cible potentielle pour un groupe terroriste, par exemple, explique Garry Clement, un ancien surintendant de la GRC.

La Gendarmerie royale du Canada a donc le devoir de protéger le Bureau de la gouverneure générale. En acceptant ce rôle, Julie Payette est censée collaborer avec les services de protection, ajoute Garry Clement.

Il faut mettre l’accent sur la compréhension mutuelle des rôles que chacun joue, dit-il. Ne pas accepter l’ensemble des mesures de sécurité peut créer beaucoup de tensions et beaucoup de dépenses supplémentaires.

Des coûts de 7,4 millions $ pour assurer sa protection

La GRC a confirmé qu’il y avait eu une augmentation de plus d’un million de dollars en dépenses afin de protéger la gouverneure générale au cours de l’année 2019-2020, comparativement à l’année précédente, où ces coûts s’élevaient à 6,3 millions de dollars.

Selon la GRC, cette hausse serait principalement due à un changement en ce qui a trait à la couverture des avantages sociaux des employés. La police fédérale n’a toutefois pas voulu fournir à CBC News les détails des heures supplémentaires et des frais de déplacement engendrés.

La GRC n’a pas non plus voulu dire si les dépenses de Mme Payette étaient plus élevées que celles de ses prédécesseurs, se contentant de mentionner que les coûts globaux avaient été relativement stables au cours des dernières années.

Les frais pour assurer la protection d’un gouverneur général peuvent varier en fonction de différents facteurs, comme le degré de menace au niveau national comme international, les activités du gouverneur général et de sa famille, le type et le nombre d’événements officiels ainsi que d’autres éléments influencés par l’économie, comme le coût des déplacements, l’hébergement et le carburant, détaille une porte-parole de la GRC, Stéphanie Dumoulin.

Les 7,4 millions de dollars dépensés pour assurer la sécurité de Mme Payette en 2019-2020 représentent donc une augmentation de près de 700 000 $ par rapport aux dépenses similaires encourues lors de la dernière année du mandat de David Johnston.

L'ex-gouverneur général avait pourtant voyagé davantage et a eu besoin de mesures de sécurité accrues en raison d’une menace jugée plus importante à l’époque. Les dépenses liées à sa protection étaient malgré tout moins élevées, soit 6,7 millions de dollars en 2015-2016, selon la GRC.

Un manque total de considération

CBC News a pu parler à sept sources qui ont toutes demandé de conserver l’anonymat : certaines ne sont pas autorisées à s'exprimer publiquement, tandis d'autres redoutent de perdre leur emploi.

Selon ces sources, Julie Payette croit que les agents de la GRC lui ont été inutilement imposés. Lorsqu’elle est entrée en poste, la gouverneure générale s’est insurgée à l’idée qu’une équipe complète assure sa protection de façon constante, ont aussi indiqué ces sources. Cela pourrait expliquer, toujours selon ces sources, pourquoi Mme Payette se montrait réticente à faire part de ses plans avec ceux chargés de la protéger, laissant ainsi les agents de la GRC dans le noir.

En voulant faire tout ce qui lui plaît et en changeant d’idée à la dernière minute, [Julie Payette a fait en sorte que] la GRC ne sache jamais vraiment à quoi s’attendre d’elle, a déclaré un ancien employé de Rideau Hall qui travaillait à la résidence officielle de la gouverneure générale.

C’est la preuve d’un manque total de considération pour les gens qui assurent sa sécurité. Tout ce qui compte, c’est ce qu’elle veut, peu importe combien ça coûte.

Un ex-employé de Rideau Hall

Lors d’un barbecue organisé pour les employés de Rideau Hall, au tout début de son mandat, Julie Payette a pris la parole afin de remercier ceux-ci pour leur travail. Elle a toutefois précisé que la GRC et elle n’étaient pas encore amis, selon ce même ex-employé de Rideau Hall.

Plusieurs agents de la GRC se trouvaient au barbecue et ont pu entendre ce commentaire, a ajouté cet ex-employé.

Tout le monde était bouche bée, a-t-il poursuivi.

À plus d’une reprise, Mme Payette a aussi tenté d’empêcher un garde du corps de la GRC de monter à bord d’un hélicoptère avec elle.

En août 2018, la gouverneure générale s’est rendue au Nunavut afin de rencontrer des chercheurs canadiens travaillant à bord d’un brise-glace, dans l’océan Arctique. Julie Payette s’est alors obstinée avec les agents de la GRC, arguant que cette visite ne représentait aucun risque. Elle préférait que quelqu’un d’autre l’accompagne.

Au cours de discussions houleuses, la GRC a insisté pour faire valoir la présence nécessaire d’un agent à bord.

Jouer au chat et à la souris

À ce qu'il paraît, la gouverneure générale s’amuse du fait de pouvoir échapper à la surveillance des agents de la GRC, selon un ancien employé de Rideau Hall. C’était un peu comme le jeu du chat et de la souris. Elle voyait ça comme un défi : celui de disparaître [du radar] de la GRC.

Cette manie a forcé la GRC à surveiller Mme Payette à l’aide de GPS, a fait savoir une source au sein de la GRC.

Les autorités ont même été jusqu’à ajouter un agent à l'équipe de sécurité de la gouverneure générale lors des voyages à l’étranger afin de garder un œil sur elle pendant la nuit. Contrairement à ses prédécesseurs, qui avaient l’habitude d’appeler les agents en poste à leur réveil pour leur faire savoir leur horaire de la journée, Mme Payette est du genre à décider de partir seule pour s’entraîner.

Les mesures additionnelles mises en place pour assurer sa surveillance peuvent aller de 4000 $ à 15 000 $ pour une semaine de voyage à l’étranger, selon des sources au sein de la GRC.

La gouverneure générale est très reconnaissante des agents chargés de sa sécurité, jour et nuit, et éprouve énormément de respect et d’admiration pour eux, ainsi que pour les hommes et les femmes des forces policières, qu’ils soient en uniforme ou en civil, et qui travaillent sans relâche pour assurer notre protection, a déclaré l'attachée de presse de Mme Payette.

Plan très rapproché de Julie Payette, avec Justin Trudeau derrière elle.

Justin Trudeau et Julie Payette lors de l'annonce de la nomination de celle-ci comme gouverneure générale du Canada, le 13 juillet 2017, au Sénat

Photo : Reuters / Chris Wattie

Demandes de dernière minute

Julie Payette a été décrite comme une planificatrice médiocre qui ne veut pas se sentir prise au piège, décrit un ancien employé de Rideau Hall. Elle n’aime pas l’idée d’être contrainte de suivre un plan, au cas où quelque chose de plus intéressant surviendrait.

Il est arrivé que la GRC ne soit informée qu’à quelques heures d’avis d’un changement, sans avoir reçu d’avertissement. Ces modifications de dernière minute ont forcé les agents à contacter des employés durant leur jour de congé pour les faire rentrer au travail, et ainsi les payer en heures supplémentaires, a indiqué une source au sein de la GRC.

Mme Payette est aussi connue pour sa propension à vouloir prolonger ses voyages, ce qui oblige les agents à faire des heures supplémentaires, a aussi expliqué cette même source.

L'attachée de presse de Mme Payette a plaidé que cette dernière avait de la famille, des amis et des plans, ajoutant que les changements étaient limités au possible. La gouverneure générale veille à ce que la GRC soit avisée à l’avance de ses plans, des jours, des semaines et parfois des mois à l’avance, a-t-elle déclaré.

Mais les plans peuvent changer […] et cela ne devrait pas être perçu comme une offense, a-t-elle ajouté, particulièrement dans le cas de la gouverneure générale, où il n’y a pas de coûts supplémentaires puisque les dépenses de Son Excellence pour ce mandat sont tout à fait conformes à celles des autres mandats.

Une préférence pour les vols commerciaux

La gouverneure générale préfère voyager en classe affaires dans des vols commerciaux plutôt que d’emprunter un avion militaire, ce qui cause d’autres dépenses supplémentaires, ont fait valoir plusieurs sources.

Julie Payette estime qu’en privilégiant les vols commerciaux, elle peut se reposer et ainsi être prête à assister à un événement au moment où l’avion se pose sur le tarmac, selon des sources. Lorsqu’elle monte à bord d’un avion militaire, elle est trop inconfortable et incapable de relaxer, fait-elle valoir.

Selon l’attachée de presse de la gouverneure générale, les vols commerciaux ne coûtent pas cher. À certaines occasions, prendre un vol commercial peut s’avérer moins dispendieux que d’utiliser un avion militaire, a relevé Mme Smith.

Or, des sources qui ont parlé à CBC estiment que le caprice de la gouverneure générale a fini par coûter le triple des dépenses prévues, puisque le prix des billets en vente à ce moment-là – parfois à moins d’une semaine d’avance – avait augmenté.

En tant que contribuable, ça me fâche, a déclaré un ancien employé de Rideau Hall. Nous aurions pu avoir quelque chose à un bon prix, mais nous n’avons pas pu à cause de ses hésitations.

C’est ridiculement coûteux, a confié un autre ex-employé de Rideau Hall. Un billet de dernière minute peut parfois s’élever à 12 000 $.

Voyager à bord d'avions commerciaux comprend aussi son lot de risques pour la gouverneure générale. Celle-ci se retrouve alors à bord d’un avion bondé de voyageurs. En cas de retard ou d’une potentielle escale, le travail des agents de la GRC s’en trouve compliqué.

Dans certains cas, les agents n’ont pas eu suffisamment de temps pour se rendre à l'avance à l’étranger afin de faire du repérage et d’évaluer les risques au préalable. Ils ont dû faire leur travail juste avant l’arrivée de Mme Payette et au cours du voyage.

Ces trucs de dernière minute [forcent] la GRC à réagir plutôt qu’à prévoir, ce qui crée des risques plus élevés pour la sécurité, selon moi, a réagi Garry Clement, un ancien surintendant de la GRC. Quand une personne fait ce genre de chose, ça rend [le travail] extrêmement difficile.

Des agents dans l'embarras

Le comportement hostile de Mme Payette à l'endroit d'agents de sécurité a forcé la GRC à présenter personnellement des excuses, a indiqué une source.

Julie Payette est mal à l’aise avec le fait d’être traitée comme la chef du gouvernement canadien lorsqu’elle se rend dans d’autres pays, ont soutenu plusieurs sources.

Une de ces sources affirme que Mme Payette a déjà crié après un policier qui se tenait trop près d’elle. Elle a aussi critiqué les forces de police locales d’autres pays, notamment à propos de leur conduite, qu’elle jugeait trop brusque.

Julie Payette a même demandé qu’un des agents chargés d’assurer sa sécurité soit remplacé parce qu’elle le trouvait trop grand et trop visible. Selon certaines sources, la gouverneure générale préfère que ces agents soient hors de son champ de vision.

D’après un ancien employé de Rideau Hall, Julie Payette ne comprend pas que la diplomatie représente une grande partie du travail d’un gouverneur général lors de voyages à l’étranger et que cela s’applique non seulement aux dirigeants, mais aussi aux forces de sécurité.

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