•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Comment rattraper le retard scolaire? Québec dévoile son plan

Un jeune garçon se déplace en planche à roulettes, tandis qu'une fillette est en trottinette.

Le ministre Jean-François Roberge assure que les nouvelles mesures vont faire « une grande différence ».

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada

Le ministre québécois de l’Éducation, Jean-François Roberge, a annoncé lundi trois nouvelles mesures pour favoriser la réussite scolaire en temps de pandémie, dont un investissement de 20 millions de dollars pour bonifier les services aux élèves en difficulté.

Dans une conférence de presse organisée dans le gymnase de l'école du Boisé 1, à Québec, le ministre Roberge a détaillé la nouvelle stratégie du gouvernement caquiste visant à aider les enfants à rattraper le retard accumulé en raison du confinement.

Ça fait du bien de revenir dans une école, a-t-il annoncé d’emblée, avant d’affirmer que cette année sera particulière en raison des retards accumulés par des élèves à cause du confinement imposé pendant plusieurs mois.

Pour combler ces retards, le gouvernement caquiste annonce trois nouvelles mesures qui viennent s’ajouter à cinq autres déjà confirmées dans le réseau.

Le gouvernement prévoit ainsi un investissement de 20 millions de dollars pour embaucher davantage de techniciens en éducation spécialisée, d’enseignants et de tuteurs. Cette mesure servira, selon le ministre, à faire du rattrapage, de la récupération, de l’aide aux devoirs, et tisser des liens entre les familles et les écoles [...] pour aider les jeunes à surmonter leurs difficultés.

Avec cette mesure-là, on va être capable d’augmenter les suivis individuels et d'aider les élèves qui peuvent avoir une difficulté d’apprentissage ou un trouble comme une dyslexie, de l’autisme, un déficit de l’attention ou de l’hyperactivité.

Jean-François Roberge, ministre de l’Éducation

Lors de la période de questions des journalistes sur place, le ministre a toutefois précisé que cette somme est ponctuelle pour l’année actuelle. Selon lui, cet argent neuf représenterait l’équivalent d’un ajout d’environ 350 personnes en temps complet, mais il sera plutôt utilisé pour bonifier les contrats des techniciens en éducation spécialisée qui auraient 10 ou 15 heures de travail.

Ça va leur permettre de donner plus de temps aux élèves qu’ils doivent accompagner et de suivre d’autres élèves, même, a-t-il dit.

Alléger la bureaucratie

Le ministre s’est également engagé à alléger la bureaucratie dans le réseau scolaire pendant les deux prochaines années.

Toutes les opérations administratives de validation des codes de difficultés seront annulées, a affirmé M. Roberge, assurant que le financement sera alloué a priori pour obtenir des services plus rapidement et les augmenter.

On vient de libérer plus de 560 000 heures de plus de services directs donnés par des professionnels aux élèves les plus vulnérables. Ça va faire une grande différence.

Jean-François Roberge, ministre de l’Éducation
1dab7c55379441df882718d25a30f5c1

Jean-François Roberge, député de Chambly, ministre de l’éducation, en conférence de presse.

Photo : Radio-Canada / Daniel Coulombe

La troisième initiative annoncée lundi par le ministre est le lancement d’une campagne d’information pour valoriser la fréquentation scolaire et le retour en classe.

M. Roberge tente ainsi de rassurer les parents inquiets pour la réussite scolaire de leurs enfants, notamment ceux qui éprouvent des difficultés d’apprentissage.

Deux Québécois sur trois se disent préoccupés par ces questions, selon un sondage CROP réalisé en ligne pour le compte de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ).

Ainsi, 92 % des participants au sondage estiment que le gouvernement devrait consacrer plus de moyens à aider ces élèves.

Des mesures qui s'ajoutent à d'autres mesures

M. Roberge a tenu à rappeler que ces nouvelles mesures s’ajoutent à cinq autres initiatives qui ont déjà annoncées dans le budget de mars dernier en prévision de la rentrée de septembre prochain.

En tout, on parle de plus de 100 millions de dollars de plus en services aux élèves, a-t-il précisé, dont 19 millions supplémentaires pour l’embauche de ressources professionnelles dans les écoles, 41 millions pour la bonification de l’offre des activités parascolaires, 10 millions pour contrer le décrochage scolaire et 7 autres millions pour l’aménagement de classes spécialisées pour les élèves qui en ont besoin.

Lundi dernier, le ministre Roberge avait déjà présenté un plan révisé pour la rentrée scolaire.

En vertu des nouvelles mesures, le port du masque sera obligatoire à partir de la cinquième année du primaire, et le concept de bulle a été élargi pour permettre aux enfants d'une même classe de se côtoyer de près.

Les partis d'opposition avaient déploré que le ministre n'aborde pas dans son plan la question du rattrapage, étant donné que l'année scolaire précédente a été amputée de quatre mois dans la plupart des cas. Avec les vacances estivales, six mois se sont ainsi écoulés depuis la dernière présence des enfants en classe, notamment dans la grande région de Montréal.

Des enfants gardent une bonne distance entre eux avant d'entrer dans une cour d'école.

Jean-François Roberge dit vouloir « aider les élèves qui peuvent avoir une difficulté d’apprentissage ou un trouble comme une dyslexie, de l’autisme, un déficit de l’attention ou de l’hyperactivité ».

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

« Des solutions temporaires », selon QS

Parmi les premières personnes à réagir à ces nouvelles annonces, Christine Labrie, porte-parole de Québec solidaire (QS) en matière d’éducation, a dénoncé la mise en place de « solutions temporaires ».

Ça a l’air beaucoup, mais c’est très peu, [l’ajout de] l’équivalent de 350 ressources à temps plein. On a plus de 400 écoles secondaires au Québec, plus de 1700 écoles primaires, donc imaginez-vous à quel point c’est un très faible ajout de ressources.

Christine Labrie, députée de Québec solidaire

En comparaison, l’Ontario a mis 80 millions pour des ressources humaines supplémentaires, donc on est quand même loin de ça ici, a-t-elle ajouté. Je ne pense pas que quelques heures de plus par-ci et par-là vont répondre aux besoins accrus des élèves cet automne.

Concernant allègement de la bureaucratie pour la validation des codes de difficultés, Mme Labrie déplore que cette mesure ne soit prévue que pour les deux prochaines années seulement.

Le PQ déplore le retard des annonces

Un peu plus tard, la porte-parole du Parti québécois (PQ) en matière d'éducation, Véronique Hivon, a quant à elle critiqué le retard de cette annonce, affirmant que le ministre Roberge est en mode rattrapage.

Il a beau patiner très fort, il va falloir qu’il ajoute de l’intensité [...] si on veut faire en sorte que tous les élèves puissent avoir l’éducation et les services auxquels ils ont droit.

Véronique Hivon, députée du PQ

Ça fait depuis le mois d’avril qu’on demande avec insistance [...] un plan de match de soutien pédagogique de rattrapage, a dit Mme Hivon. C’est inconcevable que ce soit à une semaine de la rentrée qu’on ait finalement un début de plan de match, mais mieux vaut tard que jamais.

Elle considère aussi que la somme de 20 millions de dollars annoncée ne suffira pas pour combler les besoins en ressources humaines dans le milieu scolaire, se demandant sur quelles données s’est appuyé le ministère pour déterminer ce chiffre.

« À peine 20 $ par enfant », selon le PLQ

Le Parti libéral du Québec (PLQ) a, lui aussi, critiqué la précarité des mesures annoncées par le ministre Roberge. Ça fait des années qu’on parle de pénurie d’enseignants, a réagi sur Twitter Marwah Rizqy, porte-parole du PLQ en matière d’éducation.

Le ministre de l’Éducation annonce 20 millions de dollars pour des ressources supplémentaires, mais seulement pour cette année. Donc encore des emplois précaires! Difficile, voire impossible de retenir des profs sans stabilité, écrit-elle.

20 millions de dollars pour plus d’un million d’enfants au Québec, c’est à peine 20 $ par enfant pour rattraper trois mois de retard.

Marwah Rizqy, députée libérale

Tout comme ses consœurs de QS et du PQ, Mme Rizqy a elle aussi salué les allègements administratifs, appelant à rendre cette mesure permanente tout en rappelant qu'elle s'inscrit dans une démarche de l'ancien ministre libéral de l'Éducation, Sébastien Proulx.

De son côté, Marc-Etienne Deslauriers, du Regroupement des comités de parents autonomes du Québec, a affirmé sur ICI RDI que ces allègements sont demandés par les parents depuis longtemps.

En temps normal, à la rentrée, ça peut prendre du temps avant que les enfants [en difficulté] ne puissent recevoir les services dont ils ont besoin, a-t-il dit. Là, évidemment, on est dans une situation exceptionnelle; on a besoin d’aider les jeunes dès leur arrivée à l’école, donc c’est une très bonne nouvelle.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !