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Bélarus : face aux manifestants, Loukachenko appelle Poutine à l’aide

Loukachenko rejette la médiation offerte par l'UE et préfère se tourner vers la Russie.

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Le président du Bélarus assis dans une salle de conférence.

Le reportage de Yasmine Khayat.

Photo : Reuters / MAXIM GUCHEK/BELTA

Radio-Canada

Des milliers de manifestants se sont rassemblés à nouveau, samedi à Minsk, dans la foulée d'une mobilisation croissante contre la réélection du président Alexandre Loukachenko, qui s'est entretenu avec son homologue et allié Vladimir Poutine.

Le président bélarusse a indiqué que Vladimir Poutine lui avait assuré une aide pour préserver la sécurité du Bélarus, après l'avoir alerté sur le fait que la contestation visait à déstabiliser l'ensemble de la région.

Nous nous sommes entendus avec lui [Vladimir Poutine]: Dès notre première demande, une aide complète sera fournie [par la Russie] pour assurer la sécurité du Bélarus, a affirmé M. Loukachenko, cité par l'agence publique Belta.

La Russie considère le Bélarus comme une zone-tampon stratégique face à l'OTAN et l'Union européenne.

Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo a déclaré, samedi, que les États-Unis étaient aussi en discussions avec l'Union européenne au sujet de la situation au Bélarus.

Alexandre Loukachenko a toutefois rejeté la possibilité d'une médiation étrangère, proposée notamment par la Pologne, la Lituanie et la Lettonie, membres de l'UE voisins du Bélarus.

Soulèvement et répressions

Dans l'après-midi, des milliers de personnes se sont réunies autour de la station de métro Pouchkinskaïa, à l'ouest de la capitale, pour rendre hommage à un homme ayant trouvé la mort à proximité lors d'une manifestation lundi dernier.

Non à la violence!, ont scandé les contestataires, certains faisant le V de la victoire, a constaté un journaliste de l'AFP.

Des gerbes de fleurs, décorées de rubans blancs et rouges, les couleurs de l'opposition, ont été déposées près d'un mémorial improvisé. Des manifestants sont aussi venus avec des photos montrant les blessures de personnes torturées lors de leur détention cette semaine.

Plus tôt dans la journée, plus de 700 personnes s'étaient réunies en silence autour du cercueil du manifestant décédé, dans un autre quartier de Minsk.

Tu n'es pas notre président, tu as bu le sang du peuple. Pars!, a lancé à l'AFP Janna, 50 ans, en pleurs, s'adressant à Alexandre Loukachenko.

Des manifestants brandissant des photos de citoyens blessés.

Des manifestants dénoncent l'usage excessif de la force par la police à Minsk.

Photo : Reuters / VASILY FEDOSENKO

Sa principale rivale à la présidentielle, Svetlana Tikhanovskaïa, réfugiée en Lituanie, avait appelé à des rassemblements pacifiques samedi et dimanche à travers le pays.

Tensions diplomatiques

Le rapprochement de l'Union de la Russie et du Bélarus n'apaise pas les craintes des manifestants.

Si la Russie se mêle de l'affaire, c'est que le président n'arrive plus à s'en sortir seul face au peuple. Il cherche de l'aide à l'Est.

Alexeï Linitch, un manifestant de 27 ans à Minsk

Plus tôt dans la journée, le président Loukachenko a dit faire face à une révolution de couleur — le nom donné à plusieurs soulèvements dans l'ex-URSS ces 20 dernières années — avec des éléments d'interférence extérieure.

Samedi, les États-Unis et Varsovie ont appelé Minsk au dialogue avec la société civile.

La veille, l'Union européenne avait ordonné des sanctions contre des responsables bélarusses liés à la répression ou à des fraudes électorales.

Des femmes avec des fleurs et les bras levés participent à une manifestation contre la violence à Minsk.

Les manifestants se sont rassemblés par centaines le long d'avenues à Minsk.

Photo : Reuters / Vasily Fedosenko

Depuis jeudi, la mobilisation s'est étendue au Bélarus : des chaînes humaines et rassemblements contre la violence et les fraudes ont fleuri dans le pays, tandis que des ouvriers d'usines emblématiques ont lancé des actions de solidarité et des débrayages.

Contrairement aux manifestations du début de semaine, violemment réprimées, ces actions se sont déroulées sans heurts et arrestations, les autorités bélarusses ayant donné des signes de recul.

Résultats contestés

Ces dernières ont ainsi annoncé la libération de plus de 2000 des 6700 personnes interpellées.

Le président Loukachenko a même appelé à une certaine retenue contre les protestataires, qu'il avait auparavant qualifiés de moutons.

Svetlana Tikhanovskaïa, qui revendique la victoire à la présidentielle du 9 août, a elle annoncé la création d'un comité pour organiser le transfert du pouvoir et appelé à un dialogue avec les autorités.

Le Bélarus est le théâtre d'une vague de protestation d'une ampleur inédite contre la réélection dimanche de M. Loukachenko, au pouvoir depuis 26 ans dans cette ex-république soviétique.

Sa victoire — officiellement avec 80 % des voix — a été perçue comme truquée alors qu'une immense mobilisation en faveur de sa rivale inattendue, Svetlana Tikhanovskaïa, a enflammé le Bélarus avant le scrutin.

Cette dernière, officiellement créditée de 10 % des voix, a dénoncé des fraudes massives.

Une femme regarde un policier lourdement armé.

Une femme affronte un policier lors d'une manifestation à Minsk.

Photo : Getty Images / SERGEI GAPON

Les quatre premières soirées de manifestations avaient été matées par les forces antiémeutes, faisant au moins deux morts et 150 blessés hospitalisés vendredi.

Des personnes libérées ont raconté à l'AFP des conditions de détention atroces. Privées d'eau, de nourriture et de sommeil, passées à tabac ou brûlées avec des cigarettes, elles étaient incarcérées par dizaines dans des cellules prévues pour quatre ou six.

De professeure à candidate

Novice en politique, Svetlana Tikhanovskaïa, 37 ans, professeure d'anglais de formation, a quitté le Bélarus après avoir subi des menaces du pouvoir, selon ses soutiens. Son mari, qu'elle avait remplacé dans la course à la présidence, est emprisonné depuis mai.

Le pouvoir bélarusse a reçu le soutien de Moscou qui a dénoncé des tentatives d'ingérence étrangère visant à déstabiliser le Bélarus, un allié historique de la Russie, malgré des tensions récurrentes entre les deux pays.

Le chef de l'État bélarusse avait notamment accusé la Russie de vouloir réduire son pays à l'état de vassal et de s'ingérer dans le scrutin du 9 août en faveur de ses adversaires.

Dans un geste d'apaisement, Minsk a renvoyé cette semaine en Russie 32 mercenaires accusés d'avoir voulu déstabiliser le Bélarus.

Alexandre Loukachenko, 65 ans, n'a jamais laissé aucune opposition s'ancrer. La précédente vague de contestation, en 2010, avait elle aussi été sévèrement réprimée.

Avec les informations de Reuters, et Agence France-Presse

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