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Embargo sur les armes : l'Iran jubile, Washington humilié à l'ONU

Le président iranien Hassan Rohani prononce un discours en mai 2020.

«Les États-Unis ont échoué dans cette conspiration, humiliés», a déclaré le président iranien Hassan Rohani.

Photo : Getty Images / -

Agence France-Presse

L'Iran a crié victoire samedi, après le rejet à une écrasante majorité par le Conseil de sécurité de l'ONU d'une résolution américaine visant à prolonger l'embargo sur les armes en Iran, une décision qui a déjà des répercussions sur l'accord nucléaire iranien : Donald Trump ne participera « probablement pas » au prochain sommet.

Le premier effet boomerang de cette décision ne s'est en effet pas fait attendre: le président américain a affirmé samedi qu'il ne participerait probablement pas au sommet des cinq membres permanents du Conseil de sécurité avec l'Iran proposé par son homologue russe Vladimir Poutine.

Je pense que nous allons attendre jusqu'à après l'élection, a affirmé M. Trump, interrogé sur son éventuelle participation à ce sommet.

Seuls deux des 15 membres du Conseil ont voté pour la résolution vendredi, mettant en exergue les divisions entre Washington et ses alliés européens depuis que le président Donald Trump s'est retiré unilatéralement de l'accord sur le nucléaire iranien en mai 2018.

Téhéran a raillé Washington pour son incapacité à obtenir plus qu'une seule voix de soutien, celle de la République dominicaine. Les alliés européens de Washington se sont tous abstenus.

Pour le président iranien, Hassan Rohani, les États-Unis n'ont pas réussi à mettre fin à ce qu'il a appelé l'accord à moitié vivant de 2015 avec les grandes puissances qui a permis à l'Iran d'échapper aux sanctions en échange d'une réduction de son programme nucléaire.

Les États-Unis ont échoué dans cette conspiration, humiliés [...] À mon avis, ce jour restera dans l'histoire de notre pays et dans l'histoire de la lutte contre l'arrogance mondiale.

Hassan Rohani, président iranien

Vers des sanctions unilatérales?

Pendant les 75 ans d'histoire des Nations unies, l'Amérique n'a jamais été aussi isolée, a renchéri le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Abbas Moussavi.

Malgré tous les voyages, pressions et colportages, les États-Unis n'ont pu mobiliser qu'un petit pays [pour voter] avec eux, a-t-il ajouté en référence aux efforts du chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, pour rallier des soutiens à la résolution américaine.

L'incapacité du Conseil de sécurité à agir de manière décisive pour défendre la paix et la sécurité internationales est inexcusable, a réagi M. Pompeo dans un communiqué.

Il a dénoncé une grave erreur : Je regrette que le monde entier ne se soit pas associé à la lutte contre le plus grand État sponsor du terrorisme pour s'assurer qu'il ne puisse pas avoir de systèmes d'armement présentant un risque, un risque pour le cœur de l'Europe.

Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a jugé scandaleuse la décision de ne pas renouveler l'embargo. Au lieu de s'opposer aux ventes d'armes, le Conseil de sécurité les encourage, a-t-il fustigé.

Le ministre de la Défense Benny Gantz a parlé de mauvaise décision.

Dans sa tentative incessante de se doter d'armes nucléaires et ses efforts d'alimenter la terreur et la violence, l'Iran nuit à la paix dans la région et dans le monde, a-t-il écrit sur Twitter.

La décision du Conseil devrait poser les jalons d'une longue épreuve de force avec des répercussions sur l'accord international conclu en 2015 pour empêcher Téhéran de se doter de l'arme nucléaire.

L'embargo sur les armes arrive à expiration le 18 octobre, selon les termes de la résolution entérinant cet accord.

Or, bien que Donald Trump ait retiré les États-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien, qu'il jugeait insuffisant, la diplomatie américaine menace désormais d'invoquer son statut de pays participant à ce même texte, issu de la résolution de 2015, pour imposer unilatéralement le rétablissement des sanctions de l'ONU qui avaient été levées en échange de l'engagement iranien à ne pas se doter de l'arme nucléaire.

Échange Trump-Macron

Une telle manœuvre, sur la base d'un argument juridique contesté par de nombreux membres du Conseil, y compris parmi les alliés européens de Washington, risquerait de pousser l'Iran à claquer définitivement la porte de l'accord nucléaire, dont il a déjà commencé à se désengager.

Et les États-Unis vont probablement essayer d'imposer unilatéralement un retour des sanctions de l'ONU, ce qui risque de plonger le Conseil dans l'une des pires crises diplomatiques de son histoire.

Les détracteurs de la démarche américaine soupçonnent l'administration Trump de vouloir justement parvenir à cette issue fatale avant la présidentielle de novembre aux États-Unis. Plusieurs pays pourtant a priori favorables à une prolongation de l'embargo, à l'instar des Européens, ont donc refusé de jouer le jeu américain.

La fin de l'embargo pourrait avoir de graves conséquences pour la sécurité et la stabilité régionales, a ainsi reconnu Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies.

Selon la Maison-Blanche, Donald Trump et son homologue français, Emmanuel Macron, ont évoqué vendredi, lors d'un entretien téléphonique, le besoin urgent d'une action de l'ONU pour prolonger l'embargo sur les armes en Iran.

Comprendre la crise nucléaire iranienne

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