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Les impacts réels de la grève au port de Montréal sur les entreprises

À ce jour, 90 000 conteneurs n’ont pu être traités au port de Montréal en raison du conflit de travail.

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Une manifestation des débardeurs sur le port de Montréal

Le reportage de Yasmine Khayat.

Photo : The Canadian Press / Ryan Remiorz

Le conflit de travail qui oppose les débardeurs à l'Association des employeurs maritimes et paralyse le port de Montréal depuis lundi a des répercussions qui se font durement sentir chez les transporteurs, importateurs et exportateurs.

La grève illimitée décrétée par les débardeurs oblige les lignes maritimes à passer par d'autres ports. Un détour qui entraîne un changement de logistique, des coûts supplémentaires et des retards dans la livraison.

Sophie Roux, vice-présidente des Affaires publiques de l'Administration portuaire de Montréal, explique que la grève générale illimitée touche les services de débardage des quatre terminaux à conteneurs internationaux du port.

Elle affecte également la manutention de vrac solide comme du sucre brut en provenance d’Amérique latine, du sel pour la voirie ou du minerai de fer par exemple.

À ce jour, Mme Roux précise que 90 000 conteneurs n’ont pu être traités au port de Montréal en raison du conflit, a-t-elle indiqué en entrevue à l’émission Le 15-18 sur les ondes d’ICI Première. Concrètement, près de 20 000 conteneurs sont bloqués sur les quais et 70 000 autres se trouvent sur des navires détournés vers d'autres ports.

La porte-parole fait remarquer que les importateurs et les exportateurs font face à des coûts supplémentaires de transport lorsque leurs conteneurs sont déchargés ailleurs.

Sophie Roux.

Sophie Roux est vice-présidente des Affaires publiques de l'Administration portuaire de Montréal.

Photo : Radio-Canada

Par exemple, les conteneurs détournés vers le port d'Halifax occasionnent un coût de transport terrestre additionnel qui varie entre 300 $ et 700 $ par boîte.

C’est un stress économique sur les importateurs et exportateurs qui ont connu un stress important au cours des cinq derniers mois avec la pandémie, insiste-t-elle.

Pour le vrac solide, elle indique que la livraison de 325 000 tonnes est en jeu au cours des prochaines semaines si le service ne reprend pas.

On n’est pas contents d’avoir ce conflit de travail au port. Il n’est jamais souhaitable que les navires soient détournés vers d’autres ports. On est conscients qu’il pourrait y avoir des impacts à moyen terme, déclare-t-elle.

Des emplois en jeu

Le port de Montréal génère 19 000 emplois directs et indirects. Environ 6300 entreprises desservent les activités portuaires. À lui seul, le secteur de la logistique et du transport engendre 120 000 emplois.

Un débardeur en grève, un bras au ciel, tient une pancarte qui revendique la conciliation travail-famille.

Le conflit porte essentiellement sur les horaires de travail, selon le syndicat SCFP.

Photo : Ivanoh Demers

C’est beaucoup d’emplois. C’est beaucoup de gens présentement qui fonctionnent au ralenti. Si cette grève devait se poursuivre encore longtemps — à notre sens cela ne peut pas durer longtemps —, il pourrait y avoir des mises à pied, prévient-elle.

Je parle au nom du port de Montréal, mais au nom de tous ses utilisateurs pour qui les impacts sont immédiats, pour qui les coûts des transports explosent. Je veux le répéter : lorsque les activités portuaires ne se déroulent pas bien, c'est un coup dur pour l'économie, avise-t-elle.

La vice-présidente aux Affaires publiques plaide pour une intervention d’Ottawa dans ce litige.

On comprend qu’il y a peut-être des différends entre l'Association des employeurs maritimes et le syndicat des débardeurs de Montréal. On pense que le gouvernement fédéral devrait intervenir pour faciliter la recherche d’une résolution qui serait satisfaisante des deux côtés, affirme-t-elle.

Une situation inquiétante

Le milieu des affaires interpelle également le gouvernement fédéral. François Vincent, vice-président pour le Québec de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), invite Ottawa à passer à l'action.

On pense qu'il est important que le gouvernement fédéral porte une attention particulière [à ce conflit de travail]. Il y a des étapes, il y a des éléments qu'il peut faire comme [nommer] un médiateur spécial ou de l'arbitrage, affirme-t-il.

François Vincent porte des écouteurs et est assis devant une bibliothèque.

François Vincent est vice-président pour le Québec de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante.

Photo : Radio-Canada

Une position que partage l’Association canadienne des constructeurs de véhicules. Selon Brian Kingston, PDG de l’Association, il est temps que le gouvernement fédéral incite fortement tous les partis à une résolution rapide.

Les arrêts de travail au port de Montréal ont de graves conséquences sur les chaînes d’approvisionnement automobiles intégrées au Canada et à travers l’Amérique du Nord, menaçant le rétablissement économique fragile de la production automobile canadienne , affirme-t-il.

La production automobile dépend de logistiques de chaînes d’approvisionnement efficace pour la livraison de pièces et de composantes. L’arrêt de travail du port de Montréal nécessite un réacheminement, ce qui alourdit les coûts de production de façon importante, ajoute-t-il.

Des travailleurs touchés

Le président de Valgui transport Christian Grothé indique que son entreprise de manutention a réussi à se maintenir à flot durant la pandémie, mais que la grève des débardeurs au port de Montréal complique sérieusement la situation.

Christian Grothé dit que l'activité de son entreprise a baissé de 30 % dernièrement. Les deux dernières semaines, depuis que le port est fermé, on le ressent. […] Encore une autre semaine et ça sera pire, lance-t-il.

L’entrepreneur souligne que le nombre d'heures de ses employés a fondu. Ils font beaucoup d'heures normalement, les chauffeurs. Maintenant, ils ne font pas beaucoup d'heures. Ils commencent plus tard et ils finissent plus tôt. Eux non plus ne trouvent pas cela drôle, relate-t-il.

Christian Grothé debout dans son entrepôt.

Christian Grothé est président de Valgui transport.

Photo : Radio-Canada

L’homme d’affaires explique que les conteneurs arrivent désormais par voie ferroviaire, et ce, au compte-gouttes. Ces temps-ci, on n’en reçoit pas beaucoup parce qu'ils entrent au Canadien National. Au CN, c'est une petite quantité et c'est plus long à avoir, parce que le CN est vraiment débordé, dit-il.

Habituellement, on compte une vingtaine de conteneurs sur le terrain de Valgui Transport en attente d'être déchargés ou convoyés vers le port. La grève des débardeurs a réduit la cadence.

Dans l'entrepôt de M. Grothé, des marchandises sont stockées et attendent de partir vers l'Europe. Une attente qui coûtera cher au client et à l'entreprise, assure-t-il. Ce n’était vraiment pas le moment, soupire l'homme d'affaires.

Les négociations entre l’AEM et ses débardeurs sont en cours depuis septembre 2018. Le conflit porte essentiellement sur les horaires de travail, selon le syndicat, qui souligne que ses membres travaillent actuellement 19 jours consécutifs sur 21, 365 jours par an, mis à part les jours fériés et ceux où le port est fermé.

L'Association des employeurs maritimes et le syndicat sont retournés à la table de négociations aujourd'hui pour essayer de trouver une issue à un conflit de travail dont les répercussions économiques se font déjà sentir.

Avec les informations de Yasmine Khayat

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