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Un jeune Sherbrookois s’enlève la vie faute de ressources en santé mentale

Alex Pazienza.

Alex Pazienza s'est enlevé la vie en octobre 2018 à l'âge de 21 ans.

Photo :  Facebook

Radio-Canada

Un Sherbrookois de 21 ans se serait suicidé en octobre 2018 à cause d'un manque de ressources en santé mentale au CIUSSS de l'Estrie-CHUS, d’après le rapport de la coroner Karine Spénard, dont Radio-Canada Estrie a obtenu copie.

Le jeune homme, Alex Pazienza, souffrait notamment d’un trouble du spectre de l’autisme suspecté ainsi que de dépression, révèle le rapport.

Le jeune homme, qui avait manifesté à quelques reprises des idées suicidaires, n’a pas reçu de diagnostic formel selon lequel il souffrait d’un trouble du spectre de l’autisme.

L’évaluation finale du psychologue que le jeune homme a consulté quelques mois, entre novembre 2017 et avril 2018, recommandait notamment qu’il entreprenne un suivi auprès de l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke, mais aussi auprès du Centre de réadaptation en déficience intellectuelle et en troubles envahissants du développement de l’Estrie.

Son dossier fermé à l’Hôtel-Dieu

La demande a bien été reçue à l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke le 30 mai 2018, mais le dossier a été fermé en raison du fait que la demande ne contenait pas d’évaluation en lien avec le trouble de spectre de l’autisme, peut-on lire dans le rapport de la coroner.

La coroner demande au CIUSSS de l'Estrie-CHUS d'améliorer ses façons de faire et de mieux concerter les organismes en santé mentale pour éviter que de tels drames se reproduisent. Dans son rapport, Karine Spénard compare la situation au principe des portes tournantes.

Alex Pazienza a formulé de nombreuses demandes d’aide, qui ne se sont pas toutes soldées par des réponses positives. Lorsqu’il a enfin reçu des services, il a été référé à d’autres organismes, qui ont fermé la porte à un suivi, le laissant donc sans soins et dans une situation stagnante, probablement invivable pour lui en raison de la détresse psychologique qu’il éprouvait, regrette-t-elle.

Pendant 20 mois, Alex a cherché de l’aide. [...] C’est à la grandeur du Québec qu’on ne prend pas les idées suicidaires au sérieux.

Maryel Bousquet, la mère d'Alex Pazienza

La mère du jeune homme, Maryel Bousquet, croit qu'un centre de crise spécialement dédié à des personnes qui ont un besoin urgent concernant leur santé mentale aurait pu sauver son fils.

Il aurait senti qu’il y avait une main tendue au lieu d’être sur des listes d’attente ou avec des gens qui ne comprenaient pas ce qu’il avait, croit-elle.

Par ailleurs, la députée solidaire de Sherbrooke, Christine Labrie, prône pour la création d’un centre de crise à Sherbrooke.

Des forums virtuels pouvant influencer des personnes vulnérables

Le jeune Sherbrookois aurait également fréquenté des forums en ligne qui peuvent influencer des personnes vulnérables à vouloir s'enlever la vie. Par ailleurs, plusieurs messages électroniques du jeune homme sur ces forums révèlent qu’il planifiait de s’enlever la vie depuis environ quatre mois et qu’il aurait discuté avec une personne qui voulait faire le même geste.

Des messages provenant de M. Pazienza datés du 30 septembre 2018 indiquaient aux autres membres du forum qu’il avait choisi de se suicider le lendemain, précise le rapport de la coroner.

Pour Sébastien Doyon, directeur adjoint du Centre de prévention du suicide JEVI Estrie, le rapport du coroner met en lumière la détresse que vivait le jeune Sherbrookois.

Ça parle aussi de certaines difficultés qui peuvent être présentes dans le cheminement de certaines demandes dans le réseau mais aussi de l’emprise que [les organismes] n’ont pas par rapport à ces plateformes qui vont véhiculer des messages par rapport au suicide, explique-t-il en entrevue.

Chaque suicide doit nous permettre de nous questionner, à savoir s’il y a des choses à améliorer.

Sébastien Doyon, directeur adjoint du Centre de prévention du suicide de l’Estrie (JEVI)

Aucun service n’est parfait

Même si, selon Sébastien Doyon, aucun service n’est parfait, cela ne doit pas décourager les personnes à aller chercher de l’aide. Parfois notre regard va changer [lorsqu’on est] en souffrance. On va avoir l’impression d’être dans une impasse alors qu’il existe des stratégies pour pouvoir s’en sortir, insiste-t-il.

Le son de cloche est le même du côté d’Autisme Estrie. C’est vraiment terrible comme histoire. S’il avait eu les services, on ne sait pas comment l’histoire se serait terminée. C’est important lorsque quelqu’un réussit à demander de l’aide, il faut absolument y répondre, croit Caroline Gelly, intervenante à Autisme Estrie.

Selon elle, le drame d’Alex Pazienza n’est pas un cas isolé. Ici, on travaille très fort pour éviter que ça se rende jusque là. On sort parfois de notre mandat pour leur donner le plus de services qu’on peut au-delà de notre capacité pour justement ne pas les laisser seuls et les échapper, poursuit l’intervenante.

Parfois les gens se sentent seuls et trop longtemps. Et, parfois, ils peuvent passer à l’acte.

Caroline Gelly, intervenante à Autisme Estrie

Une demande en hausse

D’après Caroline Gelly, la demande dans le domaine de la santé mentale est en hausse dans la région. Il y a de plus en plus de personnes autistes diagnostiquées à l’âge adulte et le service n’est pas suffisant, constate-t-elle.

Une personne en détresse qui pense être autiste ou qui l’est, si elle cogne à la porte de l’accueil psychosocial, elle va être inscrite sur une liste d’attente [...] et ça peut prendre entre un et trois ans avant d’obtenir les services. Alors, imaginez lorsque quelqu’un est en détresse, s’inquiète-t-elle.

Dans un courriel, la direction du CIUSSS de l'Estrie-CHUS dit avoir pris note du rapport du coroner et avoir analysé les faits et les recommandations adressées. Des démarches sont en cours auprès des équipes concernées afin que ces recommandations soient mises en place dans les meilleurs délais, indique-t-on.

La direction et les équipes ont à cœur d'offrir des services sécuritaires et de qualité à la population et prennent très au sérieux toute amélioration qui doit être apportée dans l’accessibilité et la qualité des soins et services, poursuit-on, dans le courriel.

Avec les informations de Marie-Hélène Rousseau et Jean Arel

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Ligne québécoise de prévention du suicide : 1 866 APPELLE (277-3553).

Ce service est disponible partout au Québec, 7 jours sur 7, 24 heures sur 24.

Des outils sont aussi proposés aux Québécois sur le site commentparlerdusuicide.com (Nouvelle fenêtre)

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