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Envoyé spécial

Beyrouth, ville meurtrie

Les explosions du port de Beyrouth ont exacerbé les mauvaises conditions de vie des Libanais déjà éprouvés par une grave crise économique.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Des Libanais font la fil devant une agence de Western Union à Beyrouth

Le reportage de notre envoyé spécial à Beyrouth Philippe Leblanc

Photo : Radio-Canada

Philippe Leblanc

Des manifestants libanais continuent de crier leur indignation chaque jour dans les rues de Beyrouth, une semaine après les explosions.

Les tentes d’organismes d’aide humanitaire sont plantées aux quatre coins de la ville et le nettoyage se poursuit.

Beyrouth, meurtrie, souffrait déjà d'une hausse historique du coût de la vie et de la dévaluation sans précédent de sa monnaie, la livre libanaise.

Bassam Khaoury parle au téléphone pour passer le temps. Son marché de Beyrouth, un genre de dépanneur, était souvent désert même avant les explosions. Les ventes ont chuté de 60 % depuis l'automne dernier. Les clients se font rares et ils n'achètent plus que de l'eau et des cigarettes.

Vous voyez ces biscuits Oreo, explique-t-il, ils étaient à 500 livres libanaises (43 ¢). Maintenant ils sont à 2500 (2,19 $). Ça a bien augmenté. C’est cinq fois plus cher.

Les gens n'achètent plus. Il n'y a seulement que les riches qui achètent maintenant.

Bassam Khaoury, commerçant

Le Liban importe 80 % de sa nourriture et l'achète en dollars américains. Avec la dépréciation de la livre libanaise, tout coûte maintenant de quatre à cinq fois plus cher.

Un homme dans son commerce

Dans les marchés, les clients se font rares et n'achètent plus que de l'eau et des cigarettes, selon un commerçant de Beyrouth.

Photo : Radio-Canada

Des choix s'imposent pour tous les Libanais, même les plus fortunés, constate la pharmacienne Carole Boustany, dans le commerce voisin du marché de Bassam.

Hier, j'ai été acheté de la viande, dit-elle. Et moi, je me considère assez à l'aise par rapport à d'autres gens. Je voulais acheter un kilo et demi et j'ai acheté un demi-kilo à cause du prix. Et moi, je peux dire j'achète de la viande. Il y en a d'autres qui n'en achètent plus du tout.

Dans l’attente de l’aide des proches de l’étranger

Un peu plus loin sur la même artère, en mi-journée, la file est encore longue devant une succursale de Western Union à Beyrouth. Pour survivre, de nombreux Libanais se tournent maintenant vers l'étranger. Ils dépendent de l'argent que des proches vivant au Canada ou aux États-Unis leur envoient pour aider à traverser la crise économique.

Les files sont telles pour obtenir ces transferts internationaux que cette succursale de Western Union doit limiter à 250 le nombre de clients qu'elle sert par jour.

Je n’ai pas d’autres choix pour obtenir cet argent, je dois venir ici et il y a toujours de longues files, affirme Mohammad Attallay devant le commerce.

Déçu et fâché, il doit repartir les mains vides pour une troisième journée de suite. Il n'a pas réussi à être des 250 clients servis et il n'a donc pas pu obtenir les 1000 $ US envoyés par son frère médecin au New Jersey. Il devra revenir demain et peut-être même le surlendemain, craint-il.

Je n'ai pas confiance que la vie s'améliorera au Liban même si le gouvernement a démissionné. Tous les politiciens sont semblables ici. Nous sommes responsables en tant que peuple libanais de nos malheurs, car nous avons fait confiance à ces gens.

Mohammad Attallay

Dans les rues de Beyrouth, on peut voir un peu partout des portes d'acier devant des commerces fermés, victimes de la crise.

L'économie du pays est minée par des décennies de dépenses exagérées et de corruption. La dette publique libanaise avoisine les 175 % du PIB, un taux semblable à celui de la Grèce lors de la crise en Europe, un des pires de la planète.

Le drame de trop pour un peuple éprouvé

Un homme fumant une cigarette dans une rue de Beyrouth

Bien avant l'explosion meurtrière, Beyrouth souffrait d'une hausse historique du coût de la vie.

Photo : Radio-Canada

De retour au marché de Bassam, un client entre et demande un billet de loto. C'est son dernier espoir : remporter la loterie pour quitter cette vie.

J’achète un billet de loto régulièrement depuis 30 ans, dit Hisham Dalleh. Je rêve de remporter le gros lot pour pouvoir emmener ma famille au Canada. J’ai des proches qui y vivent et ils me disent souvent que le gouvernement respecte ses citoyens.

La poétesse libanaise Nadia Tuéni a écrit que Beyrouth est mille fois morte et a mille fois revécu. Après la double explosion meurtrière, elle devra renaître dans un pays au bord du gouffre économique.

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