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Bilan positif du soutien aux entrepreneurs, du moins jusqu'à maintenant

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Une caisse dans le magasin.

Le reportage de Marie-Claude Morin.

Photo : Radio-Canada

La Ville de Montréal dresse un portrait plutôt positif des mesures d'aide financière mises en place pour aider les entrepreneurs pendant la pandémie de COVID-19, tout en reconnaissant que les prochains mois seront déterminants pour ceux-ci.

La grande majorité des commerces montréalais survivent pour l'instant à la pandémie même si elle a durement affecté leurs ventes. L'administration Plante juge avoir réussi à bien soutenir les entreprises de la métropole.

Le responsable du développement économique au comité exécutif de la Ville de Montréal, Luc Rabouin, est catégorique : les divers programmes ont contribué à sauver des entreprises de la faillite.

Il y a des gens qui auraient fermé [leurs portes] et il y a des gens pour qui cela leur permet juste de prolonger et d’espérer de pouvoir passer à travers la crise, déclare-t-il.

Luc Rabouin le clame haut et fort : la pandémie a ébranlé la vie des citoyens et elle a bouleversé sérieusement l’économie montréalaise. Selon lui, l’administration Plante devait intervenir. La Ville joue un rôle mobilisateur, soutient-il.

L'aide financière de la Ville et du gouvernement du Québec a permis d'injecter des ressources pour aider les commerçants à juste se garder la tête hors de l'eau.

Luc Rabouin, responsable du développement économique au comité exécutif de la Ville de Montréal

Il dit ne pas détenir de statistiques concernant le nombre d’entreprises qui ont cessé leurs activités. Toutefois, il assure que la métropole a évité le pire. Jusqu’à maintenant, l’hécatombe annoncée n’est pas arrivée, mais cela ne veut pas dire qu’on est sortis du bois, prévient-il.

Préparer la relance

M. Rabouin considère que la situation à Montréal demeure extrêmement difficile. Il souligne que les commerces de détail de la métropole ont rouvert plus tardivement que ceux situés dans d’autres régions de la province, alors que les bars et restaurants eux ont repris leurs activités il n’y a que quelques semaines avec une capacité réduite.

Luc Rabouin parle sur le trottoir.

Luc Rabouin est responsable du développement économique au comité exécutif de la Ville de Montréal.

Photo : Radio-Canada

Maintenant, le défi est de voir si les ventes réalisées depuis le 25 mai sont au rendez-vous pour permettre aux commerçants de continuer avec une perspective positive à l'automne, indique-t-il, spécifiant qu'il faudra attendre l'automne pour connaître les impacts réels de la pandémie sur les commerces.

Les entreprises ne sont pas encore au bout de leurs peines, car après le choc du confinement elles doivent préparer la relance. La Ville sera là pour les entrepreneurs, assure le directeur.

On reste dans une situation très critique. Donc, on a des mesures qu'on va annoncer très prochainement pour stabiliser la situation et assurer la relance, promet-il.

Les discussions hebdomadaires que Luc Rabouin a avec les sociétés de développement commercial de la cité lui permettent de dire que ça bouge à Montréal. On ne note pas d’augmentation de locaux vacants. Il y a des gens qui quittent, puis il y a des gens qui arrivent. Paradoxalement, il y a des locaux qui se louent en ce moment, fait-il remarquer.

Le 1er septembre les entreprises devront payer leur impôt foncier. On ne peut pas le repousser éternellement. La Ville a aussi ses propres enjeux financiers, insiste-t-il.

De l’aide encore disponible

Le responsable du développement économique a procédé à une mise à jour de l’aide financière fournie aux entrepreneurs de la métropole.

D’abord, il a indiqué qu’à ce jour, 80 % du fonds de 40 M$ en prêts à taux avantageux du gouvernement du Québec pour les entreprises montréalaises a été octroyé. Ainsi, 32 M$ ont été investis dans 900 entreprises montréalaises, dont 300 commerces.

Ce programme permet aux entrepreneurs d’obtenir un prêt pouvant aller jusqu’à 50 000 $ à un taux d’intérêt réduit de 3 % et un congé de paiement de six mois. Ces prêts sont disponibles par l'entremise du réseau PME Montréal, qui offre également de l’accompagnement.

Des clients assis sur la terrasse du Dépanneur Café.

Le Dépanneur Café a perdu un peu plus de la moitié de ses revenus durant la pandémie.

Photo : Radio-Canada

Luc Rabouin souligne que la Ville a conclu une entente avec le gouvernement du Québec pour ajouter 20 M$ supplémentaires au fonds : On sait que le 40 M$ ne sera pas suffisant. Autrement dit, il reste 28 M$ encore disponibles dans le fonds.

De plus, M. Rabouin a mentionné que le gouvernement fédéral a annoncé récemment une enveloppe de 30 M$ réservée aux prêts aux petites entreprises. L’argent est également disponible auprès de PME Montréal.

Ensuite, il a rappelé que l’administration Plante avait mis sur pied un programme de subventions parce que les commerçants ont une capacité limitée de s’endetter.

Issu du Fonds de consolidation des activités commerciales, le programme d’une valeur de 3 M$ permet aux entreprises d’obtenir un soutien financier de 10 000 $. En quelques semaines, 82 commerces en ont bénéficié, ce qui représente moins d’un million de dollars. Du coup, il reste encore 2 M$ à distribuer.

Si vous avez besoin d’aide – on sait que la crise n’est pas terminée –, il y a encore des sommes disponibles, avise M. Rabouin.

Plusieurs dossiers sont en cours d’analyse en ce moment. On pense que le montant va être épuisé bien avant la fin du mois de septembre, dit-il.

Un problème de communication

Le porte-parole de l’Opposition officielle en matière de développement économique à l’Hôtel de Ville, Aref Salem, s’explique mal pourquoi seulement 82 entreprises montréalaises ont reçu des subventions jusqu'à présent, alors qu’il en existe des milliers à Montréal. Selon lui, la réponse tient à un problème de diffusion de l’information.

Aref Salem devant une carte de la ville de Montréal.

Aref Salem est porte-parole de l’Opposition officielle en matière de développement économique.

Photo : Radio-Canada / Benoît Chapdelaine

Aref Salem considère que la Ville n’a pas réussi à transmettre son message à l’ensemble des entreprises de la métropole. On aurait dû envoyer les commissaires au développement économique de la Ville dans les SDC (sociétés de développement commercial) pour les informer, pour que les gens puissent savoir, dit-il.

Le conseiller municipal craint que des barrières pour accéder aux subventions – comme l’obligation de fournir des états financiers récents par exemple – et une lourdeur administrative ne découragent les entrepreneurs à y adhérer. Il signale que les propriétaires de petites entreprises, qui en ont beaucoup sur les épaules en ces temps incertains, ne savent pas toujours comment appliquer à ces programmes.

Il accuse la Ville de travailler plus en aval qu’en amont. Elle attend les commerçants au lieu d’aller les chercher, déplore-t-il. Le porte-parole presse la municipalité à prolonger les programmes jusqu’à la fin de l’année pour s’assurer que la totalité des fonds ait été distribuée.

Des programmes bien accueillis

L'Association des sociétés de développement commercial de Montréal se réjouit des subventions accordées par la Ville. La directrice générale Caroline Tessier rappelle toutefois que cela ne suffit pas pour maintenir une santé financière.

Caroline Tessier debout devant la vitrine d'une boutique.

Caroline Tessier est la directrice générale de l'Association des sociétés de développement commercial de Montréal.

Photo : Radio-Canada

C'est important de rappeler que la meilleure subvention qu'il y a, c'est celle qui provient d'un client qui va chez un commerçant. Oui, la Ville a son rôle à jouer, mais nous aussi comme consommateur, autant que le gouvernement du Québec et le gouvernement fédéral.

Caroline Tessier, directrice générale de l'Association des sociétés de développement commercial de Montréal

Caroline Tessier dit apprécier les efforts déployés par l’administration municipale pour venir en aide aux entrepreneurs. Je pense que la Ville de Montréal a tenté par tous les moyens d'aller chercher le plus pour les commerçants à Montréal, mais il y a des limites, évidemment, au chapitre des liquidités, soutient-elle.

Mme Tessier fait remarquer que la municipalité adapte sa position au fil des semaines, une attitude qu’elle salue au passage. Lorsqu'on met en place des solutions, lorsqu'on essaie, qu'on tente, c'est sûr que ce n'est pas toujours fait de la meilleure façon [dès le départ]. Parce qu'on ne prend pas le temps de consulter adéquatement les gens. Je pense que les gens s'attendent à de la réaction. Ce que je vois de la Ville à ce jour, c'est qu'elle s'ajuste, constate-t-elle.

De son côté, la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI) félicite aussi la municipalité pour son leadership dans l'aide aux commerçants pendant le ralentissement économique.

La Ville de Montréal a vraiment été un leader en termes de gestion de crise [...] pendant la pandémie. D’emblée, elle a été rapide à mettre en place des programmes de prêts. Ensuite, elle a mis un programme de subventions directes. C’est un des rares programmes qu’on ait au Québec, estime Gopinath Jeyabalaratnam, analyste principal des politiques à la FCEI.

Autres mesures proposées pour soutenir les commerçants

  • Report taxe foncière de trois mois
  • Ligne d’info pour entrepreneurs
  • Accompagnement pour le virage numérique des commerces
  • Service de livraison urbaine mutualisée
  • Soutien pour aménagement physique des commerces
  • Soutien financier de 500 000 $ promouvoir l’achat local

Des commerçants soutenus

Le Dépanneur Café a perdu un peu plus de la moitié de ses revenus durant la pandémie. L’ouverture récente de la terrasse sur la voie publique a amélioré les choses.

Dhirar Mouhli est debout sur le trottoir devant son commerce.

Dhirar Mouhli est copropriétaire du Dépanneur Café.

Photo : Radio-Canada

On a eu l'autorisation il y a deux ou trois semaines et on voit bien la différence. Il y a beaucoup plus d'achalandage, la rue est beaucoup plus animée. On est super contents, opine Dhirar Mouhli, copropriétaire. J’ai observé une augmentation de 10 à 15 % du chiffre d’affaires par jour. C’est pour ça que je suis très enthousiaste et très content, note-t-il .

Le restaurateur a aussi apprécié le report de trois mois des taxes municipales. Ça nous a beaucoup aidés pour garder un peu de fonds pour le roulement de l'entreprise, confie-t-il.

Pour sa part, Maud Gaudreau, présidente fondatrice de la chocolaterie État de choc, estime que le soutien financier dont elle a bénéficié lui a permis de garder la tête hors de l’eau. C’est un baume, ça nous a aidés beaucoup. Si les commerçants peuvent y avoir droit, allez-y, lance-t-elle.

Les commerçants espèrent que cette bouffée d’oxygène ne sera pas suivie par des mesures d’austérité. Daniel Beaupré, copropriétaire de la boutique Courir Montréal, a un souhait : Est-ce que pour l’année 2021, au lieu de parler d’augmenter la taxation, est-ce qu’il peut y avoir un statu quo là-dessus? Ça serait bien apprécié.

Daniel Beaupré dans son commerce devant un étalage de sandales.

Daniel Beaupré est copropriétaire de la boutique Courir Montréal.

Photo : Radio-Canada

Parfois, les clients sont au rendez-vous, mais il n'y a pas suffisamment d'employés sur place comme à la fruiterie Milano près du marché Jean-Talon. Le propriétaire Mario Zaurrinni dit avoir perdu une trentaine d'employés durant la pandémie, surtout à cause de la Prestation canadienne d’urgence, selon lui.

On essaie de réengager. Les jeunes reçoivent de l'argent à ne rien faire. Ils ont 1200 $, 2000 $ par mois à ne rien faire. Un jour, il va falloir qu'ils en paient une partie. Pour l'instant, avec l'été et le beau temps, les jeunes se disent "on va rester à la maison". Mais, nous on manque de personnel, déplore-t-il.

Avec les informations de Benoit Chapdelaine et de Marie-Claude Morin

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