•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des résidents s'inquiètent pour le caractère patrimonial du Vieux-Terrebonne

Certains projets immobiliers s'harmonisent mal avec le cadre bâti, affirment-ils.

Deux couples sont assis à une terrasse devant le barrage de déversoir de l'île des Moulins.

L'Île-des-Moulins et ses bâtiments patrimoniaux sont classés au Registre du patrimoine culturel du Québec.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Ginette Laverrière a perdu ce qu'elle appelle son « coin de paradis ».

La maison voisine de la sienne, dans le Vieux-Terrebonne, a été rachetée l'an dernier par un promoteur immobilier, qui a entrepris de l'agrandir jusqu'aux limites de son terrain – des travaux conformes à la réglementation municipale, qui ne prévoit pas de marge minimale.

Mme Laverrière admet avoir signé un formulaire où elle confirme avoir pris connaissance des détails du projet de Construction Vilan et ne pas s'y opposer. Elle s'en mord les doigts.

Tous les matins, ça recommence : j'ouvre le rideau de ma chambre, je suis encore là-dedans; je descends en bas, je suis dedans tout le temps, regrette-t-elle. Ça n'a pas de bon sens. Et je ne sais pas quoi faire. Au bout de la ligne, je vais être obligée d'endurer ça jusqu'à la fin de mes jours.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
La vue de la fenêtre donne directement sur le bâtiment en construction à l'arrière de la résidence de Mme Laverrière.

Tensions dans le Vieux-Terrebonne

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le même promoteur a obtenu le mois dernier une dérogation de la Ville pour construire un bâtiment moderne sur la rue la plus pittoresque du quartier : la rue Saint-François-Xavier. La voisine, une chocolatière, est dépitée de voir que sa terrasse sera maintenant coincée entre deux bâtiments.

Ça va être une autre dynamique, se dit Amélie Villeneuve, résignée. On va essayer de faire avec. On n'a pas le choix. C'est ce que la Ville nous impose.

Mme Villeneuve fait la moue.

Amélie Villeneuve est désemparée. Jusqu'à tout récemment, la terrasse de sa chocolaterie était bordée par celle du restaurant Le Folichon, qui a fermé ses portes. Cette terrasse sera bientôt remplacée par un bâtiment à deux étages.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Propriétaire du Divin Tandem, Amélie Villeneuve fait partie d'un groupe de citoyens et de commerçants inquiets pour l'avenir du quartier. Formé récemment, ce groupe demande à la Municipalité de faire plus d'efforts pour préserver le caractère patrimonial du Vieux-Terrebonne.

Nous, ce qu'on espère, dans le fond, c'est que dans 5 ans, 10 ans, 25 ans, ce soit encore agréable de vivre dans le Vieux-Terrebonne et de visiter le Vieux-Terrebonne, explique Jean-François Di Pietro, membre du groupe Protection du patrimoine architectural du Vieux-Terrebonne.

M. Di Petro prend la pause devant la maison.

M. Di Pietro devant la maison Bélisle, l'une des trois maisons inscrites au Registre du patrimoine culturel du Québec dans le Vieux-Terrebonne, dans la rue Saint-François-Xavier.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

L'inquiétude qui apparaît, c'est que si on vient ici pour visiter un quartier qui est composé de tours à condos, c'est beaucoup moins intéressant, explique-t-il.

Une assemblée courue

Les membres du groupe ont pris la parole mercredi soir lors d'une consultation publique sur la révision du règlement de zonage du quartier.

Ils ont notamment soulevé des inquiétudes sur l'absence de marges minimales, qui serait maintenue dans la nouvelle réglementation, sur la hauteur maximale des constructions à venir ainsi que sur la préservation des espaces verts et du couvert arborescent.

L'absence du maire Marc-André Plante a été remarquée. Il a également décliné notre demande d'entrevue.

Le représentant de son équipe a tenté de se faire rassurant. Rien dans ce projet de règlement ne vient bouleverser l'ADN du Vieux-Terrebonne, a assuré Réal Leclerc, président du comité consultatif d'urbanisme et conseiller du district 4.

Le directeur de l'urbanisme durable, Michel Larue, a toutefois reconnu que le quartier faisait l'objet de nombreuses convoitises.

On a effectivement beaucoup de constructeurs qui sont attirés par le Vieux-Terrebonne, et ils viennent effectivement nous défier de façon continuelle en déposant des dossiers [et] en les amenant devant nos comités, a-t-il expliqué lors de la consultation, à laquelle une centaine de personnes ont participé.

Un marché immobilier frénétique

Les exemples ne manquent pas, ces jours-ci, pour illustrer l'attractivité du Vieux-Terrebonne.

Sur le chemin Saint-Louis, par exemple, une propriété est à vendre pour 1,2 million de dollars. Sur Centris, on précise qu'il serait également possible d'acheter le terrain voisin pour y construire des triplex et des maisons de prestige à trois étages.

Une pancarte indique que le terrain de 79 500 pieds carrés est à vendre « pour multiplex et/ou condo ».

Le 1189 rue Saint-Louis est bordé d'un vaste terrain inoccupé. Mais pour combien de temps encore?

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

À vendre, également, pour entrepreneur seulement : une maison de la rue Saint-François-Xavier, construite en 1823, derrière laquelle il serait possible, précise-t-on sur sa devanture, de construire trois unités de logement, en plein cœur du Vieux-Terrebonne.

André Fontaine.

André Fontaine est conseiller du district 12 depuis 2013. Il siège comme indépendant.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le conseiller du district, André Fontaine, est préoccupé. Oui, la densification, on comprend que ça en prend, acquiesce-t-il. Mais dans le secteur historique du quartier, on ne peut pas faire de la densification à outrance sans tenir compte du facteur patrimonial, du facteur humain, du facteur environnemental.

Le bâtiment au design hétérogène est fait de plusieurs matériaux différents.

L'architecture des Cours Vieux-Terrebonne ne fait pas l'unanimité dans le quartier. Mais le bâtiment a été porté aux nues par les connaisseurs.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Cela dit, il arrive, selon lui, que certains projets audacieux réussissent là où d'autres ont échoué. Les Cours Vieux-Terrebonne, par exemple, ont été encensés par Dwell, un prestigieux magazine d'architecture. Son promoteur, Philippe Lemieux, développe plusieurs projets dans le quartier.

M. Lemieux devant une maison en réparation.

M. Lemieux a entrepris de rénover cette vieille maison de la rue Laurier. Elle sera mise en location une fois les travaux terminés.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Ça prend du courage [...] pour développer, pour rénover ou encore pour construire à neuf un bâtiment dans le Vieux-Terrebonne, explique-t-il, évoquant les pressions sociales du quartier [et] des citoyens.

Moi, je demeure ici, mes enfants vont à l'école de quartier, je marche le soir dans le quartier... Donc je m'assure que ce que je fais, ce soit respectueux de mes concitoyens, de mes voisins.

Philippe Lemieux, promoteur immobilier

Le Vieux-Terrebonne, c'est aussi et surtout l'Île-des-Moulins, inscrite au Registre du patrimoine culturel du Québec, tout comme la maison Bélisle, qui date d'avant la Conquête de 1759-1760. Ce statut les protège.

Quant aux autres bâtiments à caractère patrimonial du Vieux-Terrebonne, la Ville assure que le nouveau règlement de zonage reflétera l'âme et l'esprit du quartier. Les citoyens jugeront; plusieurs d'entre eux souhaitent surtout qu'il permette d'éviter les dérives immobilières appréhendées.

Mme Laverrière sur son terrain, devant le bâtiment en construction juste derrière chez elle.

Mme Laverrière a envisagé de vendre sa maison. Mais elle a finalement décidé d'y rester. « Je vais rester chez nous, dit-elle. Parce que je suis chez nous. Mais là, je ne sais pas trop comment faire après ça. »

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

J'espère que les démarches qui se font là vont aider les autres, dit Ginette Laverrière en soupirant.

Commentaires fermés

L’espace commentaires est fermé. Considérant la nature sensible ou légale de certains contenus, nous nous réservons le droit de désactiver les commentaires. Vous pouvez consulter nos conditions d’utilisation.