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Les femmes noires, souvent travailleuses de la santé de mère en fille

Une femme masquée marche dans l'arrondissement de Montréal-Nord.

À Montréal-Nord, la COVID-19 a trouvé un terreau fertile. Pas surprenant quand on sait qu'une femme noire sur trois travaille en santé et que pour les Haïtiennes, c'est une sur deux.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

De mère en fille, on travaille souvent dans le même secteur lorsqu’on est Noire au Canada. Et ce secteur, c’est celui de la santé, constate-t-on dans une étude de Statistique Canada publiée jeudi et basée sur les chiffres des trois plus récents recensements.

Le constat est d’autant plus intéressant en ces temps pandémiques, souligne Émilie Nicolas, doctorante en anthropologie et cofondatrice et présidente de Québec inclusif. Le pourcentage de femmes noires qui travaillent en santé est énorme, lance-t-elle.

Au plus fort de la pandémie, fin avril, Montréal-Nord, un des quartiers les plus pauvres du Canada, est devenu celui où l'on trouvait le plus de cas de COVID-19 au Québec. Si on avait fait le lien avec son profil socioéconomique, on peut maintenant le faire avec les emplois qu’occupent ses résidents.

Une femme noire sur trois travaille dans le secteur de la santé au Canada, indique l’étude. Chez les Haïtiennes, c’est une sur deux.

On n’apprend rien de nouveau avec cette étude, mais c’est l’occasion de faire le lien avec l’actualité, car Montréal-Nord est un des quartiers les plus noirs du pays, fait remarquer Mme Nicolas.

L’universitaire et chroniqueuse insiste sur deux autres points. D’abord, ce ne sont pas que les immigrantes de première génération qui travaillent en santé. Leurs filles aussi, et même leurs petites-filles. Ensuite, la perception que les Noirs viennent d’ailleurs est erronée.

Si tu dois deviner d’où vient un Noir qui habite au Canada, ta meilleure chance c’est de répondre le Canada.

Émilie Nicolas, doctorante en anthropologie et cofondatrice et présidente de Québec inclusif

C’est que, d’un côté, les pays d’où émigrent les Noirs vers le Canada se sont largement diversifiés au cours des années, et de l’autre, la majorité des Noirs vivant au Canada y sont nés.

Mme Nicolas souligne un troisième chiffre d’intérêt : le salaire annuel médian des Noirs de première génération est sensiblement le même que celui de la deuxième et de la troisième génération. Ça, c’est clairement l’impact du racisme systémique. Ça veut dire que même si la deuxième génération est plus diplômée, elle gagne toujours bien moins que ce que les Blancs gagnent, assène-t-elle.

Un portrait général qui n’explique pas tout

L’étude intitulée Évolution de la situation socioéconomique de la population noire au Canada permet de faire quelques autres constats.

Les hommes noirs gagnent moins que les hommes blancs, par exemple, et leur taux d’emploi est plus bas. Et contrairement aux autres immigrants, qui arrivent au Canada grâce au programme d’immigration économique, les Noirs le font principalement grâce au programme de la réunification familiale.

C'est un portrait très général et très factuel qui n'explique pas tout, remarque pour sa part André Jacob, un universitaire qui a travaillé dans de nombreux pays et qui a coordonné l’Observatoire international sur le racisme et les discriminations durant quelques années.

D’accord, ils ont un plus faible revenu. Mais pourquoi? C'est trop facile de dire que c'est en raison du racisme et de la discrimination, lance celui qui a conseillé une quantité importante d’immigrants.

J'ai observé que les difficultés d'intégration viennent de différences culturelles, comme les codes de communication dans les lieux de travail, les consignes, les exigences de performance, les relations avec la hiérarchie, la façon de former les gens.

André Jacob, professeur retraité de l’École de travail social de l’UQAM

Encore plus que les Haïtiens, ajoute-t-il, les Africains qui immigrent au Canada font face au phénomène qui guette tout immigrant : la déqualification.

Bien souvent, ils ne vont pas pratiquer leur métier ici. Pour différentes raisons, comme des exigences techniques ou la rigidité des ordres professionnels, explique M. Jacob.

Il donne l’exemple d’une femme qu’il a connue lors d’un contrat de consultation en 2018. Une Sénégalaise détentrice d’une maîtrise et qui était journaliste dans son pays. Ici, elle travaillait à l’usine. Elle avait un revenu moins élevé, elle a eu des difficultés à s’adapter à son nouveau travail, et on peut ajouter à ça un certain niveau de discrimination.

Tout ça pour dire que la déqualification est un facteur déterminant sur la situation socioéconomique des gens et qu’elle a des effets sur l'intégration et l'adaptation.

Il ne faut pas perdre de vue que de multiples facteurs ont une influence sur l'intégration sociale, économique et culturelle des immigrants : leur capacité d'adaptation autant à la vie sociale qu’à la réalisation professionnelle ou les problèmes de langue, par exemple.

Le marché de l'emploi est une course à obstacles, illustre-t-il. Ce n’est pas parce qu’on te choisit comme ingénieur que tu vas te trouver un emploi là-dedans. Ce n’est pas de même que ça marche!

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