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La pénurie de foin crée « une inquiétude collective » chez les fermiers ontariens

Une machine qui coupe du foin

La première coupe de foin de cette année n'a pas été bonne dans plusieurs régions de l'Ontario en raison du printemps tardif et de la sécheresse qui a suivi, selon de nombreux producteurs. Il y a eu toutefois des exceptions comme à Hearst où la récolte a été bonne.

Photo : Courtoisie Daniel Hamann

Des fermiers et producteurs agricoles ontariens s’inquiètent fortement de la pénurie de foin que connaissent plusieurs régions de la province cette année. Le printemps tardif ainsi que la sécheresse, déplorent-ils, sont venus s’ajouter à une gamme de problèmes auxquels ils étaient déjà confrontés comme la chute de revenus engendrée par la surcharge des abattoirs.

Selon le président de l’Association des producteurs de foin de Nipissing Ouest et Sudbury-Est, Daniel Olivier, la récolte provenant de la première coupe de foin dans la région est de 40 à 50 % inférieure à la moyenne.

On est parti de l’hiver au mois d’avril - début mai à l’été en quatre jours. On a perdu un mois complet de printemps et c’est le printemps qui fait pousser l’herbe.

Daniel Olivier, président de l’Association des producteurs de foin de Nipissing Ouest et Sudbury-Est

Cette situation est similaire à celle que vivent ses homologues québécois, souligne le producteur de foin, qui craint que les deux coupes restantes — une en août et une à l’automne — ne soient également décevantes.

La deuxième chose, c’est qu’après quatre, cinq, six ans de bon retour économique pour faire des récoltes, beaucoup de producteurs avaient sorti leur production de foin pour aller dans les grandes cultures. Alors cette année, les producteurs avaient une très basse quantité de foin et ça a compliqué le problème, explique M. Olivier.

Du foin sec et court dans un champ par un jour d'été ensoleillé.

S'approvisionner en foin devient de plus en plus difficile pour les éleveurs ontariens en raison de la mauvaise récolte cette année.

Photo : Radio-Canada / Guy Leblanc

Le directeur général de l’Union des cultivateurs franco-ontariens, Danik Lafond confirme que le problème est quasi généralisé dans une très bonne partie de l’Ontario et du Québec.

À son avis, la situation est d’autant plus préoccupante que la première coupe de foin, qui a été quasi désastreuse dans bien des régions, fournit généralement 60 % de la récolte totale.

Dans certaines régions, on s’attend à 80-90 millimètres de pluie pendant le mois de juin, il en est tombé à peu près une vingtaine cette année et la rosée ne suffit pas.

Danik Lafond, directeur général de l’Union des cultivateurs franco-ontariens

Et toujours selon Danik Lafond, le phénomène a déjà engendré une hausse du prix du foin qui n’est pas du tout comparable aux autres années.

Sur les réseaux sociaux, on voit que les cultivateurs cherchent à acheter du foin. [...] Il y a une inquiétude collective où déjà au mois de juillet, les gens achètent du foin, affirme-t-il.

Une pression supplémentaire pour les fermiers

Daniel Olivier souhaite que les fermiers ontariens puissent se ravitailler dans d'autres régions comme l'Ouest canadien.

Mais si une solution bon marché n’est pas trouvée rapidement, le producteur craint que les fermiers ne soient ainsi contraints de vendre une portion de leur bétail par manque de nourriture adéquate.

Pour les bœufs, on peut mettre de la paille, des fibres et du maïs, et ça peut alléger le problème, mais pour les chevaux, c’est pas possible. Pour les moutons et les brebis, ça prend un foin frais et assez jeune. Il y a certains animaux qui vont avoir de la misère, note-t-il.

Des vaches mangent du foin dans une étable.

Certains éleveurs pourraient devoir se débarrasser d'une partie de leur bétail en raison de la pénurie de foin cette année.

Photo : Radio-Canada / Marie-Christine Rioux

Pour Danik Lafond, la pénurie de foin va créer une pression supplémentaire pour les fermiers ontariens qui, pour plusieurs, ont déjà accusé cette année de grandes pertes financières en raison de la surcharge des abattoirs.

S’il y a une pénurie d’aliments, donc de foin, [les fermiers vont se demander] s’ils doivent garder le cheptel avec le même nombre d’animaux sachant qu’on va peut-être avoir de la difficulté à rentabiliser leur production.

Danik Lafond, directeur général de l’Union des cultivateurs franco-ontariens

Une opportunité pour le Nord

Cette année, le producteur de foin de Hearst, Daniel Hamann, a vendu 14 hectares de foin à un fermier de Cornwall, dans l’Est ontarien. Ce dernier s’est approvisionné aussi loin parce qu’il n’y a pas assez de foin pour nourrir son troupeau dans sa région, selon M. Hamann.

Ce n’est pas habituel, mais je m’attendais à ce que cela arrive un jour ou l’autre, fait savoir M. Hamann, qui qualifie sa propre récolte de foin de vraiment excellente cette année.

Son client a d’ailleurs conclu des ententes de location avec des propriétaires de terres de la région de Hearst afin de produire du foin et de continuer à le faire plus tard si sa récolte est bonne cette année.

Du foin sur un camion

Le producteur de foin Daniel Hamann de Hearst, dont la récolte a été bonne, a vendu de grandes quantités de foin à un éleveur venu de Cornwall, dans l'est ontarien.

Photo : Courtoisie Daniel Hamann

Pour Daniel Hamann, outre les conditions météorologiques, le prix plus faible des terres à Hearst joue en faveur de la région.

Dans le sud de l’Ontario, les terres se vendent de 15 000 $ à 20 000 $ de l’acre et pour les producteurs qui veulent faire du foin, financièrement, ce n’est pas rentable. C’est une opportunité pour le Nord. Nous, on a un grand territoire qui n’est pas développé, et le potentiel de faire du foin ici est excellent, croit-il.

Beaucoup de recherche à faire pour les agriculteurs

Danik Lafond s’inquiète aussi des conséquences à long terme de l’imprévisibilité de la météo, qui complique le travail de planification des agriculteurs.

Il y a des plantes qui tolèrent davantage la sécheresse et d’autres qui apprécient davantage la pluie. La question, c’est "au mois de mai, je sème quoi comme agriculteur?" [...] Ce qui est difficile pour l’agriculteur quand on fait la planification des champs, c’est qu’on le fait en fonction notamment des besoins des animaux, mais comment peut-on prévoir la météo à si long terme?, demande-t-il .

On a beaucoup de recherche de développement à faire pour mieux répondre aux questions de santé des sols, les types de plantes qu’on sème. Ça va forcer nécessairement les agriculteurs à s’adapter, c’est ce qu’on va voir dans les prochaines années.

Danik Lafond, directeur général de l’Union des cultivateurs franco-ontariens

La base, c’est d’avoir des sols les plus en santé, qui permettent d’accueillir des plantes qui ont un système racinaire plus tolérant à certaines variations. Ce sont des choses où les experts vont aider les agriculteurs à mieux aborder cette grande variabilité de la météo.

Avec les informations de Marie-Pierre Héroux

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