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Les données mobiles, plus chères au Canada que presque partout ailleurs

Une femme tient un téléphone mobile dans sa main.

Le coût moyen de 1 Go de données mobiles est de 12,55 $ US au Canada, selon une récente étude du site cable.co.uk.

Photo : getty images/istockphoto / LDProd

Une récente étude mondiale (Nouvelle fenêtre) montre que le Canada est l’un des pays où il faut payer le plus cher pour ses données mobiles, se classant au 209e rang sur 228.

Le coût moyen de 1 Go de données mobiles est de 12,55 $ US au Canada, selon cette étude du site cable.co.uk. C’est environ 50 % plus élevé que le prix moyen de 1 Go de données mobiles aux États-Unis, soit 8 $ US. Nos voisins du sud terminent en 188e position du classement.

Le pays où les données coûtent le moins cher est l’Inde, avec un prix moyen de 0,09 $ US. Les pays européens font aussi bonne figure, et l’Italie se trouve en tête de ce peloton, terminant au 4e rang mondial avec un prix moyen de 0,43 $ US pour 1 Go.

Pour en arriver à ces statistiques, l’équipe derrière l’étude a analysé les 5554 forfaits mobiles pendant le mois de février. Le coût moyen de 1 Go a alors été calculé en tenant compte des différents forfaits qu’offre chacun des opérateurs dans tous les pays.

La méthodologie de l’étude est critiquable, mais ses résultats reflètent bien la situation canadienne, selon le professeur en droit et innovation à l’Université de Montréal Pierre Larouche, qui a également écrit plusieurs livres sur les communications électroniques et la concurrence.

Il y a une très grande diversité d’approches commerciales dans le marché international, et l’étude tente de trouver un chiffre unique quand on compare des pommes et des oranges. Certains des plans [canadiens] auxquels ils font référence coûtent 100 $ le Go, et soyons francs, il n’y a personne qui achète ça, dit-il. 

En prenant seulement en compte le prix du forfait le moins cher dans chaque pays – une statistique plus parlante, selon M. Larouche – le Canada arrive tout de même au 166e rang, loin derrière la plupart des pays européens ou nord-américains.

Un choix politique

Pour l’expert en droit de la concurrence et en gouvernance économique, cette disparité entre les prix nord-américains et européens est le résultat de décisions politiques du début des années 2000, prises peu après le déploiement du réseau 3G.

Les États-Unis et le Canada avaient alors décidé de réduire le fardeau réglementaire des opérateurs mobiles afin qu’ils puissent investir davantage dans l’infrastructure 4G. Le but était que la nouvelle génération de téléphonie soit déployée plus rapidement et que les réseaux soient aussi performants que possible.

L’une des conséquences de cet allègement réglementaire est que les trois grands opérateurs mobiles canadiens (Bell, Rogers, Telus) n’avaient plus l’obligation de partager leurs réseaux avec de plus petits concurrents, leur permettant de fixer des prix de revente à leur gré.

En Europe, on n’a pas abandonné cet aspect-là de la réglementation. Ils se sont dit qu’il y aurait des investissements de toute façon, parce que ce sont des marchés juteux avec beaucoup de clients, et ils ont continué de forcer la main des opérateurs pour qu’ils offrent des produits à leurs concurrents à des prix très bas, pour permettre à la concurrence de s’épanouir, analyse Pierre Larouche.

Aujourd’hui, on voit le résultat de ces politiques : on a plus de concurrence en Europe avec des prix plus bas, et en Amérique du Nord, on a moins de concurrence et des prix plus hauts.

Pierre Larouche, professeur en droit et innovation à l’Université de Montréal

En choisissant de procéder ainsi, les autorités canadiennes ont choisi de prioriser la qualité du réseau plutôt que la concurrence. Selon Pierre Larouche, il est difficile pour l’instant de savoir si l’Amérique du Nord a réussi son pari.

On va le savoir quand on commencera à avoir des données sur ce qui s’est passé en mars et en avril avec le confinement : soudainement, la demande de données a explosé, et les réseaux cellulaires ont été pas mal taxés. Si l’on voit que l’Amérique du Nord a mieux répondu à cette surcharge, on comprendra que les prix plus élevés servent à avoir un réseau qui tient, dit-il­.

Selon une récente étude du CTIA (Nouvelle fenêtre), l’association professionnelle des fournisseurs de téléphonie américains, le Canada se classe au deuxième rang mondial en ce qui concerne le rapport qualité-prix de ses forfaits de téléphonie mobile. Les États-Unis trônent au sommet de ce même classement.

Le chiffre magique

Il n’en demeure pas moins que le prix moyen de 1 Go de données au Canada est environ 50 % plus élevé qu’aux États-Unis. Si des facteurs géographique (vaste territoire) et démographique (plus petite population) expliquent en partie cette disparité, le nombre d’opérateurs joue un rôle d’autant plus important, d’après Pierre Larouche.

Empiriquement, les études prouvent que ce qui influence le plus les prix est de passer de trois à quatre opérateurs. Au moment où l’étude [de cable.co.uk] a été faite, il y avait trois opérateurs canadiens, et quatre opérateurs américains, explique-t-il.

L'enseigne jaune de Sprint devant la vitrine de l'entreprise.

Sprint était jusqu'à tout récemment le quatrième opérateur de téléphonie national aux États-Unis. L'entreprise a fusionné avec le fournisseur T-Mobile au début du mois d'août.

Photo : Getty Images / Justin Sullivan

C’est d’ailleurs ce qu’a conclu le Bureau de la concurrence dans un mémoire présenté au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) en novembre 2019. Le Bureau expliquait que, dans les régions où des fournisseurs régionaux comme Vidéotron (Québec) ou SaskTel (Saskatchewan) sont présents, les prix peuvent baisser de 35 % à 40 % lorsque ces entreprises locales arrivent à arracher plus de 5,5 % du marché aux chefs de file.

Le Bureau avait alors recommandé que le CRTC adopte une politique permettant à la concurrence régionale d'étendre ses activités à d'autres marchés.

C’est l’une des solutions que pourrait envisager le gouvernement libéral fédéral pour réduire la facture cellulaire des Canadiens et Canadiennes de 25 % d’ici 2 ans, tel qu’il l’avait promis au cours de la dernière campagne électorale.

Le premier ministre Justin Trudeau, dehors, vêtu d'un veston bleu.

Le gouvernement Trudeau avait promis de réduire la facture cellulaire des Canadiens et Canadiennes de 25 % d’ici 2 ans lors de la dernière campagne électorale.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Il n’y a pas 50 solutions, tranche Pierre Larouche. La plus simple sur le plan législatif, mais aussi la plus lourde sur le plan opérationnel, c’est d’ajouter un opérateur. L’autre solution, c’est de changer le cadre réglementaire, de contrôler de plus près le marché du gros et d’imposer des obligations aux opérateurs sur le type d’offre en gros à mettre à la disposition des concurrents, comme en Europe.

La troisième manière de faire baisser les prix serait de les réglementer directement.

Mais ça, dans une société où l’on fonctionne par ailleurs avec une économie de marché, ce n’est pas génial. C’est un aveu d’échec, et ça met un gros coup de frein sur le dynamisme de l’industrie, analyse l’expert en droit de la concurrence et en gouvernance économique.

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