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Envoyé spécial

Des Libanais se battent pour reconstruire le patrimoine ruiné par l’explosion

Des promoteurs immobiliers s’activent pour racheter les édifices patrimoniaux endommagés à bas prix, une pratique dénoncée.

Une maison endommagée par l'explosion

Une maison endommagée par l'explosion

Photo : Radio-Canada / Jean Brousseau

Philippe Leblanc

Dans ce qui était le quartier historique et branché de Gemmayzé, le restaurant arménien Mayrig faisait honneur au Beyrouth cosmopolite.

Le décor de ce quartier, situé à moins de 500 mètres du port, est aujourd'hui constitué de bâtiments éventrés et d'amoncellements de débris causés par l'explosion de la semaine dernière.

La propriétaire du restaurant Mayrig, Aline Kamakian, supervise l'équipe qui nettoie les dégâts. Elle veut redonner espoir au quartier même si elle a tout perdu, sa maison, son bâtiment administratif et son restaurant, en plus d'avoir eu des côtes fracturées et son tympan droit percé dans l'explosion.

Aline Kamakian

Aline Kamakian

Photo : Radio-Canada / Jean Brousseau

Aline Kamakian est une miraculée. Dans les minutes qui ont suivi l'explosion, elle a dû s'improviser secouriste en réalisant un garrot sur le bras d'un employé et en portant secours à un collègue aux yeux arrachés par la déflagration.

Toute mon équipe a été déchiquetée. Mon conseiller financier, on l'a sauvé de justesse. Il a perdu ses deux yeux. Mon comptable a perdu sa main. Il y a encore trois personnes (de l'équipe de 85 personnes) à l'hôpital.

Aline Kamakian, propriétaire du restaurant Mayrig

Rebâtir et rester debout pour faire rayonner la culture arménienne à Beyrouth dans cette vieille maison de pierres de l'époque ottomane convertie en restaurant, c'est le souhait d'Aline Kamakian.

C'est le cœur de Beyrouth ici, c'est l'ancien Beyrouth, explique-t-elle. Vous voyez toutes les maisons bâties de pierres avec les arcs. Il y a toute une histoire ici. C'est très beau. Après la guerre civile en 1990, on a pu garder cette richesse architecturale, cette richesse historique.

Une maison patrimoniale est éventrée. À l'intérieur se trouvent des arches et des poutres sculptées.

Des promoteurs tentent de racheter des édifices patrimoniaux à bas prix dans la foulée de l'explosion du centre-ville de Beyrouth.

Photo : Radio-Canada / Jean Brousseau

Des promoteurs immobiliers à l'affût

Elle est dégoûtée de voir que des promoteurs cherchent à profiter de la crise financière et du désastre créé par l'explosion pour acquérir à bas prix des immeubles historiques comme le sien pour les remplacer par des tours à condos.

Elle n'a pas reçu d'offre elle-même, mais elle connaît plusieurs propriétaires qui en ont reçu depuis la semaine dernière.

Maintenant, c'est le moment propice pour eux, les promoteurs immobiliers, dit-elle. Malheureusement, la catastrophe des uns, c'est le bonheur des autres. Je ne sais pas quoi dire, mais il faut arrêter ces gens.

Il y a des entrepreneurs comme nous, qui essayons de tout garder ici, la culture et l'histoire. On essaie de faire du recyclage environnemental et il y a des gens qui ne sont là que pour faire de l'argent. J'ai pitié de ces gens.

Aline Kamakian, propriétaire du restaurant Mayrig

Les édifices patrimoniaux de Beyrouth, un splendide mariage d'architectures française, italienne et ottomane, sont passés de 2000 à la fin de la guerre civile il y a 30 ans à environ 200 aujourd'hui.

Un homme se tient debout dans sa maison. Des morceaux de pierre jonchent le sol.

Fadlallah Dagher dans sa maison.

Photo : Radio-Canada / Jean Brousseau

L'architecte et militant pour la défense du patrimoine, Fadlallah Dagher, a peur que d'autres familles cèdent aux promoteurs immobiliers en raison des difficultés économiques.

Ces populations qui ont résisté à la guerre par leur présence et leur culture se retrouvent pratiquement à la rue aujourd'hui. Ces gens n'ont plus les moyens de vivre dans des maisons. Ce sont des familles modestes qui habitent ces maisons depuis plusieurs générations. Nous avons une rupture brutale qui est en train de se faire.

Fadlallah Dagher, architecte

La maison ancestrale de M. Dagher a elle-même été lourdement endommagée et n'est plus qu'un large chantier de rénovations.

Des bris de verre sur une table,

Le souffle de l'explosion a fait trembler les maisons autour du port de Beyrouth.

Photo : Radio-Canada / Jean Brousseau

Engagement international

Fadlallah Dagher promet de continuer son combat contre la classe politique et ce qu'il considère être la négation de l'histoire et du patrimoine beyrouthin.

Les mêmes personnes qui nous ont bombardés durant la guerre ont laissé faire ce qui s'est passé la semaine dernière avec cette explosion terrible, affirme-t-il.

Pour ma part, en tout cas, je vais continuer à résister. Je vais ramasser les morceaux, je vais les recoller. Je ne sais pas encore comment, car nous vivons une crise à multiples facettes.

Un édifice démoli par l'explosion

Un édifice démoli par l'explosion, à Beyrouth.

Photo : Radio-Canada / Jean Brousseau

Les ministres de la Culture et des Finances du Liban ont interdit mercredi toute transaction liée aux bâtiments traditionnels de Beyrouth. Cette annonce a été accueillie avec scepticisme par les militants pour la protection du patrimoine.

Mais leurs appels à l'aide semblent avoir été entendus à l'étranger. Une trentaine d'organisations culturelles mondiales, dont l'UNESCO et le Musée du Louvre à Paris, se sont engagées à contribuer à la restauration du patrimoine de Beyrouth endommagé ou détruit dans l'explosion de la semaine dernière.

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