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Noces précipitées, divorces compliqués : le mariage au temps de la COVID

Photo de deux figurines de mariés qui se tournent le dos sur le dessus d'un gâteau de mariage.

La COVID-19 a transformé les mariages ontariens. Les noces se célèbrent modestement et sans pompe, et les demandes de divorce ont grimpé en flèche.

Photo : iStock

Nicolas Haddad

Quand ils se sont fiancés en juillet 2019, les Torontois Maria Bhersafi et Marc Poirier n’ont jamais imaginé qu’ils auraient à changer trois fois leurs plans de mariage.

Le couple souhaitait d’abord un mariage en août au Liban, le pays d’origine de Maria, puis ils ont choisi plutôt de se marier en octobre à Toronto, en espérant que la pandémie serait passée. Mais la COVID-19 a encore changé leurs plans.

Portrait d'un couple.

Plutôt que d'attendre l'an prochain, ou même plus longtemps, Maria et Marc vont célébrer leur mariage avec leurs proches dans le cadre d'une petite cérémonie intime.

Photo : Gracieuseté de Maria Bhersafi

Ça fait cinq mois que la situation évolue, explique la fiancée Maria Bhersafi, qui a finalement choisi de limiter la taille de sa célébration pour ne plus avoir à repousser son mariage. Il se tiendra en septembre dans une église locale, avec une célébration dans la cour arrière de ses parents.

En fin de compte, ce qui était vraiment important pour nous, c'était de nous marier, et de commencer notre vie ensemble. On avait tellement hâte, souligne-t-elle.

Pour sa part, le Sudburois Jacques Babin rapporte qu’il ne cesse de marier des gens, dans les dernières semaines.

Il y avait beaucoup de jeunes qui avaient décidé de remettre à l’année prochaine, et qui ont maintenant décidé de se marier cet été, indique-t-il.

Selon ce dernier, ils ne veulent pas passer cette pandémie, ou le reste de cette pandémie, tout seuls.

La Ville de Toronto avait suspendu l’émission des licences de mariage, de la mi-mars au 22 juin, en raison de la COVID-19. Depuis, la Ville a délivré 2347 licences, au bonheur de bien des fiancés.

La pandémie a mis le mariage sous le microscope

Jacques Babin dans le studio de l'émission Jonction 11-17, à Sudbury

Originaire de Kapuskasing et présentement résident de Sudbury, Jacques Babin porte plusieurs chapeaux : sexologue, avocat, professeur, conférencier, musicien, bénévole et célébrant de mariages.

Photo : Radio-Canada / Patrick Wright

Selon Jacques Babin, qui est aussi sexologue, la cohabitation intensifiée pendant la pandémie a été soit un moment de réussite, soit un moment d’échec pour bien des relations amoureuses.

En temps normal, souvent le travail emporte à peu près 60 % ou 70 % de notre temps, explique-t-il.

Là, c’est l’autre personne du couple qui a pris plus d’importance.

Jacques Babin, sexologue et célébrant de mariages

Le sexologue estime que la COVID-19 a donné aux couples qui ont passé plus de temps à la maison ensemble le temps de réévaluer leur vie.

Plus on passe de temps ensemble, soit on communique plus, soit on ne communique pas, souligne-t-il.

Les difficultés économiques et le divorce vont de pair

La COVID-19 a aussi précipité les demandes de divorce, selon certains avocats de la région torontoise spécialisés en droit de la famille.

Me Ron Shulman dit que son cabinet a constaté une augmentation d’environ 40 % dans les demandes de renseignement sur les divorces reçus depuis le mois de mars.

Portrait photo de Ron Shulman.

Selon l'avocat en droit familial Ron Shulman, les taux de divorce augmentent souvent en période de difficulté économique, comme c'est le cas actuellement pour bien des ménages ontariens.

Photo : Gracieuseté de Ron Shulman

En général, on constate souvent une augmentation des demandes de renseignements sur le divorce chaque fois qu'il y a un ralentissement économique. Ce n'est pas nouveau. Mais avec la COVID, la tendance s'est amplifiée considérablement, indique-t-il.

L’avocat souligne que les cas qu’il traitait au début de la pandémie relevaient plutôt de différends d’ordre relationnel, alors que les questions économiques sont de plus en plus à l’origine des demandes de divorce dans les derniers mois.

Il souligne aussi que les finances sont un véritable casse-tête, quand il en vient à diviser les actifs au moment du divorce.

Par exemple, il y a des clients qui avaient établi un accord sur le soutien financier pré-COVID, et maintenant ces gens sont au chômage, explique l’avocat.

Ce qui aggrave la situation, c'est que nous ne savons pas si les changements sont permanents ou temporaires. Les évaluations des actifs deviennent très compliquées : une entreprise rentable il y a quelques mois peut maintenant ne valoir presque rien.

Le divorce se complique en temps de pandémie

Selon l’avocate Karen Koransky, du cabinet Gelman Family Law, il y a présentement plusieurs autres obstacles majeurs qui compliquent davantage les divorces en Ontario.

D’abord, beaucoup de couples qui aimeraient se séparer vivent probablement encore ensemble, indique-t-elle.

Nous avons des clients en consultation qui ne peuvent même pas trouver le temps pour nous parler parce que les deux parties vivent toujours dans la maison, ce qui rend très difficile de trouver le temps de parler à son avocat.

Karen Koransky, avocate spécialisée en droit de la famille

Cette dernière indique aussi que bien que les tribunaux ontariens aient rouvert au mois de juin, ils ont encore beaucoup d'arriérés par rapport aux mois précédents dans lesquels les cours étaient fermées.

Chaque tribunal fonctionne différemment, ajoute-t-elle, en expliquant que si votre cas se trouve à Toronto, vous avez probablement de meilleures chances de le régler rapidement que si vous êtes à Newmarket, Oshawa ou Barrie.

Selon Me Shulman, ce sont surtout les divorces où la violence conjugale est en jeu qui seront traités en priorité par les tribunaux ontariens.

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