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Un deuxième mort dans des protestations contre la réélection du président au Bélarus

Des membres des forces de sécurité marchent en groupe sur un trottoir alors que la rue semble calme et les lampadaires allumés.

Les forces de sécurité bélarusses patrouillent les rues de la ville de Minsk pour faire régner la loi et l'ordre alors que des protestataires ont manifesté mercredi contre la réélection du président Alexandre Loukachenko.

Photo : Reuters / VASILY FEDOSENKO

Agence France-Presse

Les autorités bélarusses ont annoncé mercredi la mort d'un homme interpellé lors d'un rassemblement contre la réélection du président Alexandre Loukachenko, le deuxième décès recensé depuis le début de ce mouvement de contestation violemment réprimé.

Le Comité d'enquête, un puissant organe d'investigation, a indiqué qu'un homme de 25 ans était mort dans un hôpital de Gomel (sud) après avoir été arrêté dimanche lors d'une manifestation non autorisée.

Selon cette source, qui ne précise pas la date exacte du décès, sa santé s'est subitement dégradée alors qu'il était en détention.

Interrogée pour le média Radio Liberty, la mère du jeune homme a soutenu qu'il ne participait pas à la manifestation, mais se rendait chez sa compagne.

Les heurts ont fait précédemment un mort à Minsk et la police a dit avoir ouvert le feu à balles réelles à Brest (sud-ouest), faisant un blessé.

Deux policiers marchent parmi des centaines de manifestants habillés en blanc et brandissant des fleurs.

Des policiers demandent aux manifestants de se disperser. Depuis trois jours, d'importantes manifestations ont lieu dans la capitale à Minsk, pour protester contre la réélection du président Alexandre Loukachenko.

Photo : Getty Images / SERGEI GAPON

Dans le centre de la capitale, les stations de métro étaient fermées dans la soirée de mercredi et la circulation interdite. De nombreux policiers étaient également déployés dans de grandes artères quasiment vides.

Près de la station Ouroutché, au nord-est de Minsk, des manifestants ayant formé une chaîne humaine ont été dispersés et frappés par des policiers, au milieu des cris, selon une journaliste de l'AFP.

Des dizaines de femmes, vêtues de blanc, ont également formé des chaînes humaines dans d'autres endroits de la capitale pour dénoncer la répression policière visant les protestations contre la réélection, le 9 août, du président Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis 26 ans.

Sur les réseaux sociaux, des vidéos montraient des dizaines de manifestants rassemblés ou barrant temporairement des rues de Minsk, sur fond des klaxons de véhicules.

Deux hommes sont arrêtés par des policiers et trois femmes essaient de parler à des policiers en tenue anti-émeute.

Des policiers anti-émeute interviennent lors d'une manifestation à Minsk.

Photo : Getty Images / SERGEI GAPON

Des milliers d'arrestations

Lors des trois nuits de protestation précédentes, les forces de sécurité ont arrêté quelque 6000 personnes à travers le pays, sans que l'on sache combien sont encore détenues. Au moins 250 blessés ont été admis à l'hôpital.

Dans une entrevue pour Radio Liberty, l'écrivaine Svetlana Alexievitch, seule Bélarusse distinguée par un prix Nobel, a accusé mercredi le président Loukachenko d'entraîner le pays dans le gouffre, et l'a exhorté à quitter le pouvoir.

Depuis dimanche soir, la police utilise des grenades assourdissantes et des balles en caoutchouc contre les protestataires. L'accès à Internet a par ailleurs été fortement perturbé.

Des dizaines de personnes devant une prison.

Amis et famille attendent devant un centre de détention dans l'espoir d'avoir des nouvelles de leurs proches qui ont été arrêtés lors des manifestations contre la réélection du président. Des milliers de personnes ont été interpellées au cours des trois derniers jours.

Photo : Getty Images / SERGEI GAPON

De nombreuses scènes de passage à tabac de manifestants ont été diffusées dans les médias, alors qu'Alexandre Loukachenko a qualifié les protestataires de chômeurs au passé criminel.

Mercredi, la télévision publique bélarusse a publié un reportage montrant six jeunes manifestants présumés, menottés et le visage tuméfié, disant face à la caméra qu'ils ne voulaient pas faire la révolution.

Une répression dénoncée

Voisines du Bélarus, la Lettonie, la Lituanie et la Pologne ont présenté mercredi un plan prévoyant la création d'un conseil national réunissant des représentants du gouvernement bélarusse et de la société civile.

Le président français Emmanuel Macron, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo et la chancelière allemande Angela Merkel ont également dénoncé la répression en cours.

Une femme regarde un policier lourdement armé.

Une femme affronte un policier lors d'une manifestation à Minsk.

Photo : Getty Images / SERGEI GAPON

Le ministère bélarusse de l'Intérieur a de son côté estimé que la mobilisation des manifestants était désormais en baisse.

La rivale du président Loukachenko, l'opposante Svetlana Tikhanovskaïa, a revendiqué la victoire, avant de quitter le Bélarus pour la Lituanie, dans la nuit de lundi à mardi. Un départ sous la menace des autorités, selon ses partisans.

Des résultats électoraux contestés

Selon les résultats officiels de la présidentielle, M. Loukachenko a obtenu plus de 80 % des voix, un score fantaisiste, disent ses détracteurs, qui estiment au contraire que Mme Tikhanovskaïa, créditée de 10 % des voix, a gagné.

Cette dernière ne s'est pas exprimée depuis sa vidéo mardi annonçant son départ précipité pour la Lituanie. Selon ses partisans, elle a subi des menaces quand elle a été retenue des heures durant par les forces de sécurité, lundi.

Svetlana Tikhanovskaïa, l'air dépassée.

Svetlana Tikhanovskaïa avait enjoint le régime à « céder le pouvoir », contestant les résultats officiels donnant Alexandre Loukachenko vainqueur.

Photo : afp via getty images / SERGEI GAPON

Alexandre Loukachenko, 65 ans, n'a jamais laissé aucune opposition s'ancrer. La précédente grande vague de contestation, en 2010, avait aussi été sévèrement réprimée.

Mme Tikhanovskaïa, novice en politique âgée de 37 ans, a mobilisé en quelques semaines des dizaines de milliers de personnes, une ferveur politique que le Bélarus n'avait jamais connue.

Cette mère au foyer a remplacé son mari Sergueï, un vidéoblogueur en vue, après son arrestation en mai alors qu'il gagnait en popularité.

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