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Le vaccin contre la COVID-19 sera peut-être créé plus rapidement que celui contre l'Ebola

Une chercheuse tient une seringue dans ses mains.

Le vaccin contre la COVID-19 pourrait être créé en temps record; le développement de celui contre Ebola a pris des années.

Photo : Reuters / Joseph Campbell

En 2014, l’Afrique de l’Ouest a été frappée par une épidémie de la maladie à virus Ebola, qui a causé la mort de plus de 10 300 personnes. Aucun vaccin contre cette maladie n’était disponible à l'époque.

Pourtant, des chercheurs travaillant au Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg avaient annoncé l’efficacité d’un vaccin contre Ebola dès 2005, après des essais cliniques sur des primates. Ce n’est que cinq ans plus tard qu’une entreprise s’est intéressée au projet pour tester le produit sur des humains.

Pour la COVID-19, en moins d’une année, six vaccins potentiels sont déjà en phase 3 des essais cliniques, la dernière étape avant l’homologation. Selon les experts, il faut généralement de 5 à 15 ans pour qu’un vaccin soit mis sur le marché.

Plus d’une centaine d’équipes de chercheurs et plusieurs multinationales sont impliquées dans la recherche d'un vaccin pour contrer le nouveau coronavirus.

Une main tient une petite bouteille sur laquelle on peut lire : COVID-19 vaccin.

Le Canada a conclu deux ententes pour l’achat de millions de doses de vaccins expérimentaux contre la COVID-19 avec la firme pharmaceutique Pfizer et la société Moderna.

Photo : afp via getty images / MLADEN ANTONOV

Les résultats financiers

Pour certains scientifiques, c’est l'appât du gain, entre autres, qui expliquerait l'engouement du secteur privé pour la recherche du vaccin contre le nouveau coronavirus.

Le secteur privé a peu d’intérêt si les résultats financiers ne sont pas prévisibles, soutient Matthew Herder, directeur de l'Institut du droit de la santé de l'Université Dalhousie, en Nouvelle-Écosse.

Le professeur Matthew Herder

Matthew Herder est expert en politique d’innovation biomédicale.

Photo : Radio-Canada / Radio Canada

Il ajoute que le manque d’intérêt de l’industrie pharmaceutique envers le développement du vaccin contre l'Ebola a eu un impact négatif dans le processus de création de celui-ci.

Avec le vaccin contre l'Ebola, on ne sait pas si (le secteur privé) a ralenti le développement du vaccin, mais il est clair qu’il n'a pas contribué, sinon très peu, avant l’épidémie de 2014-2016, affirme M. Herder.

Le scientifique regrette que le secteur privé ait très peu d’intérêt s'il s'agit d'un traitement pour les problèmes de santé qui affectent principalement les régions défavorisées du monde, ou dont les rendements financiers ne sont pas prévisibles, comme le coronavirus actuel.

M. Herder reconnaît néanmoins que le secteur privé a réorienté ses plans de recherche dans le développement du vaccin ou d'un médicament efficace contre le coronavirus. Il insiste sur la nécessité d’apprendre des leçons tirées de la lutte contre l'Ebola.

Importants défis logistiques

Une agente de santé congolaise administre le vaccin anti-Ebola à un enfant au Centre de santé Himbi à Goma, République démocratique du Congo, le 17 juillet 2019.

L’OMS a classé l'épidémie d'Ebola comme étant une urgence sanitaire mondiale après la découverte d'un cas mortel dans la deuxième ville de la RDC, Goma.

Photo : Reuters / Olivia Acland

Pour lutter contre les épidémies de la maladie à virus Ebola en Afrique, les équipes de surveillance ont recours à la stratégie de vaccination en anneau, qui cible toutes les personnes ayant été en contact direct ou indirect avec des personnes infectées. Cette approche ne nécessite pas de quantités importantes de doses de vaccin, puisque ce n’est pas toute la population qui est vaccinée, explique AnneMarie Pegg, de la Clinique réponse épidémie et vaccination chez Médecins sans frontières (MSF) France.

La Dre Pegg explique qu'aucune stratégie mondiale n'est établie pour la distribution du vaccin contre la COVID-19, du moins pour le moment.

On n’a jamais vu une campagne de vaccination qui cible des milliards de personnes en même temps comme cela pourrait être le cas avec la COVID-19.

Une citation de :Dre AnneMarie Pegg, Médecins sans frontières France

Aux défis logistiques s’ajoute la difficulté de l’accès équitable des vaccins partout dans le monde. Des pays riches tentent déjà d’acheter d’importantes quantités de vaccins en cours de développement au détriment des pays pauvres, dit-elle.

Par exemple, la Commission européenne prévoit d'utiliser un fonds d'urgence de 2,4 milliards d'euros (près de 3,7 milliards de dollars canadiens) pour acheter à l'avance jusqu'à six vaccins destinés à 450 millions de personnes.

Docteure Anne-Marie Pegg

La Dre AnneMarie Pegg de Médecins sans frontières France est originaire de Kitchener en Ontario.

Photo : Collection privée de Dre Anne-Marie Pegg

Ayant signé un contrat avec l'entreprise AstraZeneca, les États-Unis se sont assuré l'accès à 300 millions de doses.

Le Canada a, quant à lui, octroyé 600 millions de dollars à la fabrication de vaccins et aux essais cliniques dans le pays.

La Dre Pegg espère que l’initiative COVAX menée par 75 pays riches, dont le Canada, permettra de donner une réponse satisfaisante à cette préoccupation.

Combattre les rumeurs et les méfiances

Thierno Tanou Diallo

Thierno Tanou Diallo a constaté l'effet des réticences des populations face à la vaccination.

Photo : Collection privée de monsieur Thierno Tanou Diallo

Autre obstacle majeur à l'épidémie de maladie à virus Ebola : la réticence face à la vaccination.

J’étais en Guinée [durant l'épidémie] et les gens étaient très réticents, que ce soit pour se faire soigner ou pour se faire vacciner.Des équipes médicales étaient même violemment agressées tout au début. Il a fallu une forte sensibilisation communautaire pour que les gens acceptent la situation.

Une citation de :Thierno Tanou Diallo, Secrétaire général de l'amicale francophone des guinéennes et guinéens de l'Ontario

La Dre Pegg regrette que le vaccin soit devenu une des choses les plus politiques dans le champ médical. On devrait apprendre des leçons passées, notamment la bataille contre Ebola. Elle interpelle les gouvernements sur la nécessité de bien communiquer.

Avec les [médias] sociaux, on a malheureusement des gens avec un agenda plus politique que scientifique qui diffusent des messages de tout genre. Il faut bien expliquer que le vaccin n’est pas expérimental, explique la spécialiste de la santé.

Elle interpelle également les scientifiques et l'industrie pharmaceutique engagés dans la recherche du vaccin contre la COVID-19 à s’assurer que toutes les étapes du développement du vaccin soient suivies.

Le contraire risque de diminuer la confiance de la population, surtout si le vaccin entraîne soit des effets secondaires importants, soit manifeste un manque d’efficacité, craint la Dre Pegg.

Près de 140 vaccins potentiels contre la COVID-19 sont en cours d’évaluation préclinique, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Six autres sont à l’étape 3 des essais cliniques, qui consiste à effectuer des tests sur des milliers de personnes susceptibles d’être infectées.

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