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Une phéromone irrésistible à l'origine des nuées de criquets

Des essaims de criquets pèlerins traversent les  champs du village de Katitika, dans le comté de Kitui, au Kenya.

Les criquets pèlerins ont envahi le Kenya par centaines de millions en provenance de Somalie et d'Éthiopie, pays qui n'ont pas vu de tels nombres depuis un quart de siècle.

Photo : Associated Press / Ben Curtis

Agence France-Presse

La COVID-19 n'est pas la seule calamité à avoir fait parler d'elle cette année : les nuées de criquets migrateurs ont ravagé des cultures dans plusieursrégions du monde, comme en Inde ou encore en Somalie, un phénomène lié à une phéromone irrésistible, selon une étude publiée mercredi.

Individuellement, ce criquet est plutôt inoffensif, mais il peut se transformer, changer de couleur et rejoindre ses congénères dans des nuages de millions d'individus.

Selon une étude publiée dans la revue Nature (en anglais), le secret de cette métamorphose est lié à une phéromone : presque comme un parfum irrésistible, la substance chimique est émise par le criquet dès qu'il se trouve à proximité d'une poignée de ses semblables.

Effet boule de neige, la phéromone attire alors d'autres individus, qui rejoignent le groupe et commencent eux aussi à émettre cette substance, la 4-vinylanisole ou 4VA.

Cette découverte, qui intervient alors que des nuées records de criquets ont dévasté les cultures d'Afrique de l'Est et menacent l'approvisionnement alimentaire au Pakistan, permet d'envisager certaines applications.

Des villageois tiennent plusieurs criquets dans leurs mains.

Un criquet pèlerin mange chaque jour à peu près son propre poids en nourriture.

Photo : afp via getty images / Sam Panthaky

Comme la création de criquets génétiquement modifiés qui seraient privés du détecteur de la phéromone ou la mise en place de pièges pour attirer les insectes.

Les chercheurs ont expérimenté cette dernière hypothèse, installant des pièges à phéromone dans des environnements contrôlés et dans des champs, qui ont effectivement attiré les criquets.

C'est relativement efficace, même si une optimisation et des ajustements sont nécessaires pour passer de l'expérimentation à une application pratique, a commenté l'un des auteurs, Le Kang, de l'Académie des sciences chinoise.

Une modification génétique de ces criquets pourrait également permettre un contrôle durable et vert de ces nuées, a noté le scientifique. Mais cela nécessiterait des efforts à long terme, et une évaluation stricte de la sûreté biologique avant application, a-t-il ajouté.

Pour Leslie Vosshall, chercheuse à l'Université Rockefeller, qui n'a pas participé à l'étude, la perspective la plus enthousiasmante serait de trouver une substance chimique qui bloquerait la réception de la 4VA.

La découverte d'une telle molécule fournirait un antidote chimique à l'agrégation des insectes, et renverrait les criquets à leur vie pacifique et solitaire, a-t-elle commenté, soulignant toutefois de nombreuses inconnues, notamment savoir si cette phéromone est la seule responsable du comportement grégaire des criquets.

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