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Envoyé spécial

Liban : « je veux construire un pays qui tient la route, pas un pays de clans »

Des gens sont rassemblés près du site de l'explosion.

Une foule a rendu hommage aux victimes de la double explosion qui a dévasté Beyrouth il y a une semaine.

Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

Philippe Leblanc

Des centaines de Libanais se sont rassemblés mardi près des ruines du port de Beyrouth pour rendre hommage aux 171 victimes et aux milliers de blessés de l'explosion.

Ils ont observé une minute de silence à 18 h 07, l'heure exacte de la déflagration une semaine plus tôt, jour pour jour.

Puis des organisateurs ont lu un à un le nom de chacune des victimes avant que les cloches de toutes les églises résonnent dans la ville meurtrie.

Dans la foule, où les citoyens rassemblés sont majoritairement vêtus de blanc, Nadine Beyrouthi absorbe le moment solennel en compagnie de sa fille de 27 ans.

Nos maisons ont été très, très touchées, dit-elle. Beaucoup d'amis ont été blessés. Deux personnes sont mortes. C'est notre devoir d'être dans la rue pour leur rendre hommage.

Déchirée entre le désir de se recueillir et celui de poursuivre la démonstration d'indignation face au pouvoir libanais, Nadine Beyrouthi n'ose pas croire que la démission en bloc du gouvernement lundi apportera du changement.

La guerre civile a commencé, j'avais 9 ans [en 1975], explique-t-elle. Je vais bientôt avoir 54 ans et il n'y a aucun changement. On n'espère plus. On est à plat.

Une alternative crédible? Je n'y crois pas trop, poursuit-elle. Il faut que le confessionnalisme change. Il faut un État laïque. Il ne faut plus que les prêtres ou les cheikhs se mêlent de notre vie.

Après le recueillement, le mouvement de contestation populaire des derniers jours a repris de plus belle. Les manifestants se sont rendus place des Martyrs, bougies à la main. Dans la foule, on pouvait même voir un mannequin pendu à une corde. De plus près, on pouvait voir que ce mannequin avait le visage du président libanais.

À quelques rues de là, Michel Chebli dit partager la colère des manifestants, mais il est trop occupé à reconstruire son hôtel Grand Mishmosh, situé dans le quartier Gemmayzé, tout près du port de Beyrouth. Un des édifices voisins menace de s'effondrer et les soldats bloquent la circulation vers l'hôtel.

Un homme est assis dans les marches d'un édifice.

L'hôtel dont Michel Chebli est propriétaire a été durement endommagé par les explosions au port de Beyrouth.

Photo : Radio-Canada / Jean Brousseau.

Ma priorité, à titre personnel, est de faire revivre ce quartier, affirme-t-il. Je ressens beaucoup de colère. Ma priorité va aussi être de me battre contre cette classe politique de corrompus, de dinosaures. Je veux juste dire que j'ai envie qu'ils dégagent.

Je veux construire un pays qui tient la route, un pays du 21e siècle, pas un pays de clans.

Michel Chebli

Même si Michel Chebli ne croit pas en une révolution rapide en raison du système politique, qu'il juge archaïque et fait pour protéger les partis traditionnels, il a envie de croire que cet autre soulèvement populaire pourra provoquer un vent de changement.

Il faut donner la possibilité aux jeunes de prendre en main le pays, de mettre en place une certaine vision du pays. Un pays tolérant pour tout le monde, estime-t-il.

Pour une fois, j'aimerais que les Libanais aillent au bout des choses et que, vraiment, on puisse sortir un gouvernement qui vient du peuple. Pas une recette miracle pour protéger les groupes habituels, ajoute-t-il.

Je crois qu'il y a moyen de dégager un petit noyau dur de personnes qui seraient aux manœuvres, qui remettraient le train sur les rails et qui, vraiment, pourraient mener le Liban vers une vision de ce qu'il devrait être, ajoute Michel Chebli.

La colère et le désir de révolution libanaise sont réels, mais les obstacles à ce changement restent, encore et toujours, aussi imposants.

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