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« La réforme de la police, c’était pour hier » : la communauté noire s’impatiente

Une manifestante assise à la place Nathan Phillips de Toronto tient une pancarte sur laquelle on peut lire Black Lives Matter.

Le rapport de la Commission ontarienne des droits de la personne conclut que les personnes noires sont surreprésentées dans les contacts avec la police.

Photo : CBC/Michael Charles Cole

Nicolas Haddad

Au lendemain de la publication d’un rapport de la Commission ontarienne des droits de la personne sur les interactions entre la police de Toronto et les personnes noires, des membres de cette communauté ont réclamé mardi des mesures concrètes et immédiates.

L’auteur du rapport conclut que la proportion de Noirs interpellés, accusés et victimes de violence aux mains des policiers dépasse largement leur poids démographique. Entre 2013 et 2017 à Toronto, près du tiers des accusations ont été portées contre des personnes noires, alors qu'elles représentaient moins de 9 % de la population.

Deux policiers surveillent des manifestants qui campent devant l'hôtel de ville de Toronto.

Des manifestants qui réclamaient une réduction du budget de la police et des réformes ont campé devant l'hôtel de ville de Toronto plus tôt cet été.

Photo : CBC/Evan Mitsui

La commission ne vient que confirmer ce qu’on savait déjà, déplore Godlove Ngwafusi, porte-parole de l’Association afro-canadienne d’Ottawa. M. Ngwafusi, qui estime que le problème ne se limite pas à Toronto, rappelle que la communauté demande des réformes depuis longtemps, mais que les autorités se mettent la tête dans le sable.

La travailleuse communautaire torontoise Sandra Sassa pense elle aussi que le temps n’est plus aux rapports et aux constats.

On n’est plus dans les démarches des analyses… Pour eux, ce sont juste des chiffres, pour nous autres, c’est la réalité. Ces chiffres sont nos enfants.

Sandra Sassa, travailleuse communautaire
Le maire de Toronto, John Tory, lors d'un point de presse.

Le maire John Tory propose des changements « radicaux » qui entreraient en vigueur prochainement.

Photo : Radio-Canada

C'est pour bientôt, selon le maire

En réponse au rapport de la commission, le maire de Toronto, John Tory, a rendu publiques mardi des propositions pour combattre le racisme et moderniser le corps policier.

Ces réformes, qui prévoient notamment la réallocation de fonds vers des ressources communautaires, seront discutées la semaine prochaine lors d’une réunion de la commission des services policiers de Toronto.

L’affaire George Floyd, aux États-Unis, et la mort récente lors d’interventions policières de Torontois qui souffraient de problèmes de santé mentale ont exacerbé les tensions et remis certaines revendications de la communauté noire à l’avant-scène.

Des amies de Regis Korchinski-Paquet se recueillent lors d'une cérémonie à sa mémoire.

Regis Korchinski-Paquet est morte en mai en tombant du balcon d'une tour d'habitation lors d'une intervention policière.

Photo : CBC/Evan Mitsui

L’écrivain torontois Didier Kabagema réclame, pour sa part, des pouvoirs accrus pour l’Unité des enquêtes spéciales, qui enquête lorsqu’un civil est tué ou gravement blessé lors d’une intervention policière.

Il considère que le système actuel de surveillance favorise les policiers, au détriment des victimes. Le chien de garde doit être un vrai chien de garde, déclare-t-il.

Multiculturelle... et raciste?

M. Kabagema rappelle que Toronto est une des villes les plus multiculturelles du monde. Pourtant, à son avis, la vie d'un Noir – de n'importe quel Noir – n'a rien à voir avec celle de la majorité blanche.

Le haut de la Tour CN.

La population de Toronto a beau être diversifiée, le racisme y est pourtant bien présent, selon l'écrivain Didier Kabagema.

Photo : CBC/Evan Mitsui

Il ne perd pas espoir de voir la culture policière changer et interpelle les décideurs.

C'est possible de faire en sorte que le policier comprenne qu'il doit suivre une procédure équitable envers tous les citoyens torontois quand il fait son enquête. Ceci doit être écrit noir sur blanc, doit être ordonné.

Didier Kabagema, écrivain

Si on est honnêtes, on ne peut nier le racisme systémique, ajoute Godlove Ngwafusi, qui estime que le racisme fait reculer la société entière.

On a peur pour rien, explique ce dernier, en expliquant que le racisme systémique envers les Noirs au Canada continue de saper les forces de la société noire, cette force qui vise à bâtir le pays ensemble.

Cette fois-ci, constate-t-il, il y a beaucoup de pression. Si la police s’entête à maintenir le statu quo, il va falloir changer de politiciens.

Avec les informations de Colin Côté-Paulette

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