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La rentrée 2020-2021 : un cas de conscience pour certains parents

Jessica Rowe et son fils Kale.

Dans quelques semaines, la cuisine de Jessica Rowe sera la nouvelle salle de classe de son fils Kale qui suivra ses cours à distance à la rentrée.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

À trois semaines de la rentrée scolaire, c’est encore le flou pour de nombreux parents albertains face au dilemme de savoir s’ils renvoient ou non leurs enfants à l’école. Si la plupart des conseils scolaires offrent le choix de l'enseignement à distance, ils ne sont pas nécessairement en mesure d’en préciser les modalités. Une pression de plus pour certains parents, livrés à eux-mêmes face à leurs décisions.

On n’a pas fait notre choix final parce qu’on n’a pas encore vu le plan de l’école, explique Nadine Riopel. L’école nous avait dit qu’elle nous donnerait des détails en août, mais on n’en a pas encore entendu parler.

Comme pour bien des parents, le compte à rebours est plus qu’enclenché pour cette mère de famille d’Edmonton. Elle doit prendre rapidement une décision pour son fils, qui doit entrer en 2e année en septembre.

Mais on n’entend rien, déplore-t-elle. Toute l’information que j’aie, c’est du ministère et du conseil scolaire qui disent que ça va être possible de faire de l’éducation à distance. C’est tout ce que je sais.

Elle n’ose pas encore l’annoncer à Samuel qui rêve de retrouver ses camarades, mais au fond d’elle, Nadine Riopel sait déjà qu’il ne retournera pas en classe à la rentrée.

Nadine Riopel et son fils Samuel.

Nadine Riopel ne pense pas renvoyer son fils à l'école à la rentrée.

Photo : Radio-Canada

Je ne vois pas comment ils peuvent donner un environnement sain et sauf étant donné qu’ils ont encore moins de ressources qu’avant , dit-elle en pensant aux compressions budgétaires en éducation du gouvernement conservateur uni.

Convictions personnelles

Avec la menace de la COVID-19, Jessica Rowe ne se sent pas non plus prête à renvoyer son fils de 10 ans à l'école dans quelques semaines.

J'aimerais qu’il retourne en classe pour qu'il puisse socialiser, avoue-t-elle. Mais je m'inquiète des changements qu'il y aura dans les écoles. Et, de toute façon, s'il y a des éclosions, les enfants seront tous renvoyés à la maison et notre famille devra s'isoler à nouveau.

Jessica Rowe à l'ordinateur.

En moins de 48 heures, plus de 300 parents rongés par les interrogations se sont abonnés à la page Facebook Distance Learning Resource - Edmonton and Area Families que Jessica Rowe a créée la semaine dernière.

Photo : Radio-Canada

Face à leurs doutes, les deux mères préfèrent se lancer dans l’enseignement à distance.

Contrairement à l’école à la maison, cette forme d’éducation en ligne permet aux élèves de continuer d’être rattachés à un établissement scolaire et de suivre le programme officiel de la province.

C’est mieux parce que l’école reçoit toujours l’argent qui est attaché à nous comme famille, explique Nadine Riopel.

À chacun sa sauce

Mais, y aura-t-il du personnel enseignant pour accompagner les élèves et leurs parents à distance? Comment se dérouleront les cours en ligne? Comment les jeunes seront-ils évalués? La liste des questions des deux familles qui restent sans réponses est longue.

Le ministère albertain de l’Éducation n’a pu donner d'information s'appliquant à tous les établissements scolaires. Cela va varier d’une école à l’autre, a indiqué l’attaché de presse du ministère, Colin Aitchison.

Chaque conseil scolaire à la responsabilité d’offrir et de gérer ses propres programmes d’enseignement à distance, spécifie-t-il.

Faute de données officielles compilées, il est difficile de savoir combien de parents vont opter pour l’enseignement à distance à la rentrée.

Ils seraient 25 % au conseil scolaire catholique de Saint-Albert, affirme Rhonda Nixon, surintendante adjointe. Elle précise que des enseignants s'occuperont exclusivement de l’éducation en ligne.

Nous nous sommes réunis avec le corps enseignant cet été, nous avons adapté nos programmes scolaires pour qu’ils soient donnés en ligne, dit-elle. Les parents n’auront donc pas à jouer un rôle d’éducateur aussi important que celui qu’ils avaient pendant le confinement. Mme Nixon garantit que les écoles du conseil catholique de Saint-Albert sont prêtes pour la rentrée et que les parents recevront plus de détails cette semaine.

Les choses ne sont pas aussi limpides pour tous les conseils scolaires de la province.

Je suis vraiment inquiète

Les préoccupations de certains enseignants sont les mêmes du côté des parents, a confirmé l’Association des enseignants de l’Alberta (ATA).

Je suis vraiment inquiète, dit une enseignante d’Edmonton. Elle préfère taire son nom, car elle n’a pas obtenu l’autorisation de témoigner dans cet article.

Le scénario 1 n’est pas un plan sécuritaire, dit-elle ajoutant qu'elle enseigne le français à quelque 350 élèves et qu'elle craint que les écoles ne deviennent des foyers de contamination de la COVID-19 avec leurs classes de 30 à 35 élèves.

On ne sait pas encore combien d’élèves vont venir parce qu’on n’a pas encore vérifié auprès des parents, ajoute-t-elle.

Elle préférerait donner des cours en ligne, mais elle n'arrive pas à parler aux responsables de son conseil scolaire ou à l'ATA.

Appréhendant la rentrée, elle ne renverra pas ses propres enfants à l'école, notant que le transport scolaire est un obstacle majeur, car elle est mère célibataire.

Mon mari et moi travaillons à temps plein, dit pour sa part Rachael Robertson, mère de quatre enfants. J’aurais préféré garder mes enfants à la maison, mais je n’ai pas vraiment d’autres options que de choisir l’école par défaut.

À moins d’un mois de la rentrée, elle regrette que ni le gouvernement ni son conseil scolaire n’aient pu lui fournir des informations claires sur ce qu'impliquerait l’éducation à distance pour elle, et si en tant que foyer à faible revenu, elle pouvait prétendre à de l'aide.

C’est un choix très difficile qui appartient à chaque parent.

Bob Cocking, président, section 38 de l'ATA

C’est aussi parce que certains parents n’ont pas la même flexibilité financière que sa famille que Nadine Riopel songe de plus en plus à garder son fils à la maison.

Si on n'envoie pas notre fils, ça laisse plus d’espace pour eux et ça va être plus facile pour l’école de créer un environnement sain, croit-elle.

À l’image de plusieurs conseils scolaires, celui des écoles publiques d’Edmonton, dont dépend Mme Riopel, lui permettrait de revenir sur son choix toutes les dix semaines.

Bob Cocking.

Bob Cocking, président de la section 38 de l'Association des enseignants de l'Alberta

Photo : Radio-Canada

L’ ATA souligne que les cours à distance seront plus approfondis et complets que ceux offerts en ligne ce printemps, ce qui pourrait se traduire, dans certains cas, par un plus grand investissement.

L'efficacité et les avantages de l'apprentissage en personne sont supérieurs à l'apprentissage en ligne, estime le président de la section 38 de l'ATA, Bob Cocking. En ligne, c'est difficile de percevoir les réactions et le temps des enseignants avec les élèves est plus limité.

Du côté des conseils scolaires francophones, Francosud est pour l'instant le seul à avoir finalisé son plan d'enseignement à distance.

Les parents de ces écoles ont jusqu'au 16 août pour choisir entre les cours en personne ou en ligne. Les familles pourront modifier leur choix, mais seulement en février prochain.

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