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40 % des entreprises du Québec ont exigé ou souhaité des compétences en anglais

Logo du bilinguisme.

L'OQLF trace un nouveau portrait du bilinguisme sur le marché de l'emploi québécois.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Environ 40 % des entreprises ont exigé ou souhaité que leurs employés aient des compétences en anglais lors de leurs dernières embauches au Québec. Le tiers d'entres elles ont exigé des compétences linguistiques qui n’étaient pas indispensables pour le poste visé.

C'est ce que révèle l'Enquête sur les exigences linguistiques auprès des entreprises, des municipalités et des arrondissements de Montréal, qui a été réalisée par l'Institut de la statistique du Québec pour l'Office québécois de la langue française (OQLF).

On y observe qu’environ la moitié des établissements de la province (54,2 %) ont soit exigé soit souhaité des compétences linguistiques.

Près de 95 % de ces établissements ont exigé ou souhaité des compétences en français; environ 73 % ont exigé ou souhaité des compétences en anglais. À Montréal, davantage d’entreprises (84 %) disent souhaiter un candidat avec des compétences en anglais.

Près de 40 % des entreprises du Québec ont exigé que leur dernière embauche ait des compétences en anglais pour obtenir un poste; 14,5 % l’ont exigé pour le français et 2,7 % ont exigé le bilinguisme. À Montréal, près de 63 % des entreprises ont exigé des compétences linguistiques en anglais pour procéder à l’embauche.

Les municipalités et villes du Québec sont également nombreuses à exiger des connaissances en anglais comme condition à l'embauche.

Parmi les municipalités qui ont exigé des compétences linguistiques, le tiers cherchait des candidats avec des compétences en français et en anglais ou uniquement anglais.

La moitié des arrondissements ou municipalités de Montréal ont exigé ou souhaité l'anglais seulement ou le français et l'anglais lors de leurs embauches. Dans l'ensemble du Québec, c'est un peu moins de 24 %.

Communiquer en anglais au sein de l’entreprise

La principale raison évoquée par les établissements demandant des compétences en français est la communication orale au sein de l’entreprise.

Plus de 21 % des entreprises qui exigent des connaissances en anglais le font pour des communications orales à l’intérieur de l’entreprise. À Montréal, cette proportion dépasse 40 %.

Par contre, selon l’enquête, une entreprise sur quatre au Québec exige ou souhaite des compétences linguistiques pour des communications externes à l’entreprise, alors que celles-ci se font rarement ou jamais.

Ainsi, 31,8 % des établissements et 17,4 % des municipalités et des arrondissements ont exigé ou souhaité des compétences linguistiques, alors que ces compétences n’étaient pas indispensables pour le poste.

L'article 46 de la Charte de la langue française (Loi 101) stipule qu'il est interdit à un employeur d'exiger pour l'accès à un emploi ou à un poste la connaissance ou un niveau de connaissance spécifique d'une langue autre que la langue officielle, à moins que l'accomplissement de la tâche ne nécessite une telle connaissance.

Les principales raisons évoquées par les municipalités et les arrondissements de Montréal demandant des compétences en anglais concernent la communication orale et écrite à l’extérieur de l’organisation (33,6 %).

Dans l’ensemble du Québec, 7,5 % des municipalités et des arrondissements ont tout de même exigé ou souhaité l’anglais pour les communications orales à l’intérieur de l’organisme. Sur l’île de Montréal, la proportion grimpe à 20 %.

Candidatures rejetées ou favorisées

Des candidatures ont aussi été rejetées faute de connaissances linguistiques.

Selon l’enquête, les entreprises rejettent plus souvent des candidatures pour un manque de compétences en français (35,5 %) qu’ils ne le font pour un manque de compétences en anglais (26,2 %). À Montréal, 40 % des entreprises ont rejeté au moins une candidature pour un manque de compétences en français et 3,8 % pour l’anglais.

Les plus grosses entreprises sont davantage susceptibles de rejeter une candidature en raison d’un manque de compétences en anglais.

Comme pour les entreprises, les municipalités rejettent plus souvent des candidatures pour un manque de compétences en français. À l'échelle provinciale, un peu plus de 18 % des municipalités et arrondissements ont dit avoir rejeté un candidat pour un manque de compétences en français, 4,5 % en raison de leur manque de compétences en anglais.

Le portrait est très différent selon le lieu. À Montréal, 17,2 % des municipalités ou arrondissements ont rejeté des candidatures à cause d'un manque de compétences en français et 20 % à cause d'un manque de compétences en anglais. À l'extérieur de la métropole, moins de 2 % des candidatures ont été rejetées par manque de connaissances en anglais.

Enfin, le quart des entreprises ont déclaré toujours retenir les candidats bilingues pour un poste, même si cet emploi ne requiert pas de compétences linguistiques particulières; la moitié affirment parfois privilégier un candidat bilingue, à compétences égales, même si le poste n’exige pas le bilinguisme.

Les établissements de Montréal sont proportionnellement plus nombreux à toujours retenir un candidat bilingue que ceux hors Montréal.

Le français est menacé

Ces données, qui ont été dévoilées mardi, ont été jugées très préoccupantes par le ministre responsable de la Charte de la langue française, Simon Jolin-Barrette. Le ministre dit juger anormal qu'un travailleur ne puisse pas travailler en français chez lui, au Québec alors que le français est la langue officielle du Québec.

« C'est un peu décourageant de voir ce portrait-là », s'est exclamé en entrevue Denis Bolduc, secrétaire général de la FTQ, qui représente plus de 600 000 travailleurs au Québec.

Il attribue la situation à l'inaction des gouvernements au fil des ans. Il y a eu beaucoup de laxisme des gouvernements précédents. C'est le résultat de plusieurs années de politique où on a tourné la tête et fermé les yeux, s'est attristé M. Bolduc.

Le numéro deux de la FTQ est estomaqué de constater que le phénomène atteint Montréal, des municipalités et des arrondissements. L'Union des municipalités, la Ville de Montréal devraient se regarder un petit peu et contribuer à corriger la situation. Ils devraient être exemplaires. Ce sont des gouvernements de proximité.

Le chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, s'inquiète également de ce phénomène, auquel il ajoute celui de la langue d'accueil dans les commerces - où le français est en baisse - et du manque de valorisation du français.

Il va falloir intervenir sur plusieurs fronts. Il faut modifier la Loi 101. Le français est menacé à Montréal et dans certaines banlieues. On est en train d'assister à une normalisation de la demande de l'anglais, s'est indigné le député de Matane, en entrevue.

Il reproche au gouvernement caquiste d'affirmer vouloir défendre le français, sans rien faire concrètement, notamment en soumettant les entreprises de 50 employés et moins à la Loi 101.

Au Mouvement Québec français, le président Maxime Laporte s'exclame : ça nous prend une nouvelle Loi 101. La situation du français va de pire en pire. On atteint un point critique.

M. Laporte se désole de la proportion des municipalités et arrondissements de Montréal qui ont ainsi exigé l'anglais seulement ou l'anglais et le français. On est en train d'assister à une normalisation du bilinguisme institutionnel.

Le président du MQF demande un resserrement de l'article 46 de la Loi 101, qui porte sur le droit d'un employeur d'exiger la maîtrise d'une autre langue que le français.

Autres constats de l’enquête

  • 36,2 % des entreprises ont leur siège social dans la région de Montréal
  • 30,4 % des entreprises ont leur siège social hors-Montréal
  • 26,2 % des entreprises ont leur siège social à l’extérieur du Québec

Le bouche-à-oreille ou le réseautage (52,1 %) a été le moyen le plus souvent utilisé pour obtenir des candidatures, suivi d’Emploi-Québec (34,3 %), les réseaux sociaux (27,6 %), les candidatures spontanées (24,1 %), les employés à l’interne (23,8 %), les sites Web d’emplois (23,0 %) et le site Web de l’entreprise (20,7 %). 

Avec les informations de La Presse canadienne

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