•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Négociations dans l’industrie automobile sur fond de pandémie

Les conventions collectives des syndiqués arrivent à échéance le 21 septembre.

Des employés de Fiat Chrysler portant des masques travaillent sur une chaîne de montage.

Malgré la crise économique engendrée par la pandémie de COVID-19, le syndicat Unifor compte adopter la ligne dure lors des négociations avec Fiat Chrysler, Ford et General Motors.

Photo : Radio-Canada / Christopher Ensing

Les travailleurs canadiens syndiqués des constructeurs automobiles Ford, Fiat Chrysler et General Motors entament mercredi des pourparlers en vue de renouveler leurs contrats, qui arrivent à échéance le mois prochain.

Malgré la crise économique engendrée par la pandémie de COVID-19, le syndicat Unifor compte adopter la ligne dure lors de ces négociations. Le président national Jerry Dias affirme qu’il ne fera pas de concessions comme les travailleurs l’avaient fait en 2009 afin d’aider les constructeurs à traverser la crise financière.

Nous avions accepté une baisse des salaires et des changements à nos avantages sociaux et à nos conditions de travail. Ce n’est pas dans les cartons cette fois-ci.

Jerry Dias, président national, Unifor

Les constructeurs automobiles ont été très rentables ces dernières années grâce aux sacrifices de leurs employés, ajoute-t-il.

Avec près de 20 000 membres au sein de l’industrie automobile au pays, Unifor souhaite que les Big Three américains s’engagent à protéger les emplois et à maintenir la production de véhicules au Canada – une promesse difficile à tenir, croit le chroniqueur Benoît Charette.

Une femme travaille sur une chaîne de montage dans une usine automobile. Elle porte un masque.

À l'usine d'assemblage de Fiat Chrysler à Windsor, les postes de travail ont été aménagés de façon à assurer la distanciation physique entre les ouvriers.

Photo : Groupe FCA

Selon lui, le contexte actuel obligera les deux parties à faire preuve de souplesse. Refuser catégoriquement les concessions faites en 2009 en pleine crise financière, alors que la situation est toujours aussi floue, c’est la mauvaise approche, affirme-t-il.

On est en sables mouvants pour mettre des conditions béton. C’est extrêmement compliqué.

Benoît Charette, chroniqueur automobile

M. Charette souligne que la survie de certaines usines en Ontario est déjà remise en question, chez Ford notamment.

Avenir incertain pour certaines usines canadiennes

Bien que l’entreprise tente de rassurer ses employés, certains initiés du milieu estiment que Ford pourrait délaisser ses véhicules Edge et Lincoln Nautilus, tous les deux fabriqués à Oakville.

Dans un courriel envoyé à Radio-Canada, une porte-parole de Ford Canada affirme que les deux marques font partie du portefeuille gagnant de l’entreprise, avec des ventes à la hausse, mais ne confirme pas que de nouveaux modèles seront construits en banlieue torontoise après 2021.

La crise de la COVID-19 a été un défi sans précédent pour notre entreprise, qui a nécessité des solutions agiles et créatives et des décisions difficiles, affirme Rose Pao de Ford Canada.

L'usine d'assemblage de voitures Ford à Oakville, en Ontario.

L'usine d'assemblage de voitures Ford à Oakville, en Ontario.

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Chez Fiat Chrysler, l’usine de Windsor reste consacrée à la fabrication de fourgonnettes, un segment pourtant à tendance baissière. L’entreprise a éliminé un quart de nuit en juin dernier.

Son usine d’assemblage de Brampton nécessitera d’ailleurs l'attribution d'un nouveau produit, mais aucune annonce n’a été faite à cet effet. FCA Canada a refusé de commenter la situation avant le début des négociations.

Il y a de gros défis devant nous. Nous avons besoin d’un nouveau produit Ford à Oakville, nous cherchons une solution pour le troisième quart de travail de Chrysler à Windsor, il faut trouver un autre produit pour l’usine d’assemblage de Chrysler à Brampton, affirme Jerry Dias d’Unifor.

Et bien sûr, il y a GM à Oshawa. Nous ne baissons pas les bras, lance-t-il.

Après de fortes revendications des syndiqués et une pression politique, General Motors a décidé de garder une partie de son ancienne usine d’assemblage pour y produire des pièces de rechange.

Seuls 300 des 2600 travailleurs que l’entreprise employait à Oshawa ont pu conserver leur emploi.

Vue sur les installations de General Motors à Oshawa.

L'usine de GM à Oshawa a cessé de fabriquer des véhicules l'an dernier. Elle a été réaffectée à la production de pièces.

Photo : Radio-Canada / Camille Gris Roy

Nous voulons travailler avec Unifor pour en arriver à une entente qui est juste pour nos travailleurs et qui est suffisamment flexible pour que nous puissions rester concurrentiels en Amérique du Nord, explique David Paterson, vice-président aux affaires corporatives de GM Canada.

L’entente actuelle fait plus de 1000 pages. Il y a énormément de règles, affirme-t-il.

General Motors souhaite négocier une convention collective moins rigide, qui lui permettra de mieux gérer, entre autres, les pauses des employés, l’allocation des avantages sociaux et l’attribution des postes dans ses usines, qui se fait actuellement en fonction de l’ancienneté.

Malgré la fin de l’assemblage de véhicules à Oshawa, l’entreprise affirme qu’elle n’a pas l’intention de quitter le Canada, soulignant qu'elle a fait un investissement de 28 millions de dollars afin de rendre ses installations à St. Catharines plus écoénergétiques.

Investir pour transformer l’industrie

Jerry Dias ajoute qu’il faudra davantage de soutien des gouvernements fédéral et ontarien pour inciter les entreprises à investir au pays, autant en investissant eux aussi qu’en réduisant les lourdeurs administratives.

Des 300 milliards consacrés par les fabricants d’équipement d’origine au monde pour les véhicules électriques, rien n’est allé au Canada , dit-il.

Le président d'Unifor, Jerry Dias, lors d'une conférence de presse.

Le président d'Unifor, Jerry Dias

Photo : Associated Press / Carlos Osorio

Rose Pao, de Ford Canada, abonde dans le même sens. Avec l’incertitude économique à l’échelle mondiale, il est plus important que jamais de maintenir nos emplois au Canada. Pour attirer des investissements dans le secteur automobile, le Canada doit être concurrentiel à l’international, une concurrence féroce , dit-elle.

Elle ajoute que Ford a investi près de 2 milliards de dollars dans ses installations canadiennes. Nous sommes toujours à la recherche de nouvelles occasions , ajoute-t-elle.

Les négociations se feront toujours en personne, mais en assurant une distanciation physique avec un nombre de participants limité, pandémie oblige. Les journalistes ne seront pas invités sur les lieux.

Unifor doit annoncer d’ici quatre semaines quelle entreprise des Big Three américains servira de modèle pour les autres conventions collectives.

Si aucune entente n'est conclue d'ici au 21 septembre, Unifor envisage de faire des moyens de pression qui pourraient aller jusqu'à la grève.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !