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La rivale du président bélarusse réfugiée en Lituanie

Svetlana Tikhanovskaïa affirme avoir pris elle-même la décision difficile de quitter son pays, mais le gouvernement lituanien affirme qu'elle a subi des pressions pour partir.

Svetlana Tikhanovskaïa, l'air dépassé.

Svetlana Tikhanovskaïa

Photo : afp via getty images / SERGEI GAPON

Agence France-Presse

La candidate de l'opposition à la présidentielle du Bélarus, Svetlana Tikhanovskaïa, qui conteste la réélection du président Alexandre Loukachenko, s'est réfugiée en Lituanie après avoir apparemment subi des pressions, a annoncé mardi à l'AFP le ministre lituanien des Affaires étrangères, Linas Linkevicius.

Svetlana Tikhanovskaïa est en sécurité, elle est en Lituanie avec ses enfants, a déclaré à la presse M. Linkevicius, alors que des manifestations contre la victoire du président bélarusse, élu pour un sixième mandat, ont été dispersées par la police pour la deuxième nuit consécutive.

La ministre a déclaré que la candidate de l'opposition est arrivée en Lituanie après avoir été mise sous pression lors d'un séjour de sept heures à la commission électorale nationale à Minsk lundi soir.

Elle a apparemment ressenti une certaine pression et n'a pas eu beaucoup d'autre choix que de quitter le pays.

Linas Linkevicius, ministre lituanien des Affaires étrangères

Selon le ministre, Mme Tikhanovskaïa possède un visa lituanien et les autorités biélorusses n'ont pas empêché son départ. M. Linkevicius a déclaré ne pas être au courant de ses plans pour l'avenir.

Depuis lundi soir, la localisation de Mme Tikhanovskaïa restait inconnue après son passage à la Commission électorale durant trois heures pour exiger un nouveau comptage des voix.

M. Linkevicius avait alors exprimé sa préoccupation, expliquant à l'AFP: J'ai essayé de la joindre pendant plusieurs heures, mais on ne sait pas où elle est depuis qu'elle s'est rendue à la Commission électorale.

La Lituanie, membre de l'Union européenne et de l'OTAN, a appartenu à l'Union soviétique. Elle a fréquemment donné refuge à des figures de l'opposition bélarusse ou russe.

Quatre femmes ont un bras dans les airs devant un site où des fleurs ont été déposées.

Quatre jeunes femmes font le V de la victoire ou brandissent le poing devant l'endroit où un manifestant a été tué dans la nuit de lundi à mardi à Minsk.

Photo : Getty Images / AFP/SERGEI GAPON

Deux vidéos intrigantes de Svetlana Tikhanovskaïa

Mme Tikhanovskaïa a affirmé mardi dans une vidéo avoir pris elle-même la décision difficile de quitter son pays pour la Lituanie.

J'ai pris cette décision seule [...] et je sais que beaucoup me condamneront, beaucoup me comprendront, beaucoup me haïront, a dit celle qui, en quelques semaines, a mobilisé à la surprise générale des foules contre le pouvoir d'Alexandre Loukachenko.

Je pensais que cette campagne (présidentielle) m'avait endurcie et m'avait donné la force de tout supporter. Mais je suis sans doute restée la femme faible que j'étais au début.

Svetlana Tikhanovskaïa, candidate à la présidentielle au Bélarus

Les enfants sont ce qu'il y a de plus important dans la vie, a ajouté l'opposante, le visage fatigué, dans une vidéo publiée par le média bélarusse Tut.by.

Lors de la campagne, Svetlana Tikhanovskaïa avait envoyé par sûreté ses deux enfants à l'étranger, craignant des pressions du pouvoir.

Selon son équipe, il s'agit néanmoins d'un départ forcé sous la pression des autorités. Elle n'a pas eu le choix, a affirmé à l'AFP Olga Kovalkova, une alliée de Mme Tikhanovskaïa.

Plusieurs personnes attendent en file devant un bâtiment.

Des proches de manifestants détenus après avoir participé à une manifestation dimanche font le pied de grue devant un centre de détention de la capitale, Minsk.

Photo : Getty Images / Misha Friedman

Dans une deuxième vidéo diffusée cette fois sur le compte Telegram de l'agence d'État bélarusse Belta, Mme Tikhanovskaïa appelle ses partisans à ne pas manifester.

Ces images non datées et semblant avoir été enregistrées dans un bureau montrent l'opposante de 37 ans lisant une déclaration d'une voix monocorde pour appeler au respect de la loi et à ne pas descendre dans la rue.

Ses alliés ont immédiatement dit considérer que cette vidéo avait été enregistrée sous la pression des forces de sécurité, probablement lundi soir, lorsque l'opposante a été retenue au siège de la Commission électorale.

Une novice qui a fait trembler le pouvoir

Novice en politique, Svetlana Tikhanovskaïa a émergé comme une rivale inattendue face à M. Loukachenko, 65 ans, au pouvoir depuis 26 ans. Elle avait remplacé dans la course à la présidentielle son mari, Sergueï, un vidéoblogueur en vue et emprisonné en mai.

Après le scrutin dimanche, elle avait enjoint au régime de « céder le pouvoir » et avait contestéles résultats officiels donnant M. Loukachenko vainqueur avec 80,08 % des voix et ne lui en accordant que 10 %.

Elle a néanmoins refusé de participer aux manifestations violemment réprimées dimanche et lundi soir par les forces antiémeutes pour éviter des provocations.

Le départ de Tikhanovskaïa ne va pas nous arrêter, a indiqué à l'AFP Ian, un manifestant de 28 ans, promettant qu'il allait continuer à se battre pour vivre dans un pays libre.

Ces derniers jours, les autorités ont multiplié les pressions contre l'équipe de Mme Tikhanovskaïa, arrêtant une dizaine de ses collaborateurs.

Une de ses alliées, Veronika Tsepkalo, épouse d'un opposant interdit de présidentielle, avait fui le Bélarus dimanche pour Moscou.

Svetlena Tikhonovskaïa a le poing levé, Maria Kolesnikova fait un signe de coeur avec ses mains et Veronika Tsepkalo fait le V de la victoire.

Lors de la campagne présidentielle, Svetlena Tikhonovskaïa (au centre), Maria Kolesnikova (à droite) et Veronika Tsepkalo (à gauche) utilisaient chacune un signe distinctif - le poing levé, le V de la victoire et le coeur - dans les événements publics. Deux semaines après cet événement de campagne, tenu le 30 juillet, Mmes Tikhonovskaïa et Tsepkalo ont quitté le Bélarus.

Photo : Reuters / VASILY FEDOSENKO

Les manifestations se poursuivent à Minsk

Dans la nuit de lundi, des milliers de personnes ont manifesté dans la capitale et ont tenté d'installer des barricades dans certaines rues. Selon la police, un manifestant a été tué par un engin explosif qu'il s'apprêtait à lancer.

Les manifestants ont fait face à d'importantes forces policières qui ont donné sans ménagement des coups de pieds et de matraques aux protestataires.

Un témoin interrogé par l'AFP et plusieurs médias russes et bélarusses ont fait état de l'utilisation de gaz lacrymogène, de tirs de balles en caoutchouc et de grenades assourdissantes par les forces de l'ordre.

Des jeunes sont rassemblés au bord d'une rue, la nuit.. Plusieurs font le signe de la victoire.

Selon la police, 3000 personnes ont été arrêtées dimanche soir, et 2000 autres mardi, lors de manifestations de partisans de l'opposition. Le rédacteur en chef du média d'opposition Nacha Niva, Egor Martinovitch, a notamment été interpellé. Des dizaines de manifestants et de policiers ont été blessés.

Photo : La Presse canadienne / AP/Sergei Grits

Des manifestations spontanées ont eu lieu dans 33 villes, dimanche soir, alors que le pouvoir s'apprêtait à annoncer la victoire de M. Loukachenko. La police avait répliqué avec ses moyens antiémeutes.

Plus de 3000 personnes avaient alors été interpellées. Une cinquantaine de manifestants et une quarantaine de policiers ont aussi été blessés.

Le président bélarusse a qualifié les manifestants de moutons téléguidés depuis l'étranger et a juré de remettre le cerveau à l'endroit à ceux qui le contestent.

En 2010 déjà, après la présidentielle, les manifestations d'opposition avaient été sévèrement réprimées.

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