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Envoyé spécial

Après la dissolution du gouvernement, les Libanais ne s'entendent pas sur la suite

La démission du premier ministre Hassan Diab, qui a entraîné la chute du gouvernement libanais, n’est pas suffisante aux yeux des manifestants.

Un homme portant un masque chirurgical brandit un grand drapeau du Liban.

De plus en plus de voix réclament un scrutin anticipé au Liban, après la dissolution du gouvernement.

Photo : Reuters / HANNAH MCKAY

Philippe Leblanc

Tandis qu'un nuage de gaz lacrymogènes s'étend dans l'air et que les bruits des affrontements entre forces de l'ordre et manifestants se rapprochent d'elle, Josette Khalil quitte d'un pas rapide la place des Martyrs, à Beyrouth, avec quelques amis.

Un masque chirurgical abaissé sur son menton, les cheveux noirs frisés attachés négligemment, Josette n’a nullement l’allure d’une casseuse ou d’une militante endurcie.

Elle tenait toutefois à venir assister aux événements, lundi soir, dans la foulée de la chute du gouvernement libanais.

Elle est finalement restée moins d'une heure.

Je suis venue pour voir comment les forces policières répondent à ce que nous, on est en train de demander, dit-elle en marchant vers un lieu plus sûr.

C'est très clair que le moment où le premier ministre Hassan Diab allait passer en direct à la télé, ils [les policiers] allaient commencer à nous bombarder de gaz lacrymogènes, souligne-t-elle.

C'est vraiment très clair qu'ils essaient d'enlever toutes les images qui montrent que nous, on ne veut pas d'eux, on ne veut plus de cette couche de politique, poursuit Josette Khalil.

Tout le système politique qu'on a aujourd'hui au Liban, on n'en veut plus. Du plus petit au plus grand. Avec tout leur système de clientélisme et avec toute la corruption qui vient avec.

Josette Khalil

Après le départ du premier ministre Hassan Diab, de nombreux manifestants réclament donc la démission entière des 128 députés ainsi que du Parlement. Et de plus en plus de voix réclament aussi un scrutin anticipé.

Est-ce suffisant pour changer la donne politique et offrir aux Libanais le changement qu'ils souhaitent? Peut-être pas dans un pays que certains disent prisonnier d'une loi électorale taillée sur mesure pour la classe politique traditionnelle. Certains qualifient même le système d'élections proportionnelles défaillant.

Selon un sondage mené avant l'explosion de la semaine dernière à Beyrouth – et cité par des analystes du soulèvement des derniers jours – 45 % des électeurs libanais ont répondu qu'ils voteraient pour les mêmes personnes qu'en 2018. Un débat électoral dans un pays en crise pose tout un défi.

Une nouvelle vision à définir

L'activiste Carlos Yammine, lui, s'inquiète du fractionnement des groupes de contestation et des forces politiques de contestation.

Tout le monde est d'accord sur une chose, c'est qu'il faut dégager les politiciens actuels du pouvoir. Mais par contre, il n'y a pas vraiment d'accord sur la suite.

Carlos Yammine

Je pense qu'il y a une vraie responsabilité, sinon un devoir, que toute l'opposition, dont les mouvements révolutionnaires et les nouveaux partis politiques, s'unissent, ou au moins s'assoient à la même table pour définir une nouvelle vision et pour se mettre d'accord sur les prochaines étapes à suivre, une fois que l'establishment sera complètement disparu, pour ne pas laisser place à un vide, déclare Carlos Yammine.

Je peux imaginer qu'un vide laisserait la place à des opportunistes armés qui risquent d'en profiter, ajoute-t-il.

Un homme portant un masque et des lunettes se tient près d'une route. Loin derrière lui, on aperçoit les silos endommagés par les explosions.

Carlos Yammine estime que les différents groupes de contestation doivent prendre le temps de se concerter.

Photo : Radio-Canada

De nombreux manifestants tiennent aussi à rappeler qu'en plus du changement de régime, les prochaines étapes au Liban passent aussi par le déclenchement d'une enquête internationale transparente sur les explosions au port de Beyrouth.

Les autres enjeux sont la réception et la distribution directe au peuple des 285 millions de dollars américains d'aide internationale promis ainsi que la restauration du système bancaire, beaucoup de Libanais n'ayant même plus accès à leurs fonds.

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