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Hassan Diab et Michel Aoun prévenus du danger deux semaines avant les explosions

Des responsables avaient signalé que le nitrate d'ammonium conservé dans le port pourrait détruire Beyrouth.

Les deux hommes se penchent l'un vers l'autre en discutant.

Le premier ministre aujourd'hui démissionnaire, Hassan Diab, et le président Michel Aoun en février dernier.

Photo : Reuters / Mohamed Azakir

Reuters

Des responsables de la sécurité libanaise ont prévenu le mois dernier le premier ministre démissionnaire et le président que 2750 tonnes de nitrate d'ammonium étaient conservées dans le port de Beyrouth et pourraient détruire la capitale en cas d'explosion, selon des documents consultés par Reuters et des sources.

À peine deux semaines après ces avertissements, les produits chimiques ont provoqué une explosion ayant dévasté le port de Beyrouth, tué au moins 163 personnes, blessé plus de 6000 autres et détruit nombre de bâtiments, selon les autorités municipales.

Un rapport de la direction générale de la Sécurité de l'État, portant sur les événements qui ont mené à l'explosion, fait référence à une lettre privée adressée au président Michel Aoun et au premier ministre démissionnaire Hassan Diab, le 20 juillet.

Bien que le contenu de cette lettre n'a pas été reproduit dans le rapport consulté par Reuters, un haut représentant des services de sécurité a déclaré qu'elle résumait les résultats d'une enquête judiciaire, débutée en janvier, qui concluait que les produits chimiques devaient être mis en sécurité immédiatement.

Il y avait un danger que ce matériau, s'il venait à être volé, soit utilisé pour une attaque terroriste, a déclaré à Reuters le haut représentant, sous couvert d'anonymat.

À l'issue de l'enquête, le procureur général [Ghassam] Oweidat a préparé un rapport final qui a été transmis aux autorités, a-t-il ajouté, en référence à la lettre envoyée aux deux dirigeants. Je les ai prévenus que cela pourrait détruire Beyrouth en cas d'explosion, a poursuivi le représentant, impliqué dans la rédaction de la lettre.

Reuters n'a pas été en mesure de vérifier de manière indépendante le contenu de la lettre.

Les cabinets de Hassan Diab et de Michel Aoun n'ont pas souhaité faire de commentaires sur le courrier du 20 juillet. Le parquet général s'est lui aussi refusé à tout commentaire.

Un représentant de Hassan Diab a précisé que le premier ministre démissionnaire avait reçu ce courrier le 20 juillet et l'avait transmis dans les 48 heures au Conseil supérieur de Défense pour avis.

Le cabinet a reçu ce document 14 jours avant l'explosion et a agi à ce sujet quelques jours plus tard. Les précédentes administrations ont disposé de six ans et n'ont rien fait du tout, a-t-il dit.

Faites le nécessaire

Cette correspondance pourrait exacerber les critiques et la colère de la population, qui voit dans l'explosion le dernier exemple en date – et probablement le plus dramatique – de la négligence du gouvernement et de la corruption qui ont déjà poussé le Liban au bord de l'effondrement économique.

Alors que les manifestations continuaient lundi de faire rage à Beyrouth, six jours après l'incident, le gouvernement de Hassan Diab a démissionné.

Rebâtir la capitale libanaise devrait coûter jusqu'à 15 milliards de dollars, dans un pays déjà en faillite.

Le président Michel Aoun a confirmé la semaine dernière avoir été informé de la présence du matériau. Il a déclaré aux journalistes avoir demandé au secrétaire général du Conseil supérieur de défense de faire le nécessaire.

[Les services de sécurité de l'État] ont dit que cela était dangereux. Je ne suis pas responsable! Je ne savais pas où c'était stocké et je ne savais pas à quel point c'était dangereux.

Michel Aoun, président du Liban

Je n'ai pas l'autorité pour m'occuper directement du port. Il y a une hiérarchie, et tous ceux qui étaient au courant auraient dû reconnaître qu'ils devaient faire le nécessaire, a dit M. Aoun.

De nombreuses questions demeurent sur les raisons pour lesquelles la cargaison de nitrate d'ammonium est arrivée à Beyrouth fin 2013 et, encore plus effarant, pourquoi un tel stock de matériau hautement explosif a été maintenu à cet endroit, pendant aussi longtemps.

Mauvais stockage et mauvais jugement

Le rapport consulté par Reuters indique que de nombreuses demandes – dont le nombre n'est pas précisé – ont été formulées auprès de tribunaux par des représentants du port, des douanes et des services de sécurité, pour que soit déplacé le stock de nitrate d'ammonium.

Des juges et des représentants des services des douanes, contactés par Reuters, ont décliné des demandes de commentaire.

Un certain nombre de membres du personnel douanier et portuaire ont été arrêtés dans le cadre de l'enquête sur l'explosion dans le port, qui se trouve à proximité du centre-ville.

En janvier dernier, un juge a lancé une enquête officielle après la découverte de problèmes de sécurité dans le hangar portuaire – dont un trou dans l'un des murs et une porte défaillante.

D'après une source haut placée, le procureur général Ghassam Oweidat a ordonné, dans son rapport final après cette enquête, de remédier aux failles de sécurité et de réparer les trous.

Le 4 juin, à la suite de ces ordres, les services de sécurité de l'État ont demandé aux autorités portuaires de faire des travaux, selon le rapport et des représentants des services de sécurité.

Au cours des travaux, qui n'étaient pas en permanence supervisés, a dit une source, des étincelles provoquées par les soudures ont déclenché une flamme qui s'est propagée. Une heure plus tard, un important incendie a été déclenché par les feux d'artifice stockés dans le même hangar, a dit le représentant, et cela s'est propagé au matériau qui a explosé.

Le hangar fait face à la mer, c'est seulement pour cela que l'explosion a été limitée. Sinon tout Beyrouth aurait été détruit.

Un représentant, sous le couvert de l'anonymat

C'est un problème de négligence, d'irresponsabilité, de mauvais stockage et de mauvais jugement, a-t-il ajouté.

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